30 mars 2008

Red One - tout sur la post-prod

En bref  Le workflow post-production de la RED One expliqué clairement par fxguide : du RAW R3D aux différentes options de debayering, de transcodage et d'étalonnage. En 2008, le défi n'était pas de tourner en RED mais de gérer ses données — un flux de travail que chaque production devait réinventer.
L'un des chemins possibles. ©fxguide 2008

Pour ceux d'entre vous qui ont envie de certitudes plutôt que de ragots, nos amis de fxguide ont posté deux Podcasts qui expliquent en détail les diverses solutions de post-prod offertes par les données qui sortent de la RED. C'est court, clair et très instructif.
La page des Podcasts se trouve ici, les épisodes qui concernent la RED sont les 22 et 23.

Red One: pourquoi tant de polémiques?

En bref  Les polémiques autour de la RED One en 2008 opposent les sceptiques aux pragmatiques. Une caméra 4K au prix d'une bonne HDV, fabriquée par un ancien marchand de lunettes de soleil — le parcours de Jim Jannard avait de quoi faire sourire. Mais les images, elles, ne mentaient pas. Le débat pellicule versus numérique entrait dans sa phase décisive.


Pendant les premières années (celles des promesses et des effets de manches) on pouvait comprendre les doutes des techniciens et des loueurs quant à la viabilité de la Red One. Une caméra 4K pour la moitié du prix d'un Hasselblad (ou le double d'une bonne HDV), ça pouvait faire sourire, d'autant plus qu'elle était fabriquée par un marchand de lunettes de soleil. Que n'a-t-on pas lu dans les forums à propos de cette caméra? Que de fiel, que d'agressivité, que de moqueries. A propos d'un produit qui n'était pas sorti.
Maintenant que plus d'un millier de ces caméras ont rejoint leurs propriétaires, les propos négatifs changent de nature: OK, la caméra existe et fonctionne et ses images sont magnifiques et je peux les monter sur mon Final Cut et les objectifs/accessoires ont un rapport qualité/prix imbattable MAIS...
  • on ne peut pas monter nos images 4K sur un MacBook,
  • on ne comprend pas l'utilité du RedCine,
  • les fichiers sont trop gros...
J'en passe et des meilleures. D'après les infos sur les acheteurs, ce sont surtout des petites boîtes de prod qui ont envie de s'émanciper en passant du HDV au 4K. Puisque les prix restent dans le même ordre de grandeur, les gens pensent sans doute que les flux de post-prod et l'expertise nécessaires sont à peu de choses près équivalents. Erreur. Tirer le meilleur des fichiers RAW 4K, c'est comme tirer le meilleur d'un négatif film: il faut des connaissances spécifiques, du matériel et de l'expérience. Les connaissances sont rapidement acquises (le site red.com propose par exemple des tutoriaux vidéo très explicites et le manuel de la caméra est un modèle du genre), les forums et les livres sur le traitement des fichiers RAW abondent, encore faut-il avoir l'humilité de reconnaître ses lacunes.
Or les détracteurs actuels de la Red montrent tous les signes de l'impatience colérique des enfants trop gâtés. Laissons-les se calmer, et passons aux choses sérieuses.

Quand des adultes se servent de cette caméra, ça donne plutôt ce genre de témoignages:
"I have had the opportunity to test the RED ONE camera over the past few weeks, including direct comparison to the same film I shoot on ‘24’. All I can say is that I am totally amazed. Revolutionary might not be a strong enough word to describe what RED is doing." Rodney Charters, chef op de "24"

27 mars 2008

Red One - tests

En bref  Premiers tests de la RED One : la conclusion vient d'abord — « vraiment séduit par la bestiole ». La caméra 4K à un prix révolutionnaire n'est pas irréprochable, mais aucun produit en Beta ne se comporte aussi bien. Les grincheux cherchent encore des poux, pendant que les pragmatiques tournent déjà avec.


La version du soft testée était la 15.2

Pour commencer par la conclusion, je suis vraiment séduit par la bestiole.
A vrai dire je ne comprends pas les grincheux qui cherchent encore des poux à cette caméra. Elle n'est certes pas irréprochable, mais j'aimerais bien que tous les produits/logiciels en Beta test se comportent aussi bien que la Red One: elle remplit sa mission sans problème, y compris - et c'est important - jusqu'à la fin de la post-production.

A l'initiative de C-Side et Earthling, deux boîtes de prod genevoises, nous étions quelques uns à pouvoir mettre cette caméra au pied du mur.
Equipée d'objectifs Zeiss à monture PL nous avons tourné des intérieurs sombres et des ext. jour. La restitution des infos de luminance et de chrominance est impressionnante.
Equipée d'objectifs de qualité, cette caméra représente une alternative très intéressante par rapport à ses grandes soeurs (grandes, la plupart du temps, surtout par leur prix).
Mes seules réserves tiennent plutôt à l'ergonomie de la caméra: à l'épaule, il est indispensable de se faire aider par un assistant (le panneau arrière est inaccessible dans ce cas). De toute manière cette caméra s'utilise davantage comme une caméra film que comme une HDV.
Autre aspect à surveiller: le léger grain qui apparaît - comme en film - dans les pénombres non maîtrisées. C'est un problème qui se règle sur le plateau par l'éclairage, et sur la caméra par un filtre "degrain" efficace.
Pour les tournages à l'épaule, prévoyez un bon petit moniteur léger et un bras magique résistant pour bénéficier d'un retour vidéo digne de ce nom.
Je me réjouis vraiment de tourner avec cette bombe!

24 mars 2008

Les verts de LOST

En bref  Dans LOST, un vert spécifique revient dès qu'on entre dans les intérieurs souterrains — bunkers, prisons — comme un rappel chromatique de la végétation tropicale de l'île. Ce code couleur inconscient lie les espaces confinés au monde extérieur, créant une continuité émotionnelle que le spectateur perçoit sans l'analyser.





Depuis qu'une bonne partie de l'action de la série LOST s'est déplacée en intérieurs ou ailleurs dans le monde, les chefs op de la série ont fréquemment recours à un Vert spécifique qui est peut-être destiné à rappeler la végétation de l'île. La première fois que ça m'avait frappé, c'est quand on était rentré dans le bunker-prison quelque part dans la seconde saison. Les verts y étaient omniprésents, un peu trop à mon sens.
Dans les environnements urbains, ce vert est opposé à un jaune sale qui dégrade l'image suffisamment pour que le vert se fonde mieux dans le décor.
Parfois le choix de la couleur des accessoires (comme la voiture dans cette séquence filmée à Manhattan) enfonce encore le clou.
Cette couleur si peu flatteuse pour les comédiens devient parfois plus chaude, ou plus vive (vert poison) lorsqu'il s'agit d'éclairer un visage féminin. Ca passe mieux.

Dans tous les cas, c'est un exemple de stylisation inhabituellement poussée dans une série commerciale.
Je n'ai rien lu de spécial à propos de ce vert dans les divers interviews sur LOST. Avez-vous des infos?

Cadeau

Spectaculaire, drôle et vraiment bien photographié. C'est mon cadeau de Pâques.
Pour la petite histoire: réalisé en 5 jours.

21 mars 2008

Dexter - un générique virtuose

En bref  Le générique de Dexter transforme des gestes quotidiens — se raser, préparer le petit-déjeuner — en actes de violence latente par le seul jeu du cadrage et de l'éclairage. Les macro-plans en lumière dure sur la viande, le fil dentaire, le lacet de chaussure : chaque objet banal devient une arme potentielle. Un concentré de narration visuelle en 90 secondes.


La série Dexter, qui va bientôt commencer sa troisième saison, me semble passionnante à plus d'un titre. En dehors de l'écriture, du charisme des personnages, de la force du concept, le générique qui ouvre chaque épisode mérite une attention soutenue.
Basé sur l'idée que nous commettons chaque jour des actes dont nous ne soupçonnons pas la violence, le générique de la série montre le réveil et le petit déjeuner de Dexter comme une série de crimes ou de massacres qui ont en commun des analogies avec le sang.
Scrutant de près, ou adoptant le point de vue des objets ou des aliments que nous utilisons chaque jour, la caméra transforme des actes anodins en meurtres: éviscération (l'orange... sanguine), strangulations (le fil dentaire, les lacets), étouffement (le T-shirt), broyage et noyade (le café), découpage (l'oeuf), etc. Formellement, les palettes très réduites de couleur, de netteté et de lumière renforcent la sensation d'étouffement en éliminant sciemment tous les éléments qui laisseraient l'oeil "respirer":
  • Les couleurs retenues, en dehors du rouge sang, sont le vert (la complémentaire) et le jaune. Même la couleur chair est désaturée et contrastée;
  • Les longues focales contraignent en général la vision à une zone de netteté réduite;
  • Les lumières (fortes et directionnelles) sont disposées pour assurer une séparation optimale entre les premiers et arrières-plans, focalisant l'attention sur les détails violents;
  • le lavabo est par contre éclairé comme une salle d'opération - ou d'autopsie;
Ce générique est un bel exemple de maîtrise conceptuelle et artistique (il est purement cinématographique, toutes les métaphores proposées naissent dans la tête du spectateur comme dans une séquence de meurtre hitchcockienne). Comme tout bon générique, c'est un mini-film qui esquisse dans les grandes lignes tout ce qui suivra.

J'en ai extrait quelques photos pour vous permettre de vous arrêter sur les détails. Cliquez sur la photo.

De Dexter openin...

HEAVEN - le son qui rend les images meilleures

En bref  HEAVEN, court-métrage sur les viols collectifs produit par un chef opérateur que le sujet avait convaincu de s'engager comme producteur. Au mix final, une découverte : le son, quand il est parfaitement travaillé, rend les images meilleures. La bande sonore ne complète pas l'image — elle la transforme.

Aujourd'hui, je viens d'assister à une projection du mix final de HEAVEN, le court-métrage de Mohcine Besri que je produis. Je ne suis pas vraiment producteur, mais l'ai pris en charge pour qu'il se concrétise, parce que son sujet - les viols collectifs - avait effarouché pas mal de monde. Et maintenant que je vois le résultat final, j'en suis très fier. J'avais aussi éclairé et cadré le film, qui a été tourné en HD avec le RedRock et des longues focales Nikon.

La bande-son du film a été montée/mixée par Gabriel Hafner sur Pyramix au studio Nos Sons Mix à Rolle (que Godard affectionne, et qui a remporté en 2007 le César du meilleur son pour "Quand j'étais chanteur").

En redécouvrant le film avec ces sons si justes, si limpides, je me suis pris à redécouvrir les images, et à les voir différemment. Plus intenses, plus fortes. Et je n'y suis évidemment pour rien - le film n'est même pas étalonné. Cette session a été pour moi la redécouverte d'une évidence: un bon son rend les images meilleures.

Prochaine étape: l'étalonnage. J'espère pouvoir le faire sur la station Matrix de FreeStudios, avec Boris Rabusseau. Je vous tiens au courant.

19 mars 2008

Micro Salon 2008

En bref  Le Micro Salon 2008 révèle de nouvelles sources LED : le Litepad de Rosco, jugé plus intéressant que le LitePanel grâce à sa lumière douce native — les diodes sont réparties sur une surface et non concentrées en grille. Les premiers pas d'une révolution qui mettra dix ans à s'imposer sur les plateaux professionnels.

Ce que je retiens du Micro Salon cuvée 2008, ce sont des nouvelles sources de lumière dont l'essentiel est résumé dans le dernier numéro de l'ICG magazine (lien direct). Non mentionné dans ces nouveautés, le Litepad de Rosco (lien direct) que je trouve encore plus intéressant que le LitePanel, parce que la lumière est douce par le fait que les diodes sont pointées horizontalement vers la surface du panel, surface qui devient donc lumineuse et qui éclaire à son tour. La puissance de la source permet d'ajouter des gels de correction (+ green) sans trop de dégâts.

Maluna, qui propose des boules chinoises carrées bien pratiques, sort sa Luciole Mega (allez voir la chose sur leur site).

En bref:

  • Vu la Louma 2 en action, qui ressemble à la Technocrane;
  • Airstar en vedette, avec une doc technique ciblée chefs op;
  • Assisté à une présentation de la nouvelle mire couleur proposée par la CST pour s'y retrouver dans les dizaines d'espaces colorimétriques en vogue (le technicien blasé/cynique/brouillon qui la présentait ne donnait pas envie d'aller plus loin, mais c'est pourtant un domaine de recherche fondamental);
  • Pas encore vu les tests de la nouvelle pellicule FUJI 160 ISO;
  • Assisté à une démo de Pénélope, la nouvelle Aaton 35mm, en version 3 perf;

Le Micro Salon est aussi l'occasion d'assister à des projections digitales frisant la perfection technique, et je dois dire que la bande-annonce du nouveau film de Barratier "Faubourg 36", éclairé par Tom Stern (collaborateur d'Eastwood) m'a presque décollé les rétines. Non pas que le film soit captivant - le scénario sent un peu le poisson d'avant-hier - mais la richesse des couleurs, l'onctuosité des contrastes, la pêche fulgurante de ces images m'ont totalement séduit.

Et pour couronner le tout, on a eu droit à quelques rushes 35mm étalonnés d'"Océans", l'ambitieux docu sous-marin produit par Jacques Perrin. Des plans tournés sous la glace, presque monochromatiques, d'une beauté à faire peur. Perrin tourne ce film depuis quatre ans, et teste comme d'habitude les technologies les plus adéquates. A en croire ses choix, le 35mm reste, dans certains cas, un support de prédilection. Le travail de post-prod, impeccable, est assuré dans les 2 cas par Digimage Cinéma.

16 mars 2008

Bluescreen, "Gondry style"

En bref  Un tournage bluescreen à la manière de Gondry : Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et un 5 kW soft en fond pour modeler subtilement les intervenants sans contaminer le fond bleu. L'art du bluescreen réside dans cet équilibre : éclairer le sujet sans toucher au fond, séparer ce qui sera réel de ce qui deviendra virtuel.

Les couleurs de cette photo (prise avec un portable) ne sont pas fidèles à la réalité. L'objectif est de montrer une partie de l'installation: Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et au fond un 5kW soft pour modeler un chouïa la lumière sur les intervenants, sans pour autant toucher le fond bleu.
Aujourd'hui travail sur de faux bluescreens (aucune incrustation ne sera faite en post). Objectif: une lumière douce, qui permette une chorégraphie sans ombres fortes, de 10 personnes, elles aussi en bleu, qui bougent à vue des éléments de mobilier. Petit budget = Tungstène, en l'occurence beaucoup de Blondes et des ambiances 5kW. Tout est diffusé ou réfléchi.

11 mars 2008

I am Legend: l'ASC Magazine se rattrappe

En bref  Le tournage d'I Am Legend déploie des moyens vertigineux : un Times Square entièrement recréé comme décor. Andrew Lesnie y travaille un éclairage en contrepoint — douceur et nostalgie plutôt que menace — qui rend la désolation plus poignante. Le numéro de l'ASC détaille ce tour de force logistique et artistique.


Il aura fallu attendre le numéro de février du magazine de l'ASC pour lire un papier détaillé sur le travail d'Andrew Lesnie sur "I am Legend". Et comme toujours avec les films à gros budget,
on reste sans voix devant le déluge de moyens. Par exemple, cette photo montre le décor de Times Square où Will Smith évolue.
Dans le numéro de mars, il y a quelques pages intéressantes sur deux séries sexy: Mad Men, dont je vous avais parlé, et Desperate Housewives. On devinait que les chefs op de cette dernière série travaillaient avec des "butterflys" (de par l'ombre qu'ils projettent sur le macadam), mais voici une photo d'un de ces dispositifs:



Lowell Peterson, ASC, sous l'un des "Fly Swatters" utilisés pour adoucir la lumière solaire avant qu'elle ne frappe le visage des 4 housewives. En intérieurs il utilise des Barger Baglites très diffusées et munies de nids d'abeilles épais, et des LitePanels (un cluster de LEDs) pour les yeux de ces dames. Avant d'attaquer la série, il était connu comme un chef op spécialisé dans les visages. Sa référence: les films de Douglas Sirk. Miam!


Préparation des séquences d'ouragan dans les derniers épisodes cataclysmiques de la série.

08 mars 2008

Spot pub Gruyère

En bref  Tourner une pub pour le Gruyère en Super-16 dans la neige : le choix de la pellicule (Fuji 250D) s'impose pour son rendu doux dans les très hautes lumières, là où un capteur numérique saturerait brutalement. La pellicule encaisse les blancs de la neige avec une grâce que le digital de 2008 peinait encore à reproduire.


Je reviens du village de Gruyères (mais oui il y a un "s") où j'ai tourné une pub pour le célèbre fromage, en Super-16.

L'agence Art Com avait supposé, à raison, que la pellicule serait plus indiquée pour filmer des paysages couverts de neige. J'ai travaillé avec la 250D de Fuji dont le rendu doux dans les très hautes lumières m'avait beaucoup plu sur "Il neige à Marrakech".

Le négatif est passé aujourd'hui dans un télécinéma "best light", c'est-à-dire que chaque plan a été étalonné indépendamment des autres, à l'inverse d'un téléciné "one light" qui projette une lumière constante sur toute la longueur de la bobine du négatif. Le TC a été étalonné par Jürgen Kupka, un spécialiste avec lequel j'adore travailler sur les projets qui me permettent une post-prod en Suisse. Il opère chez Boost, une unité de cinéma digital d'Egli Film à Zurich.

Parmi mes autres complices habituels, j'ai retrouvé mon 1er Assistant Caméra favori, Leandro Monti et mon chef électro Guillaume Payen.


Leandro Monti, 1er AC.

La liste lumière consistait en une palette de HMI (2x 2,5 kW) et presque toutes les puissances inférieures, ainsi que des cadres de diffusion dotés de diverses toiles.

La caméra était une Arri SR-III de chez Eberle Film Equipment, à Zurich. Grand angle Century 6mm et zoom Canon 8-64mm. Pola circulaire, filtres ND évidemment. Retour vidéo, Follow Focus, etc. Leandro a amené ses propres gadgets, dont un laser très précis pour assurer une mise au point au quart de poil.

Au rayon machinerie, nous avions une grue Pro-Miller (très performante) qui a supporté sans broncher une magnifique tête O'Connor 2575C et la caméra complètement équipée.

Le tournage s'est passé sans encombres, malgré des conditions climatiques difficiles - froid intense ou humidité record dans une fromagerie en activité. La robustesse du matériel cinéma a une fois de plus fait ses preuves.

Nos images seront mélangées à des plans plus documentaires, tournées par l'agence il y a quelques mois. Le résultat sera visible sur TF1 et M6 dès la mi-avril.

28 février 2008

Etalonnage: à quoi bon?

En bref  L'étalonnage de Vincent le Magnifique sur station Coloris chez Mikros à Paris révèle l'étendue des possibles : un même plan peut exprimer la mélancolie, la chaleur ou l'inquiétude selon le grade appliqué. Le but n'est jamais que l'image soit « jolie » — il faut qu'elle exprime quelque chose. L'originale n'est pas forcément la plus intéressante.





Variations sur un plan. Le but n'est pas qu'il soit joli, mais qu'il exprime quelque chose. La dernière photo est l'originale. Ca n'est pas forcément la plus intéressante. © Imaginastudio 2008

J’étais aujourd’hui chez Mikros à Paris pour étalonner Vincent le Magnifique sur leur station Coloris. Un travail délicat puisque les costumes, les décors et les lumières avaient été étudiés il y a presque un an en vue d’un résultat final très précis. Par exemple, pour obtenir les couleurs exactes des costumes, nous avions:
photographié les couleurs désirées,
saturé ces photos de +30%,
cherché les tissus dans ces couleurs saturées pour qu’au final,
après désaturation de -30% des images de la caméra, nous retombions sur nos pattes avec des costumes aux bonnes couleurs.

Ainsi le bleu électrique de la robe des jumelles était étudié pour devenir un bleu-gris spécifique. Si nous avions utilisé des costumes aux couleurs désaturées sur le plateau, ils auraient perdu presque toutes leurs couleurs dans le film terminé. Pour retrouver des couleurs naturelles ou réalistes, les images des caméras digitales doivent en effet être désaturées en post-production. Sur les images brutes, les visages ont souvent des dominantes magenta, les flammes projettent des lueurs jaunâtres et les verts de la nature sont rarement… naturels. C’est pourquoi il vaut mieux filmer avec un objectif final en tête: obtenir telle couleur ici, tel dégardé là, quitte à ce que les lumières et les couleurs sur le plateau soient étranges. Seul compte le résultat final, et les voies pour y arriver sont parfois tortueuses.

Grâce à l’oeil et à l’expérience d’Alexandra, l’une des coloristes de Mikros, le “color grading” de VLM a été une partie de plaisir. Nous avons passé les 250 plans en revue en une journée, ce qui est assez énorme. Elle continuera demain en solo, pour animer les caches et uniformiser les dernières aspérités. L’avantage de travailler avec un coloriste pro est évident: non seulement les manipulations sont rapides et efficaces, mais surtout les moindres teintes suspectes sont détectées et travaillées. Il s’agit de contrôler absolument tous les paramètres visuels du film: couleurs, contrastes, luminosité. Pour assurer des raccords invisibles entre les plans, mais aussi et surtout pour créer des atmosphères, souligner des états d’âme, diriger le regard du spectateur, bref: contribuer à raconter l’histoire en images.

L’étalonnage est une étape trop souvent négligée. Elle est pourtant capitale. Pour ma part, j’évalue son apport à l’esthétique globale d’un film aux environs de 30%.
Si on laisse les couleurs au hasard de la prise de vues, si les couleurs ne servent à rien, si elles n’expriment rien d’autre qu’elles-mêmes, à quoi bon filmer en couleurs?

Effets nocturnes

En bref  Pour le plan d'ouverture de Vincent le Magnifique — un travelling nocturne sur plusieurs plans de profondeur —, l'équipe est retournée photographier textures, façades et paysages de nuit. L'éclairage nocturne en extérieur exige des choix radicaux : chaque source visible raconte une époque, et la moindre lumière parasite détruit l'illusion du XIXe siècle.
L’épopée de Vincent le Magnifique touche bientôt à sa fin. Les 9 et 10 février nous sommes retournés en petite équipe sur les lieux du tournage pour photographier des textures, des façades, des arbres et des paysages afin de permettre à Marc Dubois de réaliser le plan d’ouverture du film. C’est un travelling sur plusieurs plans de profondeur, qui s’enfonce nuitamment dans la vallée et contourne les maisons du village pour s’arrêter devant la grange-cabaret où Vincent (le magicien) coupe ses assistantes en deux.

Marc nous avait briefé sur ce dont il avait besoin pour composer cette séquence, et il nous a accompagné sur le terrain pour récolter toutes les images RAW nécessaires.
Mon souci était de trouver les éléments dont il avait besoin (une grande colline, des arbres, des façades, des toits) tout en cherchant à photographier ces éléments en contre-jour, pour faciliter en post-production leur transition vers une “nuit américaine”. Les nuits sont en effet plus réalistes si le “key light”, la lumière principale, arrive sur les objets en contre-jour.
C’est pourquoi j’ai demandé à l’équipe de prévoir cette chasse photographique en fin d’après-midi et en début de matinée suivante, de façon à nous assurer un soleil plus rasant que plongeant.

Marc a ensuite composé et animé les photos en un magnifique paysage imaginaire, qui illustre à merveille la première phrase du scénario: “Extérieur nuit. La caméra s’engouffre dans une vallée”.
Un plan similaire, qui clôt le film, était confié en parallèle à la société parisienne d’effets spéciaux Mikros.

28 janvier 2008

Prochain Micro Salon: 13 mars

Si vous savez ce qu'est le Micro Salon, vous y serez.
Si vous ne le savez pas encore, vous y serez aussi parce que le Micro Salon, ça ne se rate pas.

Donc réservez le 13 mars, et on n'en parle plus.

Le Micro Salon AFC
aura lieu cette année le jeudi 13 mars 2008
de 10 h à 22 h
à La fémis
6 rue Francœur Paris 18e

International Digital Film Forum à Paris

En bref  L'I-DIFF de Paris réunit les praticiens de l'image numérique autour d'ateliers concrets — dont un sur les spécificités de la lumière et du maquillage en tournage numérique. Un sujet rarement abordé : le capteur digital ne pardonne pas les mêmes choses que la pellicule, et le maquillage doit s'adapter.
Nicolas me signale l'approche de l'I-DIFF, un lieu de rencontres, de projection, d'expérimentations et d'échanges entre les différents praticiens de l'image numérique.
Parmi les rendez-vous intéressants, un atelier sur les spécificités de la lumière et du maquillage dans le contexte d'un tournage numérique.
La liste des conférences est extrêmement alléchante (tests comparatifs de caméras - dont la RED, mais aussi la 3D chez Disney ou la projection numérique 4K).
Je n'y serai pas parce que j'ai un tournage en même temps, mais ça n'est pas l'envie qui manque.

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Le même Nicolas, de retour du Forum, n'est pas très enthousiaste:
"Sincèrement, l'IDIFF n'avait vraiment rien d'impressionnant. Une sorte de mini-SATIS. L'atelier lumière et maquillage a manifestement changé d'horaire si bien que je n'ai même pas pu y assister, les exposants étaient assez peu disponibles. Personnellement, ca m'a permis de voir un peu les dernières caméras HD (D-20, F23, Viper, RED, etc) que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir, mais à part, ca ne m'a pas apporté grand chose".

Voilà qui est clair. On jugera l'année prochaine sur les progrès accomplis.

23 janvier 2008

Oscars 2008: les nominations

En bref  Oscars 2008 : Roger Deakins nommé deux fois (Jesse James et No Country for Old Men), Janusz Kaminski pour Le Scaphandre et le papillon, Robert Elswit pour There Will Be Blood. Le Jesse James de Deakins recueille les suffrages des connaisseurs — un film à voir en priorité au cinéma, où la lumière naturelle atteint une grâce rarement égalée.
Roger Deakins - The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
Seamus McGarvey - Atonement
Janusz Kaminski - The Diving Bell and the Butterfly
Roger Deakins - No Country for Old Men
Robert Elswit - There Will Be Blood

Selon les avis glânés ça et là, le Jesse James est à voir en priorité, si possible au cinéma. C'est le film qui receuille le maximum de suffrages sur sa photo. Les spectateurs sont beaucoup plus circonspects sur le film lui-même ;-) Prenez un thermos de café et au boulot.

13 janvier 2008

Adobe OnLocation et Scopebox

En bref  Adobe OnLocation et Scopebox transforment un ordinateur portable en moniteur de contrôle avec scopes — luminance, chrominance, vecteurscope — pour une fraction du prix d'un Astro. Le contrôle des images numériques à la prise de vue devient accessible à tous les budgets, pas seulement aux grosses productions équipées de matériel dédié.

un Astro

OnLocation

Scopebox

Le contrôle des images numériques lors de la prise de vues devient tous les jours plus facile.
L'usage des moniteurs de contrôle ne date pas d'hier, mais les appareils affichant aussi des informations de luminance et de chrominance (comme les Astro) sont encore relativement chers et peu répandus.

Depuis quelques années les développeurs de softs sortent des solutions qui permettent de vérifier les images avant qu'elles ne soient enregistrées, ou plus récemment (sur Adobe OnLocation) telles qu'elles apparaîtront une fois enregistrées, en tenant compte de la compression. Dommage qu'OnLocation ne fonctionne que sur PC, mais il est facile de faire tourner un système d'exploitation PC sur Mac, donc c'est une mauvaise excuse pour ne pas l'essayer. D'autant qu'il sert aussi de magnétoscope.

Les créateurs du Redrock Micro ont sorti un joli soft pour permettre aux utilisateurs de leur système de retourner les images de la caméra, et ils ont ajouté quelques "widgets" utiles et suffisants pour monitorer dans des conditions courantes. Et il fonctionne lui aussi comme un magnéto.

Il en existe sans doute d'autres. Lesquelles utilisez-vous?

12 janvier 2008

Belles images de cinéma

En bref  Un blogueur américain compile des images tirées de films récents pour leur beauté photographique — des centaines de captures d'écran qui documentent l'art de la direction photo mieux qu'aucun manuel. Days of Heaven, entre autres, y figure. Une ressource visuelle pour qui veut éduquer son regard cinématographique.


Un blogger américain met en ligne des images tirées de films récents dont la photo lui plaît. Et comme il a bon goût ;-) ça va vous plaire à vous aussi.
Le seul défaut de sa page est qu'elle est trop longue. Elle contient des centaines de photos. Je vous propose donc un petit avant-goût avec ce lien, qui vous mènera directement aux photos de Days of Heaven, l'un des plus beaux films qu'on puisse imaginer.
Ce film de Terrence Malick vient de sortir en version remasterisée sur DVD chez Criterion.
Chef op: Nestor Almendros. Un film principalement tourné en lumières naturelles.

Et pour la bonne bouche, voici quelques images éclairées par le Géant Slawomir Idziak.


Gattaca de Andrew Niccol

Les Barger-Baglites

En bref  Les Barger-Baglites apportent une innovation dans le tungstène : une profondeur de 12 centimètres seulement pour une unité à 6 lampes. Moins de chaleur, moins d'encombrement sur le plateau — deux problèmes que le tungstène traîne depuis toujours. La source idéale pour les espaces exigus où chaque centimètre de recul compte.


Au rayon des nouvelles sources d'éclairage, l'une des innovations les plus intéressantes dans le monde du Tungstène est celle qui consiste à gagner de la place et diminuer la chaleur des projecteurs sur les plateaux. Les Barger-Baglites répondent à ces besoins.
Avec une profondeur de 12 centimètres, l'unité à 6 lampes est particulièrement compacte. Les poignées et les fixations sont robustes. Ces projos ont visiblement été conçus par des techniciens de cinéma.
Les Barger recourent d'autre part à des ampoules spéciales qui émettent moins de chaleur tout en préservant 90% de l'intensité lumineuse classique d'une source de ce type.
Franck Griebe, le chef op du Parfum, en a utilisé 6 sur le film, importées par Arri des Etats-Unis. Pourvu que les loueurs européens investissent dans ce genre de matériel!

http://www.barger-baglite.com/