04 janvier 2012

Lumière texturée

Les aplats de lumière peuvent être intéressants - ou pas. Lorsqu'elles sont étales, ces grandes surfaces lumineuses (généralement les sols ou les murs) évoquent une idée de pureté, de limpidité. Mais elles véhiculent également une certaine froideur, ou à tout le moins une rigueur clinique et/ou technique.

Lorsque la séquence exige d'instaurer un climat plus organique, plus vivant, j'aime bien "polluer" ces grandes surfaces en accidentant la lumière avant qu'elle n'atteigne sa cible. Pour ce faire j'utilise des matières et des obstacles qui texturent la zone éclairée.

La lumière qui nous entoure est fréquemment accidentée, sans que nous y prêtions réellement attention.

J'ai saisi l'un de ces moments l'autre jour, pour le partager avec vous. Voici un mur tel que je l'ai vu:



Comme vous le constatez, les motifs projetés sur le mur enrichissent une image qui aurait singulièrement manqué de caractère. Si la séquence impliquait par exemple un échange assez vif entre plusieurs personnes assises, avec une caméra mobile, ces textures ajouteraient de l'énergie à la scène. Alors qu'un mur étale aurait plombé l'ambiance.

Si l'on observe comment cet effet est créé "naturellement" en se tournant à 180° vers la baie vitrée, on aperçoit deux sources lumineuses de puissance inégale - les réflexions du soleil sur un pare-brise et un capot - et un obstacle, le store pas entièrement baissé qui fait office de "mama" et de diff.
Le store dessine la ligne horizontale sur le mur, et les rebonds de la lumière sur les surfaces convexes éclatent la lumière dans des directions aléatoires.


 
Bien entendu, ces textures assez affirmées ne conviennent pas à toutes les surfaces. J'ai évoqué cet exemple pour illustrer le concept, mais j'utilise généralement des dispositifs qui texturent plus en douceur. Comme ceux qui imitent le vieux verre inégal qui équipait les fenêtres des anciens immeubles.

Lorsqu'ils sont utilisés avec parcimonie, ces effets rendent de grands services: ils restent discrets, leur effet sur le spectateur est subliminal, mais s'ils manquaient la mise en lumière ne serait pas complète.

Les comédiens qui traversent ces accidents de lumière semblent davantage "collés" au décor, et leurs mouvements sont accentués par les irrégularités qui glissent sur leurs corps en sens inverse.

C'est un bon moyen d'ajouter une pincée de réalisme dans une mise en lumière trop "proprette", par exemple dans un studio où l'on reconstitue un décor d'appartement.




En réponse à une question de Paul, je complète ce post par un volet pratique:


Pour recréer un phénomène de diffraction lumineuse comme le vieux verre, il faut considérer deux ou trois paramètres:
- la distance de votre source à "l'obstacle" (obstacle = élément qui permet de texturer la lumière)
- la nature de la source
- la distance entre votre "obstacle" et le décor
- la composition en strates de l'effet désiré

La distance et la nature de la source vont directement influencer l'aspect final: dans le cas du vieux verre, l'effet ne fonctionnera que si la source est de taille réduite. Une source large (donc douce) ne produira aucun effet de diffraction.

La distance de la source à l'obstacle devra être relativement grande (plusieurs mètres) si vous voulez préserver un certain parallélisme des ombres de la fenêtre.

La distance entre l'obstacle et le décor est moins importante, mais influencera l'échelle de la texture.

Enfin, si l'on observe l'effet vieux verre, on distingue deux composantes: les croisillons d'une part, et une diffraction faible mais aléatoire d'autre part.

Les croisillons peuvent être recréés avec n'importe quel matériau opaque (du gaffer ferait l'affaire).
La diffraction légère pourrait être obtenue avec une diffusion très légère, froissée puis tendue sur cadre, comme le New Hampshire Frost (254). Mais on pourrait recourir à une bâche plastique de protection des sols pendant les travaux de peinture, ou un rideau de douche translucide.
Il faudra ensuite déterminer si l'effet est meilleur avec les croisillons devant ou derrière la diffusion, ou collés dessus.

Les matières de diffusion/réflexion/diffraction abondent dans les Bricos, il faut de temps en temps arpenter les rayons plastiques/peinture/toiture/salles de bains pour trouver des idées qui serviront bien plus tard, dans ce genre de situation.

Il y a quelques années j'avais trouvé de la résine ondulée translucide qui sert à aménager des ouvertures dans les toits en tôle ondulée. Son effet de diffusion, de diffraction et de coloration de la lumière m'ont donné des idées pour éclairer diverses séquences depuis.