07 janvier 2008

Composition et contrastes

Justin m'a posé une question sur la composition en triangle, fréquente dans les cadres d'Eisenstein.




Il est vrai que les images fortes qui restent de ses films sont des plongées ou - surtout - des contre-plongées tapageuses, dont l'efficacité est multipliée par l'emploi de grands angles. Le choix d'un tel angle implique une perspective (vers le sol ou vers le ciel), et donc la tentation de composer le premier plan et l'arrière-plan dans le cadre (par exemple, deux visages et un élément symbolique). Comme on évite de les aligner sur une horizontale (l'image serait plate), la composition en triangle s'impose d'elle-même. Elle semble "juste".

Je ne saurais trop vous recommander le livre de Freeman que je mentionne dans la colonne de droite de mon blog, "The Photographer's Eye". La composition en triangle n'est que l'une des très nombreuses conjugaisons d'éléments dans un cadre. Le livre est formidablement bien illustré, très accessible mais très subtil. Il est en anglais, mais les images suffisent à tout comprendre.

La perspective (ou sa simulation) est l'un des moyens qui permettent de recréer cette profondeur qui manque tellement aux images de cinéma. Il y en a un autre: le contraste, qui isole le premier plan d'un second plan, et ce dernier du fond (par couleurs, par flou/net, par textures, etc.).

La perspective (ou plus largement, l'organisation des lignes de force du cadre) concerne surtout le cadreur, alors que la maîtrise des contrastes entre les profondeurs préoccupe plutôt le directeur photo. Mais les deux permettent de détacher les éléments d'une image les uns des autres, et par là de les rendre lisibles, d'une part, et de les mettre en relation, de souligner les rapports de force ou de tension, d'autre part.

Et comme je trouve que la perspective et les contrastes sont complémentaires, j'aime bien cadrer les séquences que j'éclaire.

3 commentaires:

  1. Anonyme7.2.08

    une petite réflexion, suite à la découverte de ton blog.
    lumière, contraste, plan décalé, profondeur...

    Je commence à comprendre de + en +, qu'il y a un monde incroyablement important entre les chef Op "courant" et certain Dir Phot dans la gestion de l'image et de sa chaleur.

    Depuis, 3 ans j'ai lancé une petite sté de prod, dont la principale activité est l'institutionnel (hors pub TV), que je qualifierai naze à deux balles, dans l'intérêt du contenu et de la réalisation:
    Le genre convention des commerciaux, avec le film marrant, la capatation du séminaire, le mot du Président "on est tous les meilleurs, on fait 13% de croissance", le buffet et la boume à la fin...
    Bref, du budget pour les salaires des copains cadreurs et un bout de smic pour me.
    Alors je me creuse la tête pour faire un beau projet instit, du style racontez-nous la folle aventure de votre entreprise... en ayant à l'esprit de faire de belles images.
    Alors je me tourne vers mes amis, qui me parle tout de suite "tu veux un beau projet, mets du budget". Donc, au mini prendre une beta num au mieux tourner en Super16...
    Mais je me suis toujours étonné de voir le mécanisme de pensé de mes amis "belle image, moyens techniques puissants".
    Alors, qu'ils n'evoquaientt jamais le traitement image, le contexte décors de tournage et enfin, la fameuse question de la lumière.

    S'ajoute à cela, le nombre de débatq, discussionq, "tuto"... sur internet (comme sur ton site) ou de manière + informelle chez les loueur de matériel et autre... sur la gestion de la lumière et la mise en perspective de personnage (prof de champs...).
    C'est là que j'ai compri la différence entre le monde (schematiquement) des dir phot et les cadreur chef Op vue en vidéo pour l'institutionel, l'info, les mag...
    Bref, je m'en étonne, car cela me semble tellement évident pour moi.
    Car depuis l'age de 4/5 ans j'étais très souvent au travail de mon père (laborantin développement photo pour les pro). Là très, très tôt j'entendais Guy Bourdin, Helmut Newton, parler de lumière de lumière et encore de lumière... puis de contraste, de contraste...
    Plutard, Gille Bensimon, Dominique Cazenave, jean-batiste Mondino...

    Bref, c'est un vrai bonheur de trouver ton site et tes propos:

    "enfin une personne qui parle de lumière et qui fouille".

    Alors, pour ma solution de tournage je vais me pencher vers une Z1 avec objectif mini 35.
    et tu sais quoi? et bien, mes cher et tendre copains cadreurs, ils ne m'ont jamais conseillé cette solution pour mon tournage...

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  2. Merci beaucoup pour tes réflexions, aussi marrantes qu'instructives.
    Ce que j'essaie de mettre dans ce blog, ce sont des infos concentrées tirées d'une relativement longue expérience. Mais en ce qui concerne la lumière, ces infos en peuvent être pertinentes que pour ceux qui, comme toi, se sont posé les bonnes questions pendant longtemps. Les débutants complets sont souvent un peu perdus, parce que le domaine est trop vaste, et trop profond, pour pouvoir fonctionner par trucs rapides pour obtenir une "bonne" lumière. J'essaie pourtant de ne jamais les oublier, et leur mettre le pied à l'étrier. Les premiers pas sont les plus maladroits. Ensuite, c'est la passion qui prend le relais.

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  3. J'ai vu, mais loupé le skypecast sur la lumière petit budget...
    le problème avec ce principe, c'est qu'il n"y as pas de trace écrite, pour découvrir les propos... et apprendre...

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