28 janvier 2008

Prochain Micro Salon: 13 mars

Si vous savez ce qu'est le Micro Salon, vous y serez.
Si vous ne le savez pas encore, vous y serez aussi parce que le Micro Salon, ça ne se rate pas.

Donc réservez le 13 mars, et on n'en parle plus.

Le Micro Salon AFC
aura lieu cette année le jeudi 13 mars 2008
de 10 h à 22 h
à La fémis
6 rue Francœur Paris 18e

International Digital Film Forum à Paris

En bref  L'I-DIFF de Paris réunit les praticiens de l'image numérique autour d'ateliers concrets — dont un sur les spécificités de la lumière et du maquillage en tournage numérique. Un sujet rarement abordé : le capteur digital ne pardonne pas les mêmes choses que la pellicule, et le maquillage doit s'adapter.
Nicolas me signale l'approche de l'I-DIFF, un lieu de rencontres, de projection, d'expérimentations et d'échanges entre les différents praticiens de l'image numérique.
Parmi les rendez-vous intéressants, un atelier sur les spécificités de la lumière et du maquillage dans le contexte d'un tournage numérique.
La liste des conférences est extrêmement alléchante (tests comparatifs de caméras - dont la RED, mais aussi la 3D chez Disney ou la projection numérique 4K).
Je n'y serai pas parce que j'ai un tournage en même temps, mais ça n'est pas l'envie qui manque.

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Le même Nicolas, de retour du Forum, n'est pas très enthousiaste:
"Sincèrement, l'IDIFF n'avait vraiment rien d'impressionnant. Une sorte de mini-SATIS. L'atelier lumière et maquillage a manifestement changé d'horaire si bien que je n'ai même pas pu y assister, les exposants étaient assez peu disponibles. Personnellement, ca m'a permis de voir un peu les dernières caméras HD (D-20, F23, Viper, RED, etc) que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir, mais à part, ca ne m'a pas apporté grand chose".

Voilà qui est clair. On jugera l'année prochaine sur les progrès accomplis.

23 janvier 2008

Oscars 2008: les nominations

En bref  Oscars 2008 : Roger Deakins nommé deux fois (Jesse James et No Country for Old Men), Janusz Kaminski pour Le Scaphandre et le papillon, Robert Elswit pour There Will Be Blood. Le Jesse James de Deakins recueille les suffrages des connaisseurs — un film à voir en priorité au cinéma, où la lumière naturelle atteint une grâce rarement égalée.
Roger Deakins - The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
Seamus McGarvey - Atonement
Janusz Kaminski - The Diving Bell and the Butterfly
Roger Deakins - No Country for Old Men
Robert Elswit - There Will Be Blood

Selon les avis glânés ça et là, le Jesse James est à voir en priorité, si possible au cinéma. C'est le film qui receuille le maximum de suffrages sur sa photo. Les spectateurs sont beaucoup plus circonspects sur le film lui-même ;-) Prenez un thermos de café et au boulot.

13 janvier 2008

Adobe OnLocation et Scopebox

En bref  Adobe OnLocation et Scopebox transforment un ordinateur portable en moniteur de contrôle avec scopes — luminance, chrominance, vecteurscope — pour une fraction du prix d'un Astro. Le contrôle des images numériques à la prise de vue devient accessible à tous les budgets, pas seulement aux grosses productions équipées de matériel dédié.

un Astro

OnLocation

Scopebox

Le contrôle des images numériques lors de la prise de vues devient tous les jours plus facile.
L'usage des moniteurs de contrôle ne date pas d'hier, mais les appareils affichant aussi des informations de luminance et de chrominance (comme les Astro) sont encore relativement chers et peu répandus.

Depuis quelques années les développeurs de softs sortent des solutions qui permettent de vérifier les images avant qu'elles ne soient enregistrées, ou plus récemment (sur Adobe OnLocation) telles qu'elles apparaîtront une fois enregistrées, en tenant compte de la compression. Dommage qu'OnLocation ne fonctionne que sur PC, mais il est facile de faire tourner un système d'exploitation PC sur Mac, donc c'est une mauvaise excuse pour ne pas l'essayer. D'autant qu'il sert aussi de magnétoscope.

Les créateurs du Redrock Micro ont sorti un joli soft pour permettre aux utilisateurs de leur système de retourner les images de la caméra, et ils ont ajouté quelques "widgets" utiles et suffisants pour monitorer dans des conditions courantes. Et il fonctionne lui aussi comme un magnéto.

Il en existe sans doute d'autres. Lesquelles utilisez-vous?

12 janvier 2008

Belles images de cinéma

En bref  Un blogueur américain compile des images tirées de films récents pour leur beauté photographique — des centaines de captures d'écran qui documentent l'art de la direction photo mieux qu'aucun manuel. Days of Heaven, entre autres, y figure. Une ressource visuelle pour qui veut éduquer son regard cinématographique.


Un blogger américain met en ligne des images tirées de films récents dont la photo lui plaît. Et comme il a bon goût ;-) ça va vous plaire à vous aussi.
Le seul défaut de sa page est qu'elle est trop longue. Elle contient des centaines de photos. Je vous propose donc un petit avant-goût avec ce lien, qui vous mènera directement aux photos de Days of Heaven, l'un des plus beaux films qu'on puisse imaginer.
Ce film de Terrence Malick vient de sortir en version remasterisée sur DVD chez Criterion.
Chef op: Nestor Almendros. Un film principalement tourné en lumières naturelles.

Et pour la bonne bouche, voici quelques images éclairées par le Géant Slawomir Idziak.


Gattaca de Andrew Niccol

Les Barger-Baglites

En bref  Les Barger-Baglites apportent une innovation dans le tungstène : une profondeur de 12 centimètres seulement pour une unité à 6 lampes. Moins de chaleur, moins d'encombrement sur le plateau — deux problèmes que le tungstène traîne depuis toujours. La source idéale pour les espaces exigus où chaque centimètre de recul compte.


Au rayon des nouvelles sources d'éclairage, l'une des innovations les plus intéressantes dans le monde du Tungstène est celle qui consiste à gagner de la place et diminuer la chaleur des projecteurs sur les plateaux. Les Barger-Baglites répondent à ces besoins.
Avec une profondeur de 12 centimètres, l'unité à 6 lampes est particulièrement compacte. Les poignées et les fixations sont robustes. Ces projos ont visiblement été conçus par des techniciens de cinéma.
Les Barger recourent d'autre part à des ampoules spéciales qui émettent moins de chaleur tout en préservant 90% de l'intensité lumineuse classique d'une source de ce type.
Franck Griebe, le chef op du Parfum, en a utilisé 6 sur le film, importées par Arri des Etats-Unis. Pourvu que les loueurs européens investissent dans ce genre de matériel!

http://www.barger-baglite.com/

L'invasion des LEDs

En bref  En 2008, les panneaux LED mûrissent lentement : leur température de couleur s'approche de quelque chose de fiable, les ring lights séduisent par leur dimmabilité, mais le prix reste prohibitif — 800 dollars pour une petite unité de caméra. Peter Suschitzky, chef opérateur attitré de Cronenberg, est parmi les premiers à les adopter.


Les panneaux de diodes mûrissent lentement mais sûrement. Leur température de couleur s'approche peu à peu de quelque chose de fiable. Les "ring lights" sont séduisants parce que dimmables. C'est leur prix qui reste encore intimidant: près de 800 US $ pour une petite unité à placer sur une caméra HDV!

Peter Suschitzky, le chef op habituel de Cronenberg, semble avoir utilisé un ring light de LEDs autour de ses optiques pour une bonne partie de Eastern Promises, le dernier opus du tandem. Avantage d'un ring light: un Fill efficace (puisqu'il est omnidirectionnel), qui ne débouche les ombres que lorsque c'est nécessaire, c'est-à-dire lorsque les acteurs s'approchent de la caméra.



07 janvier 2008

Composition et contrastes

En bref  La composition en triangle, signature d'Eisenstein, repose sur des contre-plongées appuyées au grand angle — une perspective qui dramatise naturellement le cadre vers le ciel ou le sol. Le choix d'un tel angle n'est pas un effet de style : c'est une décision de sens, une façon de hiérarchiser les masses dans l'image et de donner au spectateur un point de vue physique, pas seulement narratif.
Justin m'a posé une question sur la composition en triangle, fréquente dans les cadres d'Eisenstein.




Il est vrai que les images fortes qui restent de ses films sont des plongées ou - surtout - des contre-plongées tapageuses, dont l'efficacité est multipliée par l'emploi de grands angles. Le choix d'un tel angle implique une perspective (vers le sol ou vers le ciel), et donc la tentation de composer le premier plan et l'arrière-plan dans le cadre (par exemple, deux visages et un élément symbolique). Comme on évite de les aligner sur une horizontale (l'image serait plate), la composition en triangle s'impose d'elle-même. Elle semble "juste".

Je ne saurais trop vous recommander le livre de Freeman que je mentionne dans la colonne de droite de mon blog, "The Photographer's Eye". La composition en triangle n'est que l'une des très nombreuses conjugaisons d'éléments dans un cadre. Le livre est formidablement bien illustré, très accessible mais très subtil. Il est en anglais, mais les images suffisent à tout comprendre.

La perspective (ou sa simulation) est l'un des moyens qui permettent de recréer cette profondeur qui manque tellement aux images de cinéma. Il y en a un autre: le contraste, qui isole le premier plan d'un second plan, et ce dernier du fond (par couleurs, par flou/net, par textures, etc.).

La perspective (ou plus largement, l'organisation des lignes de force du cadre) concerne surtout le cadreur, alors que la maîtrise des contrastes entre les profondeurs préoccupe plutôt le directeur photo. Mais les deux permettent de détacher les éléments d'une image les uns des autres, et par là de les rendre lisibles, d'une part, et de les mettre en relation, de souligner les rapports de force ou de tension, d'autre part.

Et comme je trouve que la perspective et les contrastes sont complémentaires, j'aime bien cadrer les séquences que j'éclaire.

Bilan du dernier Skypecast: un peu de friture, beaucoup de passion

En bref  Premier Skypecast dédié à la lumière : trois heures de conversation audio en direct entre un chef opérateur et des passionnés. Qualité sonore imparfaite, passion intacte. Un format ancêtre des podcasts qui permettait, dès 2008, de démocratiser l'échange technique dans un métier habituellement transmis en compagnonnage.
Le Skypecast s'est bien déroulé, même si la qualité audio n'est pas encore vraiment au point. La conversation a duré presque 3 heures!
On remettra ça, sans doute dans un mois. Si vous avez des sujets de discussion, ou des préoccupations techniques concrètes, laissez un commentaire et on abordera le sujet lors de la prochaine session.

01 janvier 2008

Discussion "live" autour de la lumière

En bref  Un Skypecast en direct pour discuter lumière : éclairages low budget avec des soft lights fabriquées maison, et analyse de la photo des films à l'affiche. Le format audio collectif, ancêtre des podcasts et des Spaces, permettait en 2008 un échange spontané entre un chef opérateur et des passionnés dispersés dans le monde.
Le système des Skypecasts, mis au point par Skype, nous permettra de discuter de la lumière dans tous ses états (discussion audio). Je vous propose ne me retrouver ce dimanche 6 janvier à 17 heures pour aborder deux thèmes spécifiques:
- les éclairages "low budget": fabriquer et positionner ses propres "soft lights"
- les films (à l'affiche) intéressants du point de vue de la photo

Que pensez-vous de ce type d'interaction? Laissez un commentaire ;-)

A dimanche!

Les Skypecasts? infos ici.

30 décembre 2007

Andrew Lesnie relève un nouveau défi

En bref  Andrew Lesnie, après le monde féerique du Seigneur des Anneaux, éclaire I Am Legend avec une douceur qui évoque les jours anciens — un contrepoint lumineux au climat d'épouvante. La photo n'illustre pas l'horreur : elle la contrarie, rappelant au spectateur le monde perdu que Will Smith tente de sauver.




Après avoir donné une crédbilité au monde féérique du Seigneur des Anneaux, Lesnie éclaire le quotidien de Will Smith dans le New York désert de I am Legend. Sa lumière semble étudiée pour évoquer la douceur des jours anciens. Elle contraste en tout cas avec le climat de film d'épouvante que l'histoire évoque. C'est un bon exemple où la photo vient appuyer l'histoire en contrepoint. Alors que d'autres chefs op auraient opté pour des jours blancs, tristes ou désaturés, Lesnie baigne ses intérieurs/extérieurs jours dans une lumière de comédie romantique.

Curieusement, je n'ai trouvé aucune interview de Lesnie dans les deux principaux magazines US sur les chefs ops. Aurais-je mal cherché, ou alors cet Australien oscarisé serait-il ostracisé par ses collègues américains jaloux de son succès colossal en-dehors des Unions?

American Gangster: Savides teste un nouveau procédé de désaturation

En bref  Pour American Gangster, Harris Savides a réalisé l'impossible entièrement en argentique : des images très désaturées avec des noirs purs, sans passer par le digital. Ridley Scott voulait le beurre et l'argent du beurre — Savides a trouvé un procédé chimique qui concilie deux exigences contradictoires. Un tour de force de post-production analogique.


Sur American Gangster, Harris Savides (The Yards, Zodiac, Gerry, Elephant) n'est pas passé par le digital: tout a été réalisé à l'ancienne, sans quitter le monde du film argentique. Ridley Scott voulait des images très désaturées, tout en conservant des noirs purs. C'était vouloir le beurre et l'argent du beurre et Savides avoue qu'il ne savait pas comment il allait s'en sortir en post-production.
Il a utilisé un nouveau procédé de laboratoire qui rappelle celui de l'ENR (ou "sans blanchiment") qui consiste à laisser une partie des sels d'argent sur la pellicule. Baptisé OZ par Technicolor qui l'a inventé, il applique une partie du processus ENR sur le positif uniquement. Principale différence: les blancs sont plus éclatants, les images semblent plus nettes, les tons intermédaires sont mieux respectés, et les noirs sont vraiment noirs.
Savides reconnaît que les hautes lumières de certaines scènes sont du coup un peu trop cramées.

Pour la petite histoire, il était sorti du tournage de Zodiac en se jurant de ne plus jamais tourner à deux caméras. Or sur American Gangster, Scott lui en imposait au minimum trois et parfois cinq! L'équipe a tourné 8000 plans pour le film, ce qui est un record. Le record précédent du Premier Assistant Caméra de Savides, Eric Swanek, était de 1750 plans sur The Interpreter. Ils ont tourné dans 130 décors différents en à peu près 70 jours. Scott savait visiblement ce qu'il voulait. Si vous le pouvez, allez voir ce film au cinéma. Vous verrez de vraies images argentiques, sans bidouillage informatique. Et elles ont de la gueule.

Kodak sort une nouvelle émulsion: la Vision3

En bref  Kodak riposte à la haute définition avec la Vision3, une nouvelle émulsion ISO 500 tungstène. Le président de l'ASC vante une latitude d'exposition élargie et un grain plus fin. Mais derrière le marketing, la question reste : la pellicule peut-elle maintenir sa pertinence face à des capteurs qui progressent chaque année ?
Kodak, sans doute poussé dans ses retranchements par le monde de la très haute définition, sort de nouvelles émulsions à tour de bras. Dernière arrivée: la Vision3, une ISO 500 pour la lumière artificielle.

Daryn Okada, président de l'ASC, est l'un des prescripteurs que le marketing de Kodak a trouvé pour parler du bébé. A l'entendre, c'est un beau bébé:

“The new emulsion has a much wider range of latitude in the overexposed areas,” says Daryn Okada, president of the American Society of Cinematographers (ASC). “I found at least two more stops of range in the highlights, which enabled me to record more details. I got a rich range of colors and skin tones without saturation contamination. Also, there was an almost magical reduction in grain without affecting colors.”

After timing the images in a DI suite, Okada observes, “This new film is very DI-friendly. I could isolate backgrounds and make them darker without introducing electronic noise. I chose to overexpose large parts of the frame in some shots, and it was transparent. That gave me a lot of freedom to fine-tune looks. I think VISION3 widens the gap between film and digital imaging.”

Il est vrai que le photogramme tiré des tests des écarts d'exposition est parlant. On constate surtout que ce film est très performant dans les hautes lumières, beaucoup moins dans les zones sombres. On l'utilisera donc plutôt en complément de la Vision2 Expression.
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, ou retrouvez-la sur le site de Kodak US.


Les écarts d'exposition sont mesurés par rapport au diaph choisi. On constate qu'il reste des détails dans la zone 7, qui est pourtant surexposée de 6 diaphs par rapport à l'ouverture sélectionnée de 2.8. Par contre le noir est rapidement atteint.

Pour mémoire, les écarts d'expo pour la Vision2 500T Expression:


C'est l'inverse ici: les écarts de luminosité des zones sombres sont très finement restitués alors que les détails commencent à disparaître aux alentours de +2 diaphs de surexposition.

29 décembre 2007

Diffuseurs vs. réflecteurs

En bref  Les réflecteurs encombrent l'espace de jeu — le territoire le plus précieux du plateau. Les diffuseurs, eux, se suspendent au-dessus ou se placent entre la source et le sujet, libérant ces centimètres carrés vitaux. Un avantage pratique qui modifie aussi la qualité de lumière : le diffuseur enveloppe là où le réflecteur dessine.

Les réflecteurs encombrent la partie du plateau qui est la plus précieuse: celle de l'espace de jeu. L'un des avantages des diffuseurs (sur la photo) est de libérer au maximum ces précieux centimètres carrés.

Vu que ça pourrait vous intéresser, je reproduis ici l'extrait d'une réponse que j'ai donnée par mail à l'un des participants du dernier Cours Lumière. Sa question tournait autour des avantages et désavantages des réflecteurs, par rapport aux diffuseurs.

Je préfère les diffuseurs dans les cas où j'ai assez de lumière (je veux dire assez de projecteurs) pour faire ce que je veux. Dans ce cas jeux peux être plus précis en visant à travers un diffuseur plutôt qu'en rebondissant sur un réflecteur.

En revanche, j'utilise les réflecteurs pour dompter la lumière naturelle, c'est-à-dire essentiellement pour faire rebondir la lumière (ciel, fenêtre, feu, ou même projecteur puissant en contre-jour, etc.) et adoucir les contrastes en débouchant les ombres. Comme "fill", si tu préfères.

Comme je le disais au cours, les réflecteurs encombrent les plateaux (la lumière et le comédien/objet sont du même côté du réflecteur) et sont moins précis.
Mais ils "débouchent" très bien les zones sombres, pour arriver à des noirs qui contiennent encore des détails par exemple.
Il m'arrive de faire peindre l'une des faces d'un poly en couleur "sable du Sahara" (il y a plein de couleurs différentes dans le Sahara, mais tu vois à peu près la teinte) pour que les ombres soient débouchées non pas par du blanc, mais par une légère teinte qui valorise les visages. Ca serait plus difficile à réaliser avec des projos et des diffuseurs en extérieurs.

Colorer les réflecteurs peut aboutir à des effets artistiques intéressants. Quelques rangs devant moi dans l'avion, un type est assis près d'un hublot et le soleil lui tape sur les cuisses. Il a suffi qu'il prenne un petit coussin grenat sur ses genoux pour que toute la cabine soit éclairée en grenat.
Je me sers de ce genre d'effet pour simuler des mouvements de lumière (effet feu, explosions) en agitant des tissus colorés ou des panneaux solides devant des projos. Ca fait un peu "Tiers-Monde", mais c'est efficace.

16 décembre 2007

Sous le soleil d'Ipanema

En bref  À Rio, le lever de soleil vu depuis Ipanema à 6 heures du matin — la plage déserte, le « Grand HMI » solaire qui monte — rappelle que la plus belle source lumineuse du chef opérateur est gratuite. Un reportage au Brésil, et l'envie de traverser la rue pour aller vérifier de ses yeux ce que la lumière d'Ipanema a de si particulier.
vue depuis ma chambre...

Je suis allé voir le Grand HMI d'un peu plus près, à l'occasion d'un reportage à Rio. Bien que je ne sois pas très playa far niente, je dois dire que mon hôtel m'incite à traverser la rue et longer la plage jusqu'à Copacabana. Ce matin à 6 heures, j'ai admiré le lever de soleil depuis la plage déserte. Ce soir, bain de minuit. Et demain, au boulot.

10 décembre 2007

Abou Amal - première diffusion

En bref  Le long-métrage marocain Abou Amal, tourné à Marrakech et étalonné sur Avid à Rabat, est diffusé pour la première fois sur 2M Monde. Un franc succès d'audience pour un film dont le budget et les conditions de tournage n'avaient rien d'hollywoodien — preuve que l'énergie d'une équipe locale peut compenser la modestie des moyens.
Le long-métrage marocain que j'avais "chefopé" a été diffusé vendredi dernier pour la première fois par la chaîne 2M Monde. Il paraît que ça a été un franc succès ;-)
Pour ceux qui capteraient cette chaîne, le film sera rediffusé selon les horaires suivants:

Jeudi 13 décembre à 16h50 (17h50 heure de Paris)
Mercredi 19 décembre à 10h50 (11h50 heure de Paris)

Je précise cela parce que je constate que 220 visiteurs uniques ont lu le post qui concerne ce film dans les heures qui ont suivi sa première diffusion!

09 décembre 2007

Bilan Fête des Lumières 2007

En bref  Bilan mitigé de la Fête des Lumières 2007 à Lyon : trop d'artistes se contentent du premier degré — des bâtisses « splashées » de rose et de bleu qui arrachent des « oh ! » mais ne questionnent rien. Le piège des spectacles lumineux grand public, c'est de confondre l'émerveillement passager avec l'émotion durable. La lumière mérite mieux que le tape-à-l'œil.

Le Jardin des Lumières

Bilan mitigé à mon avis: l'un des pièges dans lesquels bon nombre d'artistes tombent chaque année avec les attractions grand public basées sur la lumière, c'est qu'ils se contentent du premier degré, celui qui poussera le spectateur à dire "oh!" ou "ah!". A Lyon on ne compte plus les vieilles bâtisses splashées de rose et de bleu, ou des dias-shows plus ou moins aléatoires projetés sur d'autres façades plus ou moins prestigieuses. Le public fait effectivement "oh!" ou "ah!" et s'en retourne avec l'impression vague que "c'était joli". Or ça n'était pas joli. Ca changeait de l'ordinaire, soit. Ca nous a obligé à lever le nez pour regarder une façade que nous n'avions pas remarqué, soit. Mais ça n'était pas "joli". C'était même assez moche en fait, plutôt vulgaire, bâclé, et surtout dépourvu de la moindre poésie.
En matière de lumière comme en matière de sensations tactiles ou olfactives, nous en sommes restés au niveau des mammifères: nous ressentons mais arrivons rarement à exprimer et analyser ce que nous avons ressenti.

Mon palmarès de cette année pôvrette plébiscite justement deux installations particulièrement chargées de poésie ou d'intelligence: le Jardin des Lumières installé par Sophie Guyot sur la place Antonin Poncet, et En Mille Morceaux de Lumière mis en place par le collectif Tilt sur les berges du Rhône.

Le Jardin, c'est 2000 fleurs lumineuses et quelques jardiniers mystérieux qui les entretiennent, leurs capelines blanches et leurs gestes millimétriques et ralentis évoquant des fantômes, gardiens d'un temple végétal hors du temps. L'une des idées de Sophie Guyot est d'évoquer la précarité et l'impermanence de la Nature en jouant sur le fait que chacune de ces tulipes fonctionne sur une pile et que sa lumière "fane" avec le temps, obligeant les Jardiniers à les remplacer. La charge poétique émouvante de cette installation détonne fortement avec le tintamarre lumineux ambiant.

Mini-interview en pleine fabrication des tulipes:



Les Mille Morceaux sont un éboulis de 170 pixels géants (un mètre cube par pixel), répartis sur 200 mètres des berges du Rhône. Ces pixels changent de couleur et clignotent dans des séquences à la fois cohérentes et énigmatiques. Le collectif Tilt semble aborder ses projets avec une vision à la fois architecturale et artistique, cherchant dans la répétition de formes simples à révéler un lieu sous un jour neuf. Ces cubes sont aussi bienvenus sur les lignes de fuite des berges que leurs "joncs lumineux" complétaient l'univers un peu trop minéral d'une jetée genevoise, qu'ils avaient éclairé il y a quelques années.



L'un des concepteurs s'explique sur une vidéo dans cette page de Lyon Actualités.

Ces deux installations mises à part, rien de bien spécial à signaler, à part peut-être une tentative à demi-réussie: celle d'une boule translucide géante, transpercée de projecteurs puissants censés reproduire sur les façades environnantes l'effet du soleil traversant des vitraux. L'approximation du résultat (ces effets ne sont visible que très ponctuellement) et la dilution du concept dans un spectacle à base de robots lumineux, relègue cette boule à facettes au rang des autres farces et attrapes de cette Fête aux ambitions trop floues.

08 décembre 2007

Fête des Lumières 2007

Ce week-end, escapade à Lyon pour la tradtionnelle Fête des Lumières.



Une petite recherche sur Google images vous donnera un aperçu.

01 décembre 2007

Seoraksan: mission accomplie

En bref  Escalade épuisante en Corée du Sud, près de la frontière nord-coréenne : au sommet du Seoraksan, les brumes remontant de la vallée ajoutent un aspect fantomatique au décor. On me charrie souvent pour ma tendance à ajouter de la fumée sur les plateaux — là-haut, seul sur mon pic, la nature fait le travail à ma place.
Je poste ceci depuis Seoul, de retour de mon expedition pres de la frontiere avec la Coree du Nord. Apres une escalade epuisante, la montagne a tenu ses promesses, et les brumes qui remontaient de la vallee ont ajoute au decor un aspect fantomatique du meilleur effet. Sur les plateaux, on me me charrie souvent pour ma tendance a ajouter de la fumee. Eh bien la-haut, tout seul sur mon pic en Coree, Dieu (ou le Bouddha) m`a parle: "Enfume le monde, petit, tu as raison: c'est toujours plus beau avec un peu de fumee". Je cite de memoire, bien entendu.

26 novembre 2007

Pour le plaisir des yeux

Le cours lumière s'est très bien passé, merci à chacun des participants! Je file en Corée du Sud pour un petit tournage. Je profiterai du week-end pour aller faire un trek dans le parc naturel de Seoraksan. Ce qui m'a convaincu d'y aller? Cette photo:



Je penserai à vous dans les brumes éternelles du Pays du Matin Calme.

16 novembre 2007

Pluie, ombres et brouillard

En bref  Pluie artificielle et brouillard donnent une texture à l'air dans les extérieurs nuit — ils offrent au cerveau des points de repère d'échelle qui facilitent la lecture de la profondeur. Sans ces particules en suspension, la nuit devient un aplat noir sans relief. Une séquence nocturne au bord d'une tombe sous la pluie : le décor se construit autant par ce qu'on ajoute dans l'air que par ce qu'on éclaire.


Demain samedi soir une fraction de l'équipe originale de Vincent, le Magnifique se retrouvera au bord d'une tombe pour filmer une séquence nocturne sous la pluie. Une pluie artificielle, bien sûr. L'avantage de la pluie ou d'un léger brouillard, dans les séquences d'extérieurs nuits, et de donner une texture à l'air, et de donner au cerveau des points de repère d'échelle qui lui facilitent la lecture tridimensionnelle de l'espace: les avants-plans sont nets et contrastés, alors que les arrière-plans se perdent peu à peu dans les masses grises de la pluie ou de la brume. Notre cerveau est alors capable de jauger l'éloignement des éléments par rapport à la caméra, et donc de restaurer la troisième dimension, celle de la profondeur.

Fumée et pluie peuvent aussi servir à créer des atmosphères fantastiques, et donner du caractère aux images. Exemple ci-dessous tiré du tournage du précédent film de Pascal Forney. Une séquence nocturne - le cauchemar d'un épouvantail - montrait une moissonneuse batteuse qui devait s'approcher du personnage avec un air menaçant.
De nuit, l'engin n'avait rien de bien spécial. Pour en faire un personnage de cartoon, on a commencé par lui installer des yeux (des PAR64 avec des gels d'un vert spécifique à la palette du film):



Les contours de l'engin se sont pas lisibles, et il ne dégage rien d'effrayant. L'ajout de fumée 10 mètres derrière, et éclairé en contre-jour, en dessine les contours et évoque quelque chose de plus menaçant:



La scène se passant par une nuit d'orage, on ajoute notre propre pluie en deux couches distinctes: un large rideau pour le fond, légèrement à l'avant du véhicule, et un rideau plus étroit au premier plan, à cinq mètres de la caméra. Dans le but de contôler l'effet graphique de la pluie, les deux rideaux sont éclairés séparément (des HMI CinePar 2.5 avec nid d'abeilles et diffusés par des grands cadres pour rendre chaque goutte bien lumineuse).

L'effet final donne une image qui illustre l'état mental du témoin de la scène: cette moissonneuse est tout droit sortie des Enfers.


photos © Julien Etienne

10 novembre 2007

Prochain cours lumière: imminent

Le prochain cours lumière sera donné à Genève le week-end du 24 et 25 novembre. Ce sont les seules dates qui convenaient à tous les participants déjà inscrits. A bientôt!

09 novembre 2007

Autres photos du film

En bref  La directrice artistique Melina Costas coordonne couleurs, textures, maquillage, costumes et décors sur le film Vincent — un poste rare en Suisse mais précieux pour moi, qui y trouve un interlocuteur capable de penser la cohérence chromatique de l'image avant même que les projecteurs ne s'allument.

© Melina Costas
Rachel Gordi & Alexandre De Marco

Melina Costas est Directrice Artistique sur Vincent, Le Magnifique. Elle a la charge de coordonner les couleurs et les textures tant au niveau du maquillage, des coiffures, des costumes et des décors. Son travail influence évidemment beaucoup le mien.
Il est rare en Suisse de travailler avec un tel interlocuteur, mais je trouve ça précieux, surtout pour un film en costumes, un conte qui se doit d'être cohérent. Par exemple la palette de couleurs a été déterminée plusieurs mois avant le tournage, pour que tous les départements puissent accorder leurs efforts dans la même direction.
Melina tient aussi un blog, dont voici l'adresse: http://www.melinacostas.ch/blog_frame.htm
Une visite s'impose, évidemment.