16 mai 2008

Spot pub pour un parfum

En bref  Étalonner un spot parfum sur station Matrix avec Boris Rabusseau chez FreeStudios à Genève : des réglages d'une rare finesse à des vitesses de rendu supersoniques. Le spot privilégiait les pénombres — un terrain où l'étalonnage révèle sa vraie puissance, sculptant des nuances dans les zones les plus sombres de l'image.





Je viens d'étalonner un spot pour un parfum sur une station Matrix. Ce spot privilégiait les pénombres mais je me suis fait plaisir en testant des looks très différents avec Boris Rabusseau, étalonneur chez FreeStudios à Genève.

Matrix permet des réglages d'une rare finesse, à des vitesses de rendu supersoniques.
Tournage: HDCAM F900 (pas eu besoin des hyper-gammas d'un modèle supérieur, juste quelques réglages du "knee" dans la caméra pour ne pas écrêter les lampes de chevet).
Lumière: principalement tungstène (Action Light)
Production: fashionshow.ch
Réalisateur: Charles Hieronymi

15 mai 2008

Ombres de papillons

En bref  Les ombres de papillons — ces cadres de diffusion suspendus au-dessus du décor — doivent être invisibles dans l'image. Comme les bouts de perche, les rails de travelling et les reflets parasites, tout l'appareillage technique du cinéma doit disparaître pour que l'illusion fonctionne. La perfection technique consiste à ne laisser aucune trace de son existence.



Appelez ça un souci de perfection si vous voulez, mais les techniciens de cinéma laissent le moins possible de traces de leur travail dans les images d'un film. Les ombres micro, bouts de perche, rails de travellings, reflets dans les voitures ou les vitrines, tout doit disparaître pour laisser place à l'illusion du cinéma.
J'avais déjà mentionné les grandes ombres des "butterflies", ces cadres de 6mx6m ou plus qu'on utilise en extérieurs, sous le soleil, pour adoucir la lumière sur les acteurs. Le problème de ces mastodontes, c'est l'ombre qu'ils projettent par terre. J'ai cherché pendant un moment à vous fournir une preuve que les techniciens de la série Desperate Housewives ne cherchent plus à masquer leurs forfaits, et c'est maintenant chose faite: dans l'épisode diffusé la semaine dernière, un champ/contre-champ révèle de magnifiques ombres de butterflies.
Comme vous le voyez, ils sont à peine déguisés en ombres de maisons (du faux lierre sert à adoucir les arêtes des ombres sur le sol), mais si vous regardez bien les ombres s'arrêtent sur les trottoirs.
Morale de l'histoire: mêmes les meilleurs chef ops sont parfois contraints à des compromis qui flirtent avec la limite du professionnalisme. Le pari étant que le spectateur moyen ne regardera pas le sol, mais plutôt les comédiennes. C'est sans doute un bon raisonnement, qui permet de gagner beaucoup de temps sur le tournage et en post-prod.

09 mai 2008

Une nouvelle race d'images

En bref  Speed Racer des Wachowski inaugure une nouvelle race d'images — après 300, Sin City et Sky Captain, le film pousse le bouchon de l'image synthétique encore plus loin. Ce n'est plus du cinéma filmé avec des effets : c'est un univers entièrement construit où la caméra virtuelle abolit toutes les contraintes physiques.




Speed Racer, s'il semble destiné à un public très jeune et friand de bagnoles, inaugure une nouvelle vagues d'images. Rebondissant sur le succès de "300", "Sin City" ou "Sky Captain and the World of Tomorrow", trois films extrêmement travaillés sur le plan esthétique, le nouvel opus des frères Wachowski pousse le bouchon encore plus loin, franchissant avec allégresse le mur du kitch. Je ne suis pas sûr que la direction artistique soit très maîtrisée, mais le résultat est décapant.
L'une des choses que je retiens de la bande-annonce, c'est la douceur des visages, qui dépasse l'effet d'un filtre de diffusion sur la caméra, ou d'un "skin detail" bien réglé. Ici, il émane des peaux une sorte de douce lueur. Il s'agit sans doute d'un triple travail de maquillage, de filtres et de retouches en post-prod. En attendant les révélations du chef op, à vous de deviner comment on arrive à pareil effet ;-)

Bande-annonce ici.

05 mai 2008

Jolie lumière sur les Ramblas

Barcelone, dimanche matin, vers 8h. Vue depuis ma chambre. Ca donne envie d'aller faire une ballade, non?

27 avril 2008

Décadrages

En bref  Cloverfield met le cadrage au premier plan : la caméra subjective oblige le spectateur à vivre l'action par les yeux d'un personnage, avec tous les décadrages, les flous et les pertes de repères que cela implique. Un film qui prouve que le cadre est un outil narratif aussi puissant que le scénario — quand on ose le bousculer.


On parle peu de l'importance capitale du cadrage, et on le remarque davantage quand il est inhabituel. Il est vrai que 98% des films sont cadrés sans grande imagination mais un film récent prouve qu'il peut contribuer à renforcer considérablement la tension dramatique.
Les images de "Cloverfield" mettent le cadre au premier plan, obligeant pour une fois le spectateur à le prendre en compte. 

Les effets de réel de "Cloverfield" dépendent en effet presque entièrement de la manière de manipuler la caméra. Décadrages, flous intempestifs, plans aléatoires, sous-expositions, balance des blancs approximative et mouvements de caméra dictés par les émotions plutôt que par la réflexion: tous ce que les pros s'interdisent est ici obligatoire. Prenant exemple sur ce que les amateurs surpris avaient filmé dans les rues de New York le 11 septembre 2001, l'équipe image du film démultiplie l'effroi du spectateur en laissant une grande partie de la terreur hors-champ ou dans le noir. Plus occupé à courir ou à s'abriter qu'à faire de "belles images", le vidéaste amateur du film n'anticipe rien de ce qu'il filme. De toute manière il n'a droit qu'à une prise. Tout au plus est-il conscient qu'il documente quelque chose d'essentiel.

Ces cadrages à la fois maladroits et touchants sont souvent au service d'effets brutaux, mais une séquence grave et calme fait exception - celle où l'un des jeunes doit apprendre à sa mère, au téléphone, que son frère est mort. Cette séquence dégage une émotion bien plus forte par le fait qu'elle est filmée de loin, avec pudeur, par son meilleur ami. Le cadrage reflète alors directement son déchirement intérieur. 

24 avril 2008

Débat "high key"

En bref  Le plateau TV du direct de Sarkozy illustre le piège du high key politique : contre-jours puissants, keylights pleine face, décors saturés. En écrasant rides et reliefs, les lumières frontales réduisent les visages à des surfaces lisses — une esthétique de spectacle qui sacrifie la vérité du visage à la séduction de l'image.


Le plateau TV du direct de Sarkozy est très éclairé: beaucoup de contre-jours puissants, des keylights pleine face, des décors aux couleurs très intenses, tout contribue à une sensation d'énergie, de gaité, mais aussi de spectacle lisse: en écrasant les rides et les reliefs des visages, les lumières frontales réduisent les faciès des participants à des surfaces colorées (pour ne pas dire peinturlurées: certains journalistes sont oranges ou ocres, trop d'UV ou de maquillage).
C'est un bon exemple de ce qu'on appelle le "high key": les intensités relatives du key light et du fill sont très proches. Résultat: contrastes très faibles, lisibilité maximale des mimiques.
C'est la lumière par excellence des comédies.

23 avril 2008

Surenchère de K

En bref  RED annonce la Scarlet (3K, 3 000 $) et l'Epic (5K, 35 000 $) : des prix et des résolutions qui laissent pantois. Mais la course aux K est un piège, comme celle aux mégapixels en photo. La résolution ne fait pas l'image — c'est la lumière, l'optique et le regard du chef opérateur qui la font.

Vous êtes peut-être déjà au courant, mais RED va sortir en début d'année prochaine deux caméras et un player. Le tout en ultra haute définition:
- la Scarlet, 3000$ pour 3K
- la Epic, 35'000$ pour 5K
- le player 4K, à 1000$

Ces prix et ces résolutions me laissent pantois. Notre vie professionnelle va devoir s'adapter à ces nouveaux outils. Le piège à éviter: la course au K. De la même façon que la course aux mégapixels n'a duré qu'un temps en photo, celle à la résolution va bientôt devoir ralentir. D'autant plus que la retouche d'image (nécessaire en UHD parce que le plus beau des top models a l'air d'une montagne de points noirs et de poils disgracieux) requiert beaucoup de temps en post-prod, sur des machines de plus en plus chères.

17 avril 2008

Photons virtuels sur porcelets 3D

En bref  Éclairer des porcelets en 3D me confronte à un paradoxe : les projecteurs virtuels sont invisibles et ne chauffent pas, mais ils ne sont pas aussi intuitifs qu'un Fresnel réel. La taille de la source influence fortement sa puissance dans un univers 3D — un comportement physiquement juste qui surprend ceux qui viennent du plateau.



Cette image sera encore travaillée et intégrée dans un univers réaliste, mais elle donne une bonne idée de l'effet des lumières. Dans un univers 3D, la taille des sources influence très fortement leur puissance lumineuse.

Les projecteurs virtuels des univers 3D ont beaucoup d'avantages, dont celui d'être invisibles. Ils ne sont pas toujours faciles à comprendre pour un chef op traditionnel, parce qu'ils n'imitent que rarement des lumières naturelles. Ils sont plutôt optimisés pour éclairer rapidement des grands volumes, ou très ponctuellement des personnages dont ils suivent les mouvements.
Sur Maya, j'ai pu travailler avec mon collègue Marc Dubois pour l'aider à éclairer une équipe de foot de porcelets. L'image de l'équipe en couleurs n'est que provisoire: c'est un rendu rapide pour visualiser la lumière. L'équipe sera plus tard insérée sur un terrain de foot devant une ferme, avec une profondeur de champ réduite.
Pour les besoins de l'éclairage, nous avons créé un sol blanc réfléchissant, auquel nous donnerons par la suite une teinte légèrement verte pour faire exister la couleur de la pelouse sur les pieds des porcelets, et donc rendre le composite plus réaliste.

Les captures d'écran ci-dessus montrent les principaux éclairages mis en place:
  • un paravent cylindrique lumineux, qui projette une lumière douce (vu sa taille), et dont la fonction principale est de donner un niveau général "high key" joyeux
  • deux accents puissants en contre-jour, depuis la droite supérieure de l'image, pour donner du volume aux personnages (c'est le key light)
  • un "fill" de face, peu puissant, pour réduire les ombres résiduelles
  • notez aussi un petit projecteur placé tout près d'un des porcelets, pour lui donner à lui aussi un modelé intéressant

11 avril 2008

Khondji voit rouge

En bref  Darius Khondji, l'un des grands chefs opérateurs contemporains, adopte la RED One pour une pub Old Navy et la compare au rendu du film argentique. Son verdict — « cette technologie réagit plus proche du film que tout ce que j'ai testé » — légitime la caméra auprès des sceptiques les plus exigeants.


Le grand Darius Khondji vient de tourner une pub pour Old Navy avec la Red, et il apprécie visiblement beaucoup l'engin: "This new digital technology is sensational to work with. Surprisingly, it reacts closer to film. The workflow, along with the immediate response, makes the process of filmmaking more responsive and for most cases faster."

La pub (avril) et le making of sont visibles ici.

09 avril 2008

Vincent - décollage imminent

En bref  Pour Vincent le Magnifique, les références visuelles puisent dans le cinéma muet : un village crasseux de charbonniers au XIXe siècle, des éclairages à la torche et à la lampe à huile. La première projection approche — ce moment où je découvre enfin si mes intentions lumineuses survivent au grand écran.


Alors que la première projection de "Vincent, le Magnifique" approche (le 25 avril à 20h30 au cinéma Atlantic de Lausanne, entrée libre, il y aura beaucoup de monde), vous pouvez déjà voir la bande-annonce online.
Pour ce film, mes références visuelles étaient le cinéma muet et son époque. L'histoire se passe dans un village crasseux de charbonniers, il y a un siècle. Aucun éclairage "moderne" n'a été utilisé: pas de kinos, ni de LEDs.
Caméra P2 équipée du Redrock.
Jetez un coup d'oeil: c'est ici.

05 avril 2008

Un court-métrage lumineux de Wong Kar Wai

En bref  Wong Kar Wai signe un court-métrage pour Philips dont la lumière est « magnifique et très contemporaine ». Les images, même à travers un écran de magasin, coupent le souffle — la preuve qu'un cinéaste habité transcende n'importe quel support de diffusion. Peu importe la marque de l'écran : la lumière de Wong Kar Wai se reconnaît au premier regard.




Je reviens de la fnac les yeux tout écarquillés: sur un plasma de Philips, j'ai vu un court que Wong Kar Wai a réalisé spécialement pour ces écrans aurea. Mais peu importe la marque ou l'écran: la lumière du film est magnifique, et très contemporaine. Cliquez ici pour le voir, et choisissez l'option "See the film" puis "Full Screen".
Les images sont signées Philippe Le Sourd (IMDb).

30 mars 2008

Red One - tout sur la post-prod

En bref  Le workflow post-production de la RED One expliqué clairement par fxguide : du RAW R3D aux différentes options de debayering, de transcodage et d'étalonnage. En 2008, le défi n'était pas de tourner en RED mais de gérer ses données — un flux de travail que chaque production devait réinventer.
L'un des chemins possibles. ©fxguide 2008

Pour ceux d'entre vous qui ont envie de certitudes plutôt que de ragots, nos amis de fxguide ont posté deux Podcasts qui expliquent en détail les diverses solutions de post-prod offertes par les données qui sortent de la RED. C'est court, clair et très instructif.
La page des Podcasts se trouve ici, les épisodes qui concernent la RED sont les 22 et 23.

Red One: pourquoi tant de polémiques?

En bref  Les polémiques autour de la RED One en 2008 opposent les sceptiques aux pragmatiques. Une caméra 4K au prix d'une bonne HDV, fabriquée par un ancien marchand de lunettes de soleil — le parcours de Jim Jannard avait de quoi faire sourire. Mais les images, elles, ne mentaient pas. Le débat pellicule versus numérique entrait dans sa phase décisive.


Pendant les premières années (celles des promesses et des effets de manches) on pouvait comprendre les doutes des techniciens et des loueurs quant à la viabilité de la Red One. Une caméra 4K pour la moitié du prix d'un Hasselblad (ou le double d'une bonne HDV), ça pouvait faire sourire, d'autant plus qu'elle était fabriquée par un marchand de lunettes de soleil. Que n'a-t-on pas lu dans les forums à propos de cette caméra? Que de fiel, que d'agressivité, que de moqueries. A propos d'un produit qui n'était pas sorti.
Maintenant que plus d'un millier de ces caméras ont rejoint leurs propriétaires, les propos négatifs changent de nature: OK, la caméra existe et fonctionne et ses images sont magnifiques et je peux les monter sur mon Final Cut et les objectifs/accessoires ont un rapport qualité/prix imbattable MAIS...
  • on ne peut pas monter nos images 4K sur un MacBook,
  • on ne comprend pas l'utilité du RedCine,
  • les fichiers sont trop gros...
J'en passe et des meilleures. D'après les infos sur les acheteurs, ce sont surtout des petites boîtes de prod qui ont envie de s'émanciper en passant du HDV au 4K. Puisque les prix restent dans le même ordre de grandeur, les gens pensent sans doute que les flux de post-prod et l'expertise nécessaires sont à peu de choses près équivalents. Erreur. Tirer le meilleur des fichiers RAW 4K, c'est comme tirer le meilleur d'un négatif film: il faut des connaissances spécifiques, du matériel et de l'expérience. Les connaissances sont rapidement acquises (le site red.com propose par exemple des tutoriaux vidéo très explicites et le manuel de la caméra est un modèle du genre), les forums et les livres sur le traitement des fichiers RAW abondent, encore faut-il avoir l'humilité de reconnaître ses lacunes.
Or les détracteurs actuels de la Red montrent tous les signes de l'impatience colérique des enfants trop gâtés. Laissons-les se calmer, et passons aux choses sérieuses.

Quand des adultes se servent de cette caméra, ça donne plutôt ce genre de témoignages:
"I have had the opportunity to test the RED ONE camera over the past few weeks, including direct comparison to the same film I shoot on ‘24’. All I can say is that I am totally amazed. Revolutionary might not be a strong enough word to describe what RED is doing." Rodney Charters, chef op de "24"

27 mars 2008

Red One - tests

En bref  Premiers tests de la RED One : la conclusion vient d'abord — « vraiment séduit par la bestiole ». La caméra 4K à un prix révolutionnaire n'est pas irréprochable, mais aucun produit en Beta ne se comporte aussi bien. Les grincheux cherchent encore des poux, pendant que les pragmatiques tournent déjà avec.


La version du soft testée était la 15.2

Pour commencer par la conclusion, je suis vraiment séduit par la bestiole.
A vrai dire je ne comprends pas les grincheux qui cherchent encore des poux à cette caméra. Elle n'est certes pas irréprochable, mais j'aimerais bien que tous les produits/logiciels en Beta test se comportent aussi bien que la Red One: elle remplit sa mission sans problème, y compris - et c'est important - jusqu'à la fin de la post-production.

A l'initiative de C-Side et Earthling, deux boîtes de prod genevoises, nous étions quelques uns à pouvoir mettre cette caméra au pied du mur.
Equipée d'objectifs Zeiss à monture PL nous avons tourné des intérieurs sombres et des ext. jour. La restitution des infos de luminance et de chrominance est impressionnante.
Equipée d'objectifs de qualité, cette caméra représente une alternative très intéressante par rapport à ses grandes soeurs (grandes, la plupart du temps, surtout par leur prix).
Mes seules réserves tiennent plutôt à l'ergonomie de la caméra: à l'épaule, il est indispensable de se faire aider par un assistant (le panneau arrière est inaccessible dans ce cas). De toute manière cette caméra s'utilise davantage comme une caméra film que comme une HDV.
Autre aspect à surveiller: le léger grain qui apparaît - comme en film - dans les pénombres non maîtrisées. C'est un problème qui se règle sur le plateau par l'éclairage, et sur la caméra par un filtre "degrain" efficace.
Pour les tournages à l'épaule, prévoyez un bon petit moniteur léger et un bras magique résistant pour bénéficier d'un retour vidéo digne de ce nom.
Je me réjouis vraiment de tourner avec cette bombe!

24 mars 2008

Les verts de LOST

En bref  Dans LOST, un vert spécifique revient dès qu'on entre dans les intérieurs souterrains — bunkers, prisons — comme un rappel chromatique de la végétation tropicale de l'île. Ce code couleur inconscient lie les espaces confinés au monde extérieur, créant une continuité émotionnelle que le spectateur perçoit sans l'analyser.





Depuis qu'une bonne partie de l'action de la série LOST s'est déplacée en intérieurs ou ailleurs dans le monde, les chefs op de la série ont fréquemment recours à un Vert spécifique qui est peut-être destiné à rappeler la végétation de l'île. La première fois que ça m'avait frappé, c'est quand on était rentré dans le bunker-prison quelque part dans la seconde saison. Les verts y étaient omniprésents, un peu trop à mon sens.
Dans les environnements urbains, ce vert est opposé à un jaune sale qui dégrade l'image suffisamment pour que le vert se fonde mieux dans le décor.
Parfois le choix de la couleur des accessoires (comme la voiture dans cette séquence filmée à Manhattan) enfonce encore le clou.
Cette couleur si peu flatteuse pour les comédiens devient parfois plus chaude, ou plus vive (vert poison) lorsqu'il s'agit d'éclairer un visage féminin. Ca passe mieux.

Dans tous les cas, c'est un exemple de stylisation inhabituellement poussée dans une série commerciale.
Je n'ai rien lu de spécial à propos de ce vert dans les divers interviews sur LOST. Avez-vous des infos?

Cadeau

Spectaculaire, drôle et vraiment bien photographié. C'est mon cadeau de Pâques.
Pour la petite histoire: réalisé en 5 jours.

21 mars 2008

Dexter - un générique virtuose

En bref  Le générique de Dexter transforme des gestes quotidiens — se raser, préparer le petit-déjeuner — en actes de violence latente par le seul jeu du cadrage et de l'éclairage. Les macro-plans en lumière dure sur la viande, le fil dentaire, le lacet de chaussure : chaque objet banal devient une arme potentielle. Un concentré de narration visuelle en 90 secondes.


La série Dexter, qui va bientôt commencer sa troisième saison, me semble passionnante à plus d'un titre. En dehors de l'écriture, du charisme des personnages, de la force du concept, le générique qui ouvre chaque épisode mérite une attention soutenue.
Basé sur l'idée que nous commettons chaque jour des actes dont nous ne soupçonnons pas la violence, le générique de la série montre le réveil et le petit déjeuner de Dexter comme une série de crimes ou de massacres qui ont en commun des analogies avec le sang.
Scrutant de près, ou adoptant le point de vue des objets ou des aliments que nous utilisons chaque jour, la caméra transforme des actes anodins en meurtres: éviscération (l'orange... sanguine), strangulations (le fil dentaire, les lacets), étouffement (le T-shirt), broyage et noyade (le café), découpage (l'oeuf), etc. Formellement, les palettes très réduites de couleur, de netteté et de lumière renforcent la sensation d'étouffement en éliminant sciemment tous les éléments qui laisseraient l'oeil "respirer":
  • Les couleurs retenues, en dehors du rouge sang, sont le vert (la complémentaire) et le jaune. Même la couleur chair est désaturée et contrastée;
  • Les longues focales contraignent en général la vision à une zone de netteté réduite;
  • Les lumières (fortes et directionnelles) sont disposées pour assurer une séparation optimale entre les premiers et arrières-plans, focalisant l'attention sur les détails violents;
  • le lavabo est par contre éclairé comme une salle d'opération - ou d'autopsie;
Ce générique est un bel exemple de maîtrise conceptuelle et artistique (il est purement cinématographique, toutes les métaphores proposées naissent dans la tête du spectateur comme dans une séquence de meurtre hitchcockienne). Comme tout bon générique, c'est un mini-film qui esquisse dans les grandes lignes tout ce qui suivra.

J'en ai extrait quelques photos pour vous permettre de vous arrêter sur les détails. Cliquez sur la photo.

De Dexter openin...

HEAVEN - le son qui rend les images meilleures

En bref  HEAVEN, court-métrage sur les viols collectifs produit par un chef opérateur que le sujet avait convaincu de s'engager comme producteur. Au mix final, une découverte : le son, quand il est parfaitement travaillé, rend les images meilleures. La bande sonore ne complète pas l'image — elle la transforme.

Aujourd'hui, je viens d'assister à une projection du mix final de HEAVEN, le court-métrage de Mohcine Besri que je produis. Je ne suis pas vraiment producteur, mais l'ai pris en charge pour qu'il se concrétise, parce que son sujet - les viols collectifs - avait effarouché pas mal de monde. Et maintenant que je vois le résultat final, j'en suis très fier. J'avais aussi éclairé et cadré le film, qui a été tourné en HD avec le RedRock et des longues focales Nikon.

La bande-son du film a été montée/mixée par Gabriel Hafner sur Pyramix au studio Nos Sons Mix à Rolle (que Godard affectionne, et qui a remporté en 2007 le César du meilleur son pour "Quand j'étais chanteur").

En redécouvrant le film avec ces sons si justes, si limpides, je me suis pris à redécouvrir les images, et à les voir différemment. Plus intenses, plus fortes. Et je n'y suis évidemment pour rien - le film n'est même pas étalonné. Cette session a été pour moi la redécouverte d'une évidence: un bon son rend les images meilleures.

Prochaine étape: l'étalonnage. J'espère pouvoir le faire sur la station Matrix de FreeStudios, avec Boris Rabusseau. Je vous tiens au courant.

19 mars 2008

Micro Salon 2008

En bref  Le Micro Salon 2008 révèle de nouvelles sources LED : le Litepad de Rosco, jugé plus intéressant que le LitePanel grâce à sa lumière douce native — les diodes sont réparties sur une surface et non concentrées en grille. Les premiers pas d'une révolution qui mettra dix ans à s'imposer sur les plateaux professionnels.

Ce que je retiens du Micro Salon cuvée 2008, ce sont des nouvelles sources de lumière dont l'essentiel est résumé dans le dernier numéro de l'ICG magazine (lien direct). Non mentionné dans ces nouveautés, le Litepad de Rosco (lien direct) que je trouve encore plus intéressant que le LitePanel, parce que la lumière est douce par le fait que les diodes sont pointées horizontalement vers la surface du panel, surface qui devient donc lumineuse et qui éclaire à son tour. La puissance de la source permet d'ajouter des gels de correction (+ green) sans trop de dégâts.

Maluna, qui propose des boules chinoises carrées bien pratiques, sort sa Luciole Mega (allez voir la chose sur leur site).

En bref:

  • Vu la Louma 2 en action, qui ressemble à la Technocrane;
  • Airstar en vedette, avec une doc technique ciblée chefs op;
  • Assisté à une présentation de la nouvelle mire couleur proposée par la CST pour s'y retrouver dans les dizaines d'espaces colorimétriques en vogue (le technicien blasé/cynique/brouillon qui la présentait ne donnait pas envie d'aller plus loin, mais c'est pourtant un domaine de recherche fondamental);
  • Pas encore vu les tests de la nouvelle pellicule FUJI 160 ISO;
  • Assisté à une démo de Pénélope, la nouvelle Aaton 35mm, en version 3 perf;

Le Micro Salon est aussi l'occasion d'assister à des projections digitales frisant la perfection technique, et je dois dire que la bande-annonce du nouveau film de Barratier "Faubourg 36", éclairé par Tom Stern (collaborateur d'Eastwood) m'a presque décollé les rétines. Non pas que le film soit captivant - le scénario sent un peu le poisson d'avant-hier - mais la richesse des couleurs, l'onctuosité des contrastes, la pêche fulgurante de ces images m'ont totalement séduit.

Et pour couronner le tout, on a eu droit à quelques rushes 35mm étalonnés d'"Océans", l'ambitieux docu sous-marin produit par Jacques Perrin. Des plans tournés sous la glace, presque monochromatiques, d'une beauté à faire peur. Perrin tourne ce film depuis quatre ans, et teste comme d'habitude les technologies les plus adéquates. A en croire ses choix, le 35mm reste, dans certains cas, un support de prédilection. Le travail de post-prod, impeccable, est assuré dans les 2 cas par Digimage Cinéma.

16 mars 2008

Bluescreen, "Gondry style"

En bref  Un tournage bluescreen à la manière de Gondry : Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et un 5 kW soft en fond pour modeler subtilement les intervenants sans contaminer le fond bleu. L'art du bluescreen réside dans cet équilibre : éclairer le sujet sans toucher au fond, séparer ce qui sera réel de ce qui deviendra virtuel.

Les couleurs de cette photo (prise avec un portable) ne sont pas fidèles à la réalité. L'objectif est de montrer une partie de l'installation: Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et au fond un 5kW soft pour modeler un chouïa la lumière sur les intervenants, sans pour autant toucher le fond bleu.
Aujourd'hui travail sur de faux bluescreens (aucune incrustation ne sera faite en post). Objectif: une lumière douce, qui permette une chorégraphie sans ombres fortes, de 10 personnes, elles aussi en bleu, qui bougent à vue des éléments de mobilier. Petit budget = Tungstène, en l'occurence beaucoup de Blondes et des ambiances 5kW. Tout est diffusé ou réfléchi.