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26 novembre 2021

Intro à l'éclairage en 3D temps réel sur Unreal Engine 5 avec Lumen

En bref Introduction à l'éclairage en 3D temps réel sur Unreal Engine 5 avec Lumen. Les sources virtuelles — Rect Light, Point Light, directionnel — s'inspirent des projecteurs physiques sans les reproduire exactement. Je note une volonté chez les concepteurs de rapprocher les outils numériques de la réalité du plateau, mais le chemin reste long.

 

La lumière en 3D repose sur des principes différents de ceux des sources que nous mobilisons sur les plateaux.
Alors que Unreal Engine propose à l'utilisateur des caméras virtuelles basées sur les formats et les marques que l'on retrouve dans la réalité, les sources lumineuses en sont assez éloignées, même si l'on sent chez les concepteurs l'envie de s'en rapprocher peu à peu.

Ainsi ce que l'on désigne par "Rect Light" ressemble à une dalle LEDs avec barndoors (volets), et projette une lumière dont les caractéristiques sont similaires à la source réelle. Mis à part qu'elle peut être plantée dans le champ tout en restant invisible, et qu'elle peut mesurer 40 mètres et se trouver à 2 kilomètres du plateau ;)

Depuis quelques années j'explore ce domaine avec beaucoup de curiosité, parce que c'est un vaste terrain d'expérimentation dont les bases ont beaucoup de points communs avec notre réalité. L'un des points forts de ce logiciel - gratuit - est de vous montrer un résultat en temps réel, et donc d'accélérer le processus créatif, presque à la vitesse de la réflexion. Surtout quand vous travaillez avec un spécialiste Unreal Engine comme Fabrice Bourrelly, avec lequel je collabore sur une série de cours sur le sujet.

Vous le constaterez à la vue de ce petit exemple d'éclairage d'un couloir, il ne suffit pas de presser sur quelques boutons ou de chercher un plug-in - ou un tuto - "éclairage d'un couloir" pour être sorti d'affaire.
Sur un plateau comme sur Unreal, il importe de savoir regarder, d'avoir un objectif relativement clair, et de faire appel à sa mémoire visuelle pour recréer des conditions lumineuses à la fois cohérentes et expressives.
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La vidéo ci-dessus provient de la chaîne YouTube de Fabrice. Vous y trouverez d'autres exemples de sessions de travail sur Unreal.

30 mars 2021

Bientôt une série de vidéos gratuites sur la mise en lumière en 3D temps réel

En bref Annonce d'une série de vidéos gratuites sur YouTube et Instagram sur la mise en lumière en 3D temps réel, en collaboration avec Fabrice Bourrelly. L'éclairage en temps réel est un domaine où se joue une partie de l'avenir des chefs opérateurs. Le format live ouvre l'accès à des connaissances que les cours payants réservent habituellement à un public restreint.

 

Fabrice Bourrelly, formateur et spécialiste Unreal Engine, et moi nous passons d'innombrables heures à explorer le potentiel de l'éclairage en temps réel. C'est à mon sens un domaine où se joue une partie de l'avenir des chefs opérateurs.

Les cours que nous enregistrons sont disponibles derrière un "paywall", mais nous allons publier des vidéos "Live" sur YouTube et/ou Insta pour partager avec vous ces aventures au pays des pixels virtuels.

Ces derniers temps j'ai préparé des contenus pour des modules payants, mais j'ai conscience qu'une partie d'entre vous n'est pas en mesure de suivre ces cours, pour des raisons économiques. Ces "Live" seront un bon moyen de vous familiariser avec ce nouvel univers.

Je vous donnerai les infos ici. Pour être tenus au courant, abonnez-vous à ce blog en laissant votre adresse mail dans la marge de droite.

Le site de Fabrice: fabricebourrelly.com

22 janvier 2021

Cours lumière intensif: inscriptions ouvertes

En bref Formation poussée à la lumière en dix cours étagés sur 2021, en collaboration avec Fabrice Bourrelly, formateur officiel Unreal Engine. La particularité : montrer en temps réel l'effet de la lumière sur des scènes virtuelles. L'enseignement de la lumière franchit un cap — le plateau virtuel offre ce que le plateau physique ne peut pas : l'expérimentation sans coût ni contrainte logistique.


Comme vous le savez j'ai exploré les dernières possibilités de travailler la lumière en 3D temps réel, sur Unreal Engine. Chemin faisant j'ai rencontré Fabrice Bourrelly, un formateur officiel sur Unreal, très au fait du soft et lui-même dessinateur talentueux.

C'est donc tout naturellement que nous avons mis au point cette formation poussée à la lumière, qui consiste en 10 cours étagés mensuellement au fil de 2021.

La particularité de ces cours est de pouvoir montrer en temps réel l'effet d'un changement d'éclairage, donc il ne s'adresse pas qu'aux artistes 3D, mais aussi aux personnes désireuses de se sensibiliser à la lumière.

Inscrivez-vous gratuitement sur le site de Fabrice, et tenez-vous au courant des prochaines occasions d'en apprendre davantage sur la lumière.


15 octobre 2020

Trip technique: la calibration des sources LED en fonction des caméras

En bref La calibration des sources LED en fonction des caméras devient un enjeu majeur : trois caméras filmant la même mire sous la même lumière LED produisent des couleurs différentes. Les annonces technologiques se font désormais en ligne, mais les deux tendances lourdes restent la prolifération des LED et la nécessité d'aligner leur spectre avec ce que les capteurs perçoivent réellement.
3 caméras filment la même mire couleurs sous la même lumière: un exemple de la nécessité d'aligner les nouvelles sources LED avec ce que les capteurs des caméras en perçoivent réellement.


Confinement oblige, les annonces des nouveautés technologiques se font en ligne, à coups de Webinaires, Webcasts et autres IGTV. L'accès aux infos les plus fraîches ne nécessite plus la participation à des conférences distantes et hors de prix.

Dans les domaines qui nous intéressent, deux tendances lourdes se dégagent depuis quelques mois:

  • l'arrivée massive d'objectifs adaptés aux grands capteurs, 
  • et une certaine standardisation de la restitution des "vraies" couleurs par toute la chaîne des outils techniques y compris, et c'est tout nouveau, sur les sources elles-mêmes.

Je tente ici de faire un petit point d'étape sur cette deuxième tendance.

Alors que les arts graphiques avaient conçu voici des décennies diverses façons de contrôler le suivi des couleurs depuis l'écran d'ordinateur jusqu'à l'impression (CIELAB et autres standards), le cinéma numérique accuse encore un retard un peu honteux.
En effet, les couleurs perçues sur un plateau ne sont toujours pas, à l'heure actuelle, fidèlement restituables tout au long de la chaîne tournage > post-prod > display. La faute en incombe à un manque de coordination technique entre les fabricants:

  • de sources de lumière 
  • de capteurs
  • de moniteurs/TV 
  • et des logiciels qui font dialoguer ces bestioles.

Diverses unités de mesures existent depuis un certain temps déjà, mais les possibilités de corriger les aberrations restaient rares.

Les mesures


Parmi les unités de mesure, l'Indice de Rendu des Couleurs (IRC, page Wikipedia) évalue les écarts de perception des couleurs par un oeil humain en fonction de la source qui les éclaire. Le soleil ou un filament tungstène couvrent de façon linéaire toutes les longueurs d'ondes de la lumière visible, alors que certains HMI, de nombreux tubes Fluos et sources LED accusent des trous et des pics assez alarmants:

Ces irrégularités ne peuvent pas se corriger avec des gélatines.
Lorsqu'une couleur n'existe pas, elle ne peut être compensée.

Constatant que l'oeil humain ne perçoit pas les couleurs de la même façon qu'un capteur de caméra, l'IRC a été complété par le Television Lighting Consistency Index (TLCI, page de définition sur EBU). 

Tout récemment, les organismes qui notent la qualité des écrans ont même proposé la Just Noticeable Color Difference (JNCD) (voir ici l'explication technique et une application concrète sur un écran de smartphone).

Le dernier-né de ces index? La Similarité Spectrale (SSI), qui mesure les écarts à la moyenne, lisse les pics et les creux, et pondère plus favorablement les longueurs d'ondes entre 380 et 670 nanomètres. Voir les précisions en fin de post, je crois que j'ai déjà un peu abusé de votre patience.

Les premières tentatives


Mais ces mesures n'ont pu que pointer du doigt les problèmes à régler. Les solutions en vue étaient encore peu nombreuses et disparates. 

L'une d'elles consiste à combiner plusieurs unités LED entre elles - au sein d'une même source - pour jouer de leur complémentarité, et restituer une gamme chromatique plus fournie. Le MIX de Rosco DMG combine par exemple des unités de 6 LEDs différentes (rouge, jaune-vert, vert, bleu, ambre et blanc) pour arriver à approximer les couleurs du spectre.

Nicolas Goerg de Rosco DMG Lumière aborde cet aspect avec humilité dans cette toute récente interview confinée avec James Mathers - Digital Cinema Society (en anglais):


 


Ce qui va changer

Les efforts d'amélioration étaient jusqu'ici peu coordonnés.
C'est la raison pour laquelle les annonces conjointes de KinoFlo, Rosco DMG Lumière, ARRI, Digital Sputnik et HS Scope, pour n'en citer que quelques uns, constituent un bond décisif dans la bonne direction.

Dans les grandes lignes, la vidéo qui suit résume bien ce qui est en jeu, c'est-à-dire non plus seulement mesurer, mais donner aux fabricants de sources d'éclairage les informations quant à ce que chacun des capteurs de différentes caméras perçoit du spectre lumineux de leurs éclairages. Construire un pont à double sens entre les caméras et les lumières. Corriger le flux lumineux des projecteurs pour qu'ils restituent fidèlement toutes les couleurs que le capteur est en mesure d'enregistrer.

Brad Dickson a mis au point ce qu'il appelle les "empreintes digitales" des sources lumineuses, en mettant en avant les différences de rendu des couleurs par rapport à une source tungstène de référence. Voici par exemple le rendu chromatique, sur un capteur d'ALEXA, d'un MIX (à droite) par rapport à une source tungstène de référence (à gauche). On constate - ce qui n'est de loin pas toujours le cas - une grande ressemblance entre les deux graphs.
Les fabricants de projos sont friands de ce genre d'informations, parce qu'ils peuvent ensuite ajuster leurs sources pour faire correspondre au mieux les gammes chromatiques (source et capteur).


Les HS Scopes (Hue = Teinte Sat = Saturation) sont élaborés sur la base du vecteurscope, ce quadrant qui indique la distribution des couleurs en terme de saturation. 

En filmant une mire éclairée par une source donnée (ci-dessous une source tungstène), on élabore son profil (les crêtes en blanc dans le screenshot ci-dessous). Partant de ce profil, le fabricant de sources va calibrer ses LED pour approcher au plus près ce profil de référence. Sa source sera donc en mesure de restituer toute la richesse chromatique d'un bon vieux projo tungstène:


Vecteurscope et HS Scope d'une source, comparée au tungstène de référence (réf = les crêtes blanches).
L'enjeu pour le fabricant sera en l'occurrence de booster ses jaunes, ses verts et ses cyans. ©DCS 2020


Voici les explications (en anglais) de Brad Dickson sur sa proposition de HS Scopes:


Un autre exemple, cette fois sur un capteur RED Epic-W:


La comparaison des rendus chroma en fonction des caméras va enfin synchroniser les fabricants de sources, de capteurs et de logiciels de post-traitement.

Certains fabricants de sources parlent désormais de véritables "LUT pour projos". C'est-à-dire une torsion des matrices luma/chroma pour aligner les valeurs de la source à celles que le capteur perçoit.

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PDF Brochure des spécifications des DS3 de Digital Sputnik, qui mentionne le recours à des LUTs corrigeant chaque "ampoule" pour garantir des couleurs stables lorsqu'on en varie la luminance.


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Et puisque vous êtes toujours là (merci!), un petit supplément sur l'index SSI dont j'ai parlé plus haut:


Cet index mesure la déviation d'une source (sa variance) par rapport à une source tungstène de référence. Contrairement au HS Scope, il évalue l'ensemble des variations en une seule valeur. 
Le SSI est plus sévère que le CRI, mais les chiffres s'interprètent différemment: un SSI de 90 est jugé bon, alors qu'un Keylight avec un CRI de 90 n'est pas très rassurant.


Et enfin pour terminer (c'est le dessert!), la mire couleur du début de ce post, mais cette fois filmée par la même caméra, et éclairée par quatre sources différentes: 
En haut de chaque carré de couleur, la référence tungstène. 
En bas: à gauche et au centre, deux sources différentes qui ont toutes les deux un SSI de 76 (76A et B). 
En bas à droite, une source avec un SSI de 88.
On constate que le SSI supérieur qualifie une source plus fiable à travers tout le spectre visible.

Rappelons-nous que tous ces index ne vaudront jamais un test de visu, juste avant le tournage.

14 mai 2020

The Colors of Summer - HDR color grading for Netflix

En bref Interview de Valerio Liberatore, étalonneur de la série Netflix « Summertime », tournée en HDR. Le passage du SDR au HDR bouleverse l'étalonnage : les couleurs saturées de l'été italien imposent des choix que la dynamique étendue rend plus complexes. Un cas concret de la manière dont la technologie HDR modifie le rapport entre le plateau et la post-production.
La version française de ce post paraîtra dans quelques jours.
Je poste la version originale pour faciliter l'accès à ces informations au lectorat anglophone. 
Découvrez la série sur Netflix en attendant ;-)


An interview with Valerio Liberatore, Colorist


I've just discovered SUMMERTIME, an Italian romantic comedy available as a series on Netflix.
Sure enough, this show is catchy. Because it's nicely written, well-performed, and very well directed.

But what caught my attention was the use of a very controlled color palette. The RGB LED sources nowadays allow easy access to a wide range of colors, and some people overuse them. You know, screaming colors, contrasts that rip your retinas, overdoses of flashy funkiness... Nothing like that here.

Although the work of the cinematographer Federico Schlatter (his IMDB page, Instagram) is noticeable - I write that because it was once believed that the cinematography, like the soundtrack, should never bring attention to themselves - it always supports the story, and especially the changing moods of the protagonists.
And also, it's gorgeous.

I immediately sensed an excellent collaboration between a cinematographer and his colorist. So I contacted Valerio Liberatore, the Color Grading Artist of this Netflix series, to ask him some rather precise questions about his work.

He was kind enough to provide us with detailed explanations, which blend technology and art harmoniously. 
Netflix proposes an HDR and SDR version of the series, which I didn't know when I discovered the show in Standard. 

Since High Dynamic Range is an emerging format, this interview was also a great opportunity to consider its practical implications from shooting to end delivery, from a Colorist point of view.



How would you describe the visual style of the Series? Did you have specific references?

First of all, I want to thank you Pascal for reaching me out for this interview. It was totally unexpected... as a young colorist, this is the first interview of my life, so I hope I will do fine!

I would define SUMMERTIME as an explosion of colors. We aimed at creating a fantastic world, really characterized by strong saturations and many color contrasts. Everything seasoned with a diversity of looks based on the emotions and the situation, which would feel extremely different, but part of the same universe.


Do you have a color palette you could share with us?


Yes we did, and here it is:




This palette represents just part of the explosion of colors that Summertime has to offer. We wanted to use those really warm tones, surrounded by these different cold ones that would result in a joyful color contrast. 

Lighting, costumes, and scenography played a crucial role. They were using and respecting those palettes already, so having all these colors to work with during the final grade was a pleasure for me. It made us concentrate more on how to enhance what we already had from the set, which is more of a creative approach, rather than a corrective one. 

Those different saturations were playing together and separating themselves from the other, resulting in this gorgeous universe of hues that were surrounding this fantastic world that Federico wanted to create.

Regarding the visual style, let's take an example: What about the choice to overexpose windows and to use heavy glow? Was it planned from the beginning?





So, first of all, keep in mind that the main delivery was HDR. In a much wider dynamic range, windows and brighter regions were much more present.

With that said, yeah, the windows were much brighter and overexposed compared to the indoors. Since the beginning, the main delivery would have been SDR, it's a stylistic choice. Federico wanted to recreate this fantastic world, and those overexposed windows with that glow always present was for sure, playing a big role in that context.

This was achieved in two ways, one on set through exposure and the use of the Black Pearl ⅛ filters, that were softening a lot some textures and the highlight itself. Last but not least, in post, of course, by me. What I love about grading its not only the capabilities you have to manipulate and shape the colors. What I also love to do is to control textures.

Which could be related. To make an example, let's take the micro-contrast control in a certain parts of the signal or the frequencies. Study on the grain (which was not used in that case), softening in some cases the incision of the lenses or vice versa, augmenting the incision of softened images. In that case instead, what was really present was enhancing the initial thought of Federico on how the highlights should have behaved. Which was augmenting those glowing in the scenes, and in some of them, even recreate an halation emulation (more on this later).


About your respective roles, between the DoP and you: What had to be done on the set, and what was your specific part in post? I mean, how was the Look and Feel balanced between you and the DoP (and of course Art Director and Wardrobe)?


We were pretty much on the same wavelength. There was a thought since the beginning. A thought that we tried to develop all together and bring it through the whole chain, until the end. I am really grateful that I was able to grade this show and collaborate with Federico was awesome!

Federico, if you are reading this, I thank you so much for the freedom and the trust you gave me. For me it was a wonderful and enlightening journey. I learned so much from you! There was this continuous exchange of information between us during the shooting phase. I was going on set, looking at the scene with my eyes and seeing what the thought behind it was. Speak with Federico, try to catch that was in his mind and go back to the dailies lab and recreate it. Send him out some stills or cuts that were helping him visualize a much more advanced version of it. Which is always helpful. :)

We had the incredible support of the production, Cattleya, that was trusting us totally. This was crucial for us. We were able to focus on the creative and technical aspects of the show...

We basically had this idea in mind, and we pursued it as we wanted, supported by everyone.




How did you receive visual information about the grading options ?


Federico attended basically the whole grading phase, which for me was really important because I had real-time feedbacks, which speeded up the really short amount of time we had for grading each episode...which was 2 and a half days per episode. During the grading phase, then there wasn't the necessity of sharing content between us.

It had been done during the dailies phase, with the sharing channels provided by Netflix. All rushes were available to be seen for: Netflix, the production, directors, Federico and the grading facility to have a sort of real-time feedback between all the departments on a daily basis. 

As a plus, I was on set during the dailies phase. During that time, Federico, Marco (the DIT), and I were meeting after hours to check the footage and already think about what we would have wanted to reach in the grading suite. Making me carrying on and advance a little bit more with the color on set already - due to the lack of time after.




How did you interact with Marco Coradin, the DIT ? 


We were keeping in touch a lot and seeing each other at the end of each shooting day to make a point of the situation. Even when I went back to Rome, we still were in contact.

Since the beginning, there was this technical exchange between us two that made us think about how to structure the entire pipeline to make it suitable for our needs. 

Marco is really knowledgeable, so we found ourselves, nerdy mates, discussing each day on what we could have done better to improve the workflow. We were exchanging a lot of stills and ideas. Discussing the look. He was also coming to the dailies lab, I was going to visit him on set. There was this constant constructive exchange.

He's such a talented guy, I really like working with him... to the point that we even opened up Mint, a company which encapsulates many gifted people inside with the main purpose of granting top-level grading, look development and on set services. 


Federico Schlatter, the show's DoP, is making a cameo on the left :)

About hardware and software:


What was the camera? Sony Venice
The lenses? Cooke S7
Any filters used on set? Black Pearl 1/8
The file format? XOCN-ST
The grading software? DaVinci Resolve 16


What about the SDR and HDR Masters? 


The HDR was actually the Master and main delivery. The SDR was done through the Dolby Vision Content Mapping Tool they require to be used for Netflix deliveries. To that, a few tweaks to the grading were done to match the two different deliveries perceptually as much as possible.

"There is a day-for-night that I did in grading only."

Did you use any LUTs? How many? Purely technical LUTs or also artistic ones?


This topic, I think, needs a little bit of an introduction, even because there's a small anecdote that I wanna share with you. 

We worked in ACES. We structured and color managed the whole pipeline using the Academy Color Encoding System, which is becoming a more current standard in motion picture and tv production. It's a global standard for interchanging digital image files, managing color workflows, and create masters for delivery and archiving. 

What was the purpose of this in our case? It maintains color fidelity from the beginning to the end of the chain. This means that what was thought on set, the DP would have seen it in the grading suite.. and works like a charm with the Sony Venice! 

In the beginning, the show was only SDR in terms of delivery. During our grading sessions, we closed the first two episodes, and we were proceeding with the third episode. Illuminating news (in every way) popped up. There was the possibility to grade and deliver the entire Series in HDR.

What were we doing then with the first two episodes that were already graded? Just switch the output transform to the new desired standard, and ACES was taking care in making all the technical transforms needed to maintain color consistency and have a strong uniformity in color perceptions in such a huge gap between the two. 
The only thing I had to take care of and modify it was reducing some saturation from some changes I was doing in SDR on skies, for instance, where it wasn't required with the same intensity.

I guess I am overspeaking, I was trying to make it brief, but it was so much stuff to say :)

To answer your question now, the purely technical side of the color management was done through the project settings and ACES itself. 

At the same time, we had only one creative/artistic LMT (Look Modification Transform), which was empirical and contained a LUT. It was really behaving well for what we wanted to achieve: Punchy and robust contrast, warm and rich skin tones seasoned with strong color separation, both achieved with the look development phase by making the LUT, and during the grading itself to extract the essence of those colors that the sensor was able to capture. 




How do you start your grading sessions, let's say on a new scene?


I have my whole node tree set up in each shot already, which helps me speed up my grading workflow. I usually start from a master shot that will set up the look for everything else, like close-ups. 
Focus at first on reaching an overall contrast and look I am happy with on that master shot, just using primaries, proceed then with the secondaries. 
Masking and then at last work on texture. Which I just set up with the client but then complete on my own, because it's really time-consuming and I wanna focus on the grading when I have the chance to sit close to such a talented DP! :)


Could you share a trick you often use, something you particularly like to do (and maybe no one sees but makes you happy)?


Sometimes I really love to create a halation emulation in my shots. It probably gets unnoticed by the majority of the eyes. This effect occurred only with film, not with digital. So it's basically that you could only try to reproduce in post, on something shot digitally.

It was happening when the light was so strong that it was maxing out the capabilities of absorption of certain areas, resulting in the majority of the cases in this reddish glow around white and overexposed areas of the film.

It's done basically combining different highlights qualifying, edge detection to specifically control the edges of those parts, converting them in a grayscale image, and using it as an alpha channel attached to a node that eventually gets blurred out and colored to simulate that effect. That's the simplest part of it but already gives you 70% of the impact.

This is combined with a much more complex highlight isolation, done working in linear gamma that helps you define it much more in details. 
It requires times, that is why I do it on the masters shot mainly with the DP, to see if he/she likes the effect, and then proceed on fine-tuning it by myself.

 


This is one shot with the recreated halation. I didn't want to be too strong overall in the Series. Considering the high level of saturation already there, I wanted it to be there, but subtle and unnoticed. I didn't want to point the attention there.


And now let's take a Case Study: One Specific Grading Moment.
In S1E5 around 34 minutes, this rosy daylight scene is both very pleasing and very bold.
Could you explain how the DoP and you came to this decision?




Perfect! I am glad you brought that out! So, let's start from the point that that scene was shot in the afternoon and had a pretty neutral look at the beginning. 

That part of the episode was taking place in a late afternoon, almost evening vibe. We characterized those kinds of scenes with this rose look in the whole show. To us, it was giving something magical and unique. Discussing it with Federico, we ended up deciding to not break the flow, of course, that is one of the fundamentals of color grading :)

But doing that wasn't that straightforward. We wanted to also reach a look that we would have liked, not just something that would have fit there. So, after a few tests, we decided to proceed in a way that was chronologically and dynamically changing from the beginning of this really long sunset. To achieve the rose look we liked on that particular scene, we went back and made the viewer adapt to that before reaching it. Taking advantage of something we have biologically happening in our retina and our brain, called chromatic adaptation. 

It all started 5 minutes earlier in the episode, but you won't notice. There's a dynamic layer that's bringing you there. So when you reach that scene, yeah its really pink, but it won't feel outside of the context or strange. I challenge you to go and check it right now, with fresh eyes ;)

Was this shot the beginning of the "Pink Road"?
 

No, even before. At 29:40 already, it's starting to get present there the rosy grade. Sooooo subtle but it's beginning there:



But there is also another case that is based on that concept. Episode 4, from 20 minutes on, it's just an infinitely long sunset, which goes from warmish orange to the usual pink.

And that's all dynamic, progressive:



And to end with a bang: what is your favorite shot?


If I have to choose a shot, I would say this one below. 
I loved how we ended up creating this world at the boundaries of the gamut. :)





And if I had to pick a whole scene, the ending sequence of episode 03, the one closing up with the Ferris wheel. From 27 minutes on. My favorite so far!


Did you see Euphoria, the HBO series? I think you would love the use of colors, depth of field and contrasts!


I have seen the Series 2 times! I loved it!!

Thanks a lot for your time, Valerio.


Marco Coradin's Instagram: https://www.instagram.com/marco_coradin/




09 novembre 2019

Diffusions : les gels

En bref Tour d'horizon des gélatines, tissus et matériaux de diffusion utilisés sur les plateaux. Le ciel sert de modèle : sans obstacle, le soleil projette des ombres dures ; à travers les nuages, la lumière s'adoucit et se diffuse. Je reproduis ce principe avec des cadres de diffusion — en sachant que chaque matériau a son grain, sa perte de lumière, sa température propre.


Ce post aborde les gélatines, tissus et autres matériaux de diffusion couramment utilisés sur les plateaux de fictions, docus, spots pubs ou interviews. Pourquoi l'illustrer avec un paysage partiellement ensoleillé ?

C'est qu'en matière de diffusion, le ciel qui nous surplombe nous offre de beaux exemples d'applications créatives. Lorsque la lumière solaire percute le sol sans traverser d'obstacles +/- opaques, elle projette des ombres nettes et contrastées.
En revanche, lorsqu'elle a traversé une couche de nuages, elle projette des ombres floues et peu contrastées. Et au passage, elle a perdu "quelques diaphs". Cette observation résume les propriétés des gélatines de diffusion, que l'on place entre les sources et les sujets qu'elles éclairent.

© Marilyne Dufourg

Petite note en passant, on parle de gélatines alors que les matériaux de diffusion sont souvent davantage des plastiques, tissus synthétiques, fibres non tissées ou feuilles de calque.

La diffusion sert à adoucir la transition entre les zones d'ombre et de lumière, et contrôler la pénombre.

Les diffuseurs les plus légers laissent passer l'essentiel de la lumière et se contentent de déboucher légèrement les pourtours des zones d'ombre. Lorsque l'on regarde au travers de ces matériaux, on voit distinctement la source derrière eux.
C'est l'équivalent d'un soleil dans un ciel bleu ou faiblement nuageux: l'atmosphère se contente de déboucher les ombres, mais on distingue encore clairement les ombres nettes des objets.

Exemple:

Ombres portées non diffusées
Ombres portées légèrement diffusées par un Light Spun
La source (1K Fresnel) vue à travers le Light Spun

En revanche, les diffs les plus épaisses ne laissent plus deviner la source qu'elles adoucissent. Elles *deviennent* la source. Sous cette lumière, on ne distingue plus l'ombre originelle, +/- nette de l'objet: la zone de transition est uniforme.

Dans la nature, c'est le cas d'un ciel gris, ou d'un "jour blanc", où le voile nuageux ne laisse pas deviner le disque solaire.

Ombres portées diffusées par un 216 (Full White Diffusion)

La source vue à travers du 216


Combinaisons créatives


Sur un plateau, il peut être intéressant de combiner les effets de lumière dure (directe, non diffusée) et adoucie.

Par exemple, en ne diffusant qu'une partie du faisceau - la moitié qui éclaire un visage - en laissant le reste du faisceau "brut" éclairer le fond du décor.
Ou en trouant la toile de diffusion pour provoquer des fuites de lumière dure.
Ou en plaçant une petite source dure devant un grand cadre dont le gel diffuse une source à l'arrière.

La créativité peut aussi s'étendre aux matériaux que vous utilisez pour diffuser vos sources. Une visite dans un brico ou une papeterie vous inspirera quelques idées pour varier les textures et les couleurs de vos diffusions.
Certains rideaux de douche transforment la lumière de façon très intéressante, par exemple en irisant le faisceau.
Des feuilles d'isolation thermique (comme le Dépron) sont couramment utilisées sur les plateaux francophones.
J'ai recouru à des plaques de toiture en polycarbonate (des sortes de tôles ondulées translucides) dont les "fibres" texturent la lumière du soleil ou des projecteurs, et la colorent dans des teintes vert/jaune.
Pour en rester aux diffusions colorées, une de mes favorites reste le papier Kraft (lien vers une recherche Google), un matériel d'emballage brun résistant. Bien tendu sur un cadre, enduit d'huile, il donne une magnifique teinte légèrement cuivrée à la lumière qui le traverse.
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Les images comparatives ci-dessus sont tirées d'un article très intéressant publié sur le site de l'ASC.
Le PDF de l'article de l'ASC (en anglais) pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas accès au site:

https://drive.google.com/open?id=1UW9Q6MMrRxJ36lFrzKysYGc8W9n9JHsX

01 mars 2014

Workshop lumière autour d'une fenêtre avec Eric Kress

En bref Lors d'un workshop organisé par Benjamin B, le chef op danois Eric Kress reconstruit étape par étape un éclairage réaliste autour d'une fenêtre. Les directions apparentes de la lumière sont souvent trompeuses — la fenêtre est l'endroit où l'on triche le plus, prolongeant l'effet de la source naturelle tout en restant vraisemblable.
Les directions apparentes de la lumière sont souvent trompeuses, et l'un des endroits où l'on triche avec le plus d'enthousiasme se situe autour des fenêtres - et plus généralement autour des sources lumineuses apparentes - pour en prolonger l'effet tout en restant vraisemblable.

Lors d'un récent workshop organisé par l'excellent Benjamin B, le chef op danois Eric Kress reconstituait étape par étape un éclairage réaliste dans un décor de studio:




Remarquez que la nature et l'emplacement de la première source qu'il place (un "ciel" à l'extérieur de la pièce) sont directement inspirés d'une observation de conditions lumineuses naturelles. En l'occurrence un "jour blanc" crépusculaire, sans soleil direct.
Les trois autres sources servent respectivement de back, de fill et d'éclairage du décor, à l'arrière-plan. Le back (sur sa nuque) provient en l'occurrence de la réflexion de la lumière sur les tableaux derrière elle. Un Kino semble avoir été disposé à cet effet mais il reste éteint pendant les prises.
Ces trois sources imitent les effets secondaires découlant logiquement de l'hypothèse de base. "Jour blanc" implique en effet qu'aucune des sources, même secondaires, ne soit dure.

Sur les plateaux en "intérieur jour", il est fréquent de placer des sources à l'intérieur de la pièce, au-dessus des fenêtres, pour prolonger la portée de la lumière naturelle. On recourt souvent à des Kinoflos 120 en 2 ou 4 tubes, qui ont la forme et l'intensité idéale.
Ils sont parfois équipés de nids d'abeilles pour limiter leur portée.
Du fait de la proximité de ces sources additionnelles avec la source principale, leur emplacement exact - à l'intérieur de la pièce et donc irréaliste - reste indétectable pour un spectateur lambda. 

14 août 2012

VLS - la suite

En bref Le Virtual Lighting Studio s'enrichit de nouveaux visages et de nouvelles fonctionnalités. L'exercice d'éclairer un visage à peau sombre — avec des décros froides équilibrées par un key plus chaud — illustre un défi technique souvent sous-estimé : chaque carnation réagit différemment à la lumière, et les recettes standards ne fonctionnent pas.
Le Virtual Lighting Studio dont je vous parlais il y a quelques mois a été bien étoffé depuis son lancement. D'autres visages ont été ajoutés, pour varier les difficultés: le jeune chauve a maintenant un frère jumeau chevelu, et une jeune femme et un Noir ont rejoint la galerie.

Je me suis amusé à éclairer le Noir avec des décros froides en les équilibrant avec un Key plus chaud,  et un Fill neutre qui s'ajoute à la lumière ambiante froide, sous-ex de 4 EV.
Parmi les nouvelles fonctionnalités, le partage des setups, que ce soit sur les réseaux sociaux ou comme fichier à enregistrer.
Lorsque vous désirez enregistrer un setup, vous cliquez sur l'un des carrés de la marge de droite. L'icône du lien vous permet de partager votre setup online. Par exemple, les réglages pour l'éclairage ci-dessous sont à votre disposition ici. J'imagine que si l'un d'entre vous rectifie ces réglages tous les autres verront ensuite les réglages rectifiés.

Le même modèle. Pour expérimenter avec les éclairages, j'aime bien me raconter une histoire, et contextualiser le personnage. Par exemple ici un extérieur nuit, dans un no-man's land, avec un réverbère sodium.
Je trouvais l'intensité réaliste du réverbère trop forte. C'est donc ici plutôt une lumière mentale que réaliste.
Effet renforcé par l'absence de reflet lumineux dans les yeux, ce qui isole le personnage dans ses pensées.
Il y a beaucoup à apprendre en jouant avec les lumières sur ce site.
Je vous propose de m'envoyer [montjo (at) gmail.com] des screenshots de vos résultats les plus probants, avec un commentaire sur les principaux parti-pris (ambiance recherchée, difficultés rencontrées, plan d'éclairage). Je les publierai ici.

11 juillet 2012

Contrôle des contrastes: les sols mouillés

En bref Les sols mouillés transforment radicalement la lumière d'une scène nocturne. L'eau fait pénétrer la lumière du ciel profondément dans les zones sombres, crée des reflets qui animent les surfaces mortes. J'utilise cette technique simple — mouiller le sol — pour contrôler les contrastes dans les rues de nuit ou les grands intérieurs sombres.



J'ai pris ces deux photos à quelques jours d'écart.
L'image du bas est sans doute plus graphique et plus "pêchue", même si l'étalement de l'eau n'est pas régulier.
Il est frappant de constater à quel point la lumière du ciel pénètre profondément dans l'obscurité du tunnel.

Les rues nocturnes, les sols dans de grands intérieurs sombres, sont parfois trop ternes ou trop mats pour les besoins de la séquence. Construire des images requiert alors une gestion spéciale des contrastes, qui passe par exemple par l'humidification des sols.

Face aux brillances, les réflexes conditionnés des chefs op vont dans deux sens contradictoires.
En intérieurs, si un mur ou une porte "brille", on saute sur le spray matifiant.
Alors que lorsqu'une séquence commence par "Ext. Nuit - Rue" on appelle la régie pour faire briller l'asphalte en la recouvrant d'eau, sans même avoir été en repérages à l'endroit prévu.

Au-delà des recettes et des conventions, contrôler les brillances c'est opérer des choix radicaux qui affectent le climat d'une séquence. Les routes humides réfléchissent en effet plutôt le ciel et les lumières nocturnes, ce qui donne une importance énorme - dans la hiérarchie de l'image - à un endroit où l'oeil ne se pose pas d'habitude, le sol. La coloration spéciale des sols mouillés, leur clarté qui souvent les rend plus lumineux que le reste de l'image, permet de silhouetter les comédiens et les figurants, qui n'ont alors pas besoin de beaucoup plus de lumière pour s'imposer.



Une fois que les surfaces sont humidifiées, les sources doivent être positionnées et accessoirisées avec beaucoup plus de soin que si le sol était mat. 

Il importe de comprendre l'angulation des lumières, en considérant le sol comme un miroir. Les plongées sur le bitume révèlent des sources haut placées, hors champ, qui doivent être précisément positionnées et contrôlées.

Les sources étant visibles, il faut également se poser la question de leur forme apparente. Pour alterner harmonieusement les surfaces larges, les lignes et les points lumineux, on recourt à des sources plus ou moins larges, ou à de grands diffuseurs - ou réflecteurs.

Il faut enfin tenir compte du fait que la réverbération donne de l'importance aux sources même lointaines. Si le sol était mat, la source devrait être placée plus près de l'aire de jeu pour avoir de l'effet, alors qu'une fois le sol mouillé, c'est le reflet de la source elle-même que l'on perçoit, et non plus les effets de son faisceau.

Cette distinction est importante lorsque l'on filme des surfaces brillantes comme des carrosseries de voiture par exemple. Les reflets des sources y dessinent des formes, tandis que les faisceaux des mêmes sources, placées plus ou moins près de la carrosserie, en révéleront plus ou moins les couleurs.

J'y reviendrai avec un exemple concret.

Les 3 photos de Las Vegas sont © 2011 Peter Kun Frary