En bref Le générique de Dexter transforme des gestes quotidiens — se raser, préparer le petit-déjeuner — en actes de violence latente par le seul jeu du cadrage et de l'éclairage. Les macro-plans en lumière dure sur la viande, le fil dentaire, le lacet de chaussure : chaque objet banal devient une arme potentielle. Un concentré de narration visuelle en 90 secondes.

La série
Dexter, qui va bientôt commencer sa troisième saison, me semble passionnante à plus d'un titre. En dehors de l'écriture, du charisme des personnages, de la force du concept, le générique qui ouvre chaque épisode mérite une attention soutenue.
Basé sur l'idée que nous commettons chaque jour des actes dont nous ne soupçonnons pas la violence, le générique de la série montre le réveil et le petit déjeuner de Dexter comme une série de crimes ou de massacres qui ont en commun des analogies avec le sang.
Scrutant de près, ou adoptant le point de vue des objets ou des aliments que nous utilisons chaque jour, la caméra transforme des actes anodins en meurtres: éviscération (l'orange... sanguine), strangulations (le fil dentaire, les lacets), étouffement (le T-shirt), broyage et noyade (le café), découpage (l'oeuf), etc. Formellement, les palettes très réduites de couleur, de netteté et de lumière renforcent la sensation d'étouffement en éliminant sciemment tous les éléments qui laisseraient l'oeil "respirer":
- Les couleurs retenues, en dehors du rouge sang, sont le vert (la complémentaire) et le jaune. Même la couleur chair est désaturée et contrastée;
- Les longues focales contraignent en général la vision à une zone de netteté réduite;
- Les lumières (fortes et directionnelles) sont disposées pour assurer une séparation optimale entre les premiers et arrières-plans, focalisant l'attention sur les détails violents;
- le lavabo est par contre éclairé comme une salle d'opération - ou d'autopsie;
Ce générique est un bel exemple de maîtrise conceptuelle et artistique (il est purement cinématographique, toutes les métaphores proposées naissent dans la tête du spectateur comme dans une séquence de meurtre hitchcockienne). Comme tout bon générique, c'est un mini-film qui esquisse dans les grandes lignes tout ce qui suivra.
J'en ai extrait quelques photos pour vous permettre de vous arrêter sur les détails. Cliquez sur la photo.