21 mars 2008

HEAVEN - le son qui rend les images meilleures

En bref  HEAVEN, court-métrage sur les viols collectifs produit par un chef opérateur que le sujet avait convaincu de s'engager comme producteur. Au mix final, une découverte : le son, quand il est parfaitement travaillé, rend les images meilleures. La bande sonore ne complète pas l'image — elle la transforme.

Aujourd'hui, je viens d'assister à une projection du mix final de HEAVEN, le court-métrage de Mohcine Besri que je produis. Je ne suis pas vraiment producteur, mais l'ai pris en charge pour qu'il se concrétise, parce que son sujet - les viols collectifs - avait effarouché pas mal de monde. Et maintenant que je vois le résultat final, j'en suis très fier. J'avais aussi éclairé et cadré le film, qui a été tourné en HD avec le RedRock et des longues focales Nikon.

La bande-son du film a été montée/mixée par Gabriel Hafner sur Pyramix au studio Nos Sons Mix à Rolle (que Godard affectionne, et qui a remporté en 2007 le César du meilleur son pour "Quand j'étais chanteur").

En redécouvrant le film avec ces sons si justes, si limpides, je me suis pris à redécouvrir les images, et à les voir différemment. Plus intenses, plus fortes. Et je n'y suis évidemment pour rien - le film n'est même pas étalonné. Cette session a été pour moi la redécouverte d'une évidence: un bon son rend les images meilleures.

Prochaine étape: l'étalonnage. J'espère pouvoir le faire sur la station Matrix de FreeStudios, avec Boris Rabusseau. Je vous tiens au courant.

19 mars 2008

Micro Salon 2008

En bref  Le Micro Salon 2008 révèle de nouvelles sources LED : le Litepad de Rosco, jugé plus intéressant que le LitePanel grâce à sa lumière douce native — les diodes sont réparties sur une surface et non concentrées en grille. Les premiers pas d'une révolution qui mettra dix ans à s'imposer sur les plateaux professionnels.

Ce que je retiens du Micro Salon cuvée 2008, ce sont des nouvelles sources de lumière dont l'essentiel est résumé dans le dernier numéro de l'ICG magazine (lien direct). Non mentionné dans ces nouveautés, le Litepad de Rosco (lien direct) que je trouve encore plus intéressant que le LitePanel, parce que la lumière est douce par le fait que les diodes sont pointées horizontalement vers la surface du panel, surface qui devient donc lumineuse et qui éclaire à son tour. La puissance de la source permet d'ajouter des gels de correction (+ green) sans trop de dégâts.

Maluna, qui propose des boules chinoises carrées bien pratiques, sort sa Luciole Mega (allez voir la chose sur leur site).

En bref:

  • Vu la Louma 2 en action, qui ressemble à la Technocrane;
  • Airstar en vedette, avec une doc technique ciblée chefs op;
  • Assisté à une présentation de la nouvelle mire couleur proposée par la CST pour s'y retrouver dans les dizaines d'espaces colorimétriques en vogue (le technicien blasé/cynique/brouillon qui la présentait ne donnait pas envie d'aller plus loin, mais c'est pourtant un domaine de recherche fondamental);
  • Pas encore vu les tests de la nouvelle pellicule FUJI 160 ISO;
  • Assisté à une démo de Pénélope, la nouvelle Aaton 35mm, en version 3 perf;

Le Micro Salon est aussi l'occasion d'assister à des projections digitales frisant la perfection technique, et je dois dire que la bande-annonce du nouveau film de Barratier "Faubourg 36", éclairé par Tom Stern (collaborateur d'Eastwood) m'a presque décollé les rétines. Non pas que le film soit captivant - le scénario sent un peu le poisson d'avant-hier - mais la richesse des couleurs, l'onctuosité des contrastes, la pêche fulgurante de ces images m'ont totalement séduit.

Et pour couronner le tout, on a eu droit à quelques rushes 35mm étalonnés d'"Océans", l'ambitieux docu sous-marin produit par Jacques Perrin. Des plans tournés sous la glace, presque monochromatiques, d'une beauté à faire peur. Perrin tourne ce film depuis quatre ans, et teste comme d'habitude les technologies les plus adéquates. A en croire ses choix, le 35mm reste, dans certains cas, un support de prédilection. Le travail de post-prod, impeccable, est assuré dans les 2 cas par Digimage Cinéma.

16 mars 2008

Bluescreen, "Gondry style"

En bref  Un tournage bluescreen à la manière de Gondry : Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et un 5 kW soft en fond pour modeler subtilement les intervenants sans contaminer le fond bleu. L'art du bluescreen réside dans cet équilibre : éclairer le sujet sans toucher au fond, séparer ce qui sera réel de ce qui deviendra virtuel.

Les couleurs de cette photo (prise avec un portable) ne sont pas fidèles à la réalité. L'objectif est de montrer une partie de l'installation: Blondes diffusées, PAR64 projetés verticalement sur des réflecteurs, et au fond un 5kW soft pour modeler un chouïa la lumière sur les intervenants, sans pour autant toucher le fond bleu.
Aujourd'hui travail sur de faux bluescreens (aucune incrustation ne sera faite en post). Objectif: une lumière douce, qui permette une chorégraphie sans ombres fortes, de 10 personnes, elles aussi en bleu, qui bougent à vue des éléments de mobilier. Petit budget = Tungstène, en l'occurence beaucoup de Blondes et des ambiances 5kW. Tout est diffusé ou réfléchi.

11 mars 2008

I am Legend: l'ASC Magazine se rattrappe

En bref  Le tournage d'I Am Legend déploie des moyens vertigineux : un Times Square entièrement recréé comme décor. Andrew Lesnie y travaille un éclairage en contrepoint — douceur et nostalgie plutôt que menace — qui rend la désolation plus poignante. Le numéro de l'ASC détaille ce tour de force logistique et artistique.


Il aura fallu attendre le numéro de février du magazine de l'ASC pour lire un papier détaillé sur le travail d'Andrew Lesnie sur "I am Legend". Et comme toujours avec les films à gros budget,
on reste sans voix devant le déluge de moyens. Par exemple, cette photo montre le décor de Times Square où Will Smith évolue.
Dans le numéro de mars, il y a quelques pages intéressantes sur deux séries sexy: Mad Men, dont je vous avais parlé, et Desperate Housewives. On devinait que les chefs op de cette dernière série travaillaient avec des "butterflys" (de par l'ombre qu'ils projettent sur le macadam), mais voici une photo d'un de ces dispositifs:



Lowell Peterson, ASC, sous l'un des "Fly Swatters" utilisés pour adoucir la lumière solaire avant qu'elle ne frappe le visage des 4 housewives. En intérieurs il utilise des Barger Baglites très diffusées et munies de nids d'abeilles épais, et des LitePanels (un cluster de LEDs) pour les yeux de ces dames. Avant d'attaquer la série, il était connu comme un chef op spécialisé dans les visages. Sa référence: les films de Douglas Sirk. Miam!


Préparation des séquences d'ouragan dans les derniers épisodes cataclysmiques de la série.

08 mars 2008

Spot pub Gruyère

En bref  Tourner une pub pour le Gruyère en Super-16 dans la neige : le choix de la pellicule (Fuji 250D) s'impose pour son rendu doux dans les très hautes lumières, là où un capteur numérique saturerait brutalement. La pellicule encaisse les blancs de la neige avec une grâce que le digital de 2008 peinait encore à reproduire.


Je reviens du village de Gruyères (mais oui il y a un "s") où j'ai tourné une pub pour le célèbre fromage, en Super-16.

L'agence Art Com avait supposé, à raison, que la pellicule serait plus indiquée pour filmer des paysages couverts de neige. J'ai travaillé avec la 250D de Fuji dont le rendu doux dans les très hautes lumières m'avait beaucoup plu sur "Il neige à Marrakech".

Le négatif est passé aujourd'hui dans un télécinéma "best light", c'est-à-dire que chaque plan a été étalonné indépendamment des autres, à l'inverse d'un téléciné "one light" qui projette une lumière constante sur toute la longueur de la bobine du négatif. Le TC a été étalonné par Jürgen Kupka, un spécialiste avec lequel j'adore travailler sur les projets qui me permettent une post-prod en Suisse. Il opère chez Boost, une unité de cinéma digital d'Egli Film à Zurich.

Parmi mes autres complices habituels, j'ai retrouvé mon 1er Assistant Caméra favori, Leandro Monti et mon chef électro Guillaume Payen.


Leandro Monti, 1er AC.

La liste lumière consistait en une palette de HMI (2x 2,5 kW) et presque toutes les puissances inférieures, ainsi que des cadres de diffusion dotés de diverses toiles.

La caméra était une Arri SR-III de chez Eberle Film Equipment, à Zurich. Grand angle Century 6mm et zoom Canon 8-64mm. Pola circulaire, filtres ND évidemment. Retour vidéo, Follow Focus, etc. Leandro a amené ses propres gadgets, dont un laser très précis pour assurer une mise au point au quart de poil.

Au rayon machinerie, nous avions une grue Pro-Miller (très performante) qui a supporté sans broncher une magnifique tête O'Connor 2575C et la caméra complètement équipée.

Le tournage s'est passé sans encombres, malgré des conditions climatiques difficiles - froid intense ou humidité record dans une fromagerie en activité. La robustesse du matériel cinéma a une fois de plus fait ses preuves.

Nos images seront mélangées à des plans plus documentaires, tournées par l'agence il y a quelques mois. Le résultat sera visible sur TF1 et M6 dès la mi-avril.

28 février 2008

Etalonnage: à quoi bon?

En bref  L'étalonnage de Vincent le Magnifique sur station Coloris chez Mikros à Paris révèle l'étendue des possibles : un même plan peut exprimer la mélancolie, la chaleur ou l'inquiétude selon le grade appliqué. Le but n'est jamais que l'image soit « jolie » — il faut qu'elle exprime quelque chose. L'originale n'est pas forcément la plus intéressante.





Variations sur un plan. Le but n'est pas qu'il soit joli, mais qu'il exprime quelque chose. La dernière photo est l'originale. Ca n'est pas forcément la plus intéressante. © Imaginastudio 2008

J’étais aujourd’hui chez Mikros à Paris pour étalonner Vincent le Magnifique sur leur station Coloris. Un travail délicat puisque les costumes, les décors et les lumières avaient été étudiés il y a presque un an en vue d’un résultat final très précis. Par exemple, pour obtenir les couleurs exactes des costumes, nous avions:
photographié les couleurs désirées,
saturé ces photos de +30%,
cherché les tissus dans ces couleurs saturées pour qu’au final,
après désaturation de -30% des images de la caméra, nous retombions sur nos pattes avec des costumes aux bonnes couleurs.

Ainsi le bleu électrique de la robe des jumelles était étudié pour devenir un bleu-gris spécifique. Si nous avions utilisé des costumes aux couleurs désaturées sur le plateau, ils auraient perdu presque toutes leurs couleurs dans le film terminé. Pour retrouver des couleurs naturelles ou réalistes, les images des caméras digitales doivent en effet être désaturées en post-production. Sur les images brutes, les visages ont souvent des dominantes magenta, les flammes projettent des lueurs jaunâtres et les verts de la nature sont rarement… naturels. C’est pourquoi il vaut mieux filmer avec un objectif final en tête: obtenir telle couleur ici, tel dégardé là, quitte à ce que les lumières et les couleurs sur le plateau soient étranges. Seul compte le résultat final, et les voies pour y arriver sont parfois tortueuses.

Grâce à l’oeil et à l’expérience d’Alexandra, l’une des coloristes de Mikros, le “color grading” de VLM a été une partie de plaisir. Nous avons passé les 250 plans en revue en une journée, ce qui est assez énorme. Elle continuera demain en solo, pour animer les caches et uniformiser les dernières aspérités. L’avantage de travailler avec un coloriste pro est évident: non seulement les manipulations sont rapides et efficaces, mais surtout les moindres teintes suspectes sont détectées et travaillées. Il s’agit de contrôler absolument tous les paramètres visuels du film: couleurs, contrastes, luminosité. Pour assurer des raccords invisibles entre les plans, mais aussi et surtout pour créer des atmosphères, souligner des états d’âme, diriger le regard du spectateur, bref: contribuer à raconter l’histoire en images.

L’étalonnage est une étape trop souvent négligée. Elle est pourtant capitale. Pour ma part, j’évalue son apport à l’esthétique globale d’un film aux environs de 30%.
Si on laisse les couleurs au hasard de la prise de vues, si les couleurs ne servent à rien, si elles n’expriment rien d’autre qu’elles-mêmes, à quoi bon filmer en couleurs?

Effets nocturnes

En bref  Pour le plan d'ouverture de Vincent le Magnifique — un travelling nocturne sur plusieurs plans de profondeur —, l'équipe est retournée photographier textures, façades et paysages de nuit. L'éclairage nocturne en extérieur exige des choix radicaux : chaque source visible raconte une époque, et la moindre lumière parasite détruit l'illusion du XIXe siècle.
L’épopée de Vincent le Magnifique touche bientôt à sa fin. Les 9 et 10 février nous sommes retournés en petite équipe sur les lieux du tournage pour photographier des textures, des façades, des arbres et des paysages afin de permettre à Marc Dubois de réaliser le plan d’ouverture du film. C’est un travelling sur plusieurs plans de profondeur, qui s’enfonce nuitamment dans la vallée et contourne les maisons du village pour s’arrêter devant la grange-cabaret où Vincent (le magicien) coupe ses assistantes en deux.

Marc nous avait briefé sur ce dont il avait besoin pour composer cette séquence, et il nous a accompagné sur le terrain pour récolter toutes les images RAW nécessaires.
Mon souci était de trouver les éléments dont il avait besoin (une grande colline, des arbres, des façades, des toits) tout en cherchant à photographier ces éléments en contre-jour, pour faciliter en post-production leur transition vers une “nuit américaine”. Les nuits sont en effet plus réalistes si le “key light”, la lumière principale, arrive sur les objets en contre-jour.
C’est pourquoi j’ai demandé à l’équipe de prévoir cette chasse photographique en fin d’après-midi et en début de matinée suivante, de façon à nous assurer un soleil plus rasant que plongeant.

Marc a ensuite composé et animé les photos en un magnifique paysage imaginaire, qui illustre à merveille la première phrase du scénario: “Extérieur nuit. La caméra s’engouffre dans une vallée”.
Un plan similaire, qui clôt le film, était confié en parallèle à la société parisienne d’effets spéciaux Mikros.

28 janvier 2008

Prochain Micro Salon: 13 mars

Si vous savez ce qu'est le Micro Salon, vous y serez.
Si vous ne le savez pas encore, vous y serez aussi parce que le Micro Salon, ça ne se rate pas.

Donc réservez le 13 mars, et on n'en parle plus.

Le Micro Salon AFC
aura lieu cette année le jeudi 13 mars 2008
de 10 h à 22 h
à La fémis
6 rue Francœur Paris 18e

International Digital Film Forum à Paris

En bref  L'I-DIFF de Paris réunit les praticiens de l'image numérique autour d'ateliers concrets — dont un sur les spécificités de la lumière et du maquillage en tournage numérique. Un sujet rarement abordé : le capteur digital ne pardonne pas les mêmes choses que la pellicule, et le maquillage doit s'adapter.
Nicolas me signale l'approche de l'I-DIFF, un lieu de rencontres, de projection, d'expérimentations et d'échanges entre les différents praticiens de l'image numérique.
Parmi les rendez-vous intéressants, un atelier sur les spécificités de la lumière et du maquillage dans le contexte d'un tournage numérique.
La liste des conférences est extrêmement alléchante (tests comparatifs de caméras - dont la RED, mais aussi la 3D chez Disney ou la projection numérique 4K).
Je n'y serai pas parce que j'ai un tournage en même temps, mais ça n'est pas l'envie qui manque.

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Le même Nicolas, de retour du Forum, n'est pas très enthousiaste:
"Sincèrement, l'IDIFF n'avait vraiment rien d'impressionnant. Une sorte de mini-SATIS. L'atelier lumière et maquillage a manifestement changé d'horaire si bien que je n'ai même pas pu y assister, les exposants étaient assez peu disponibles. Personnellement, ca m'a permis de voir un peu les dernières caméras HD (D-20, F23, Viper, RED, etc) que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir, mais à part, ca ne m'a pas apporté grand chose".

Voilà qui est clair. On jugera l'année prochaine sur les progrès accomplis.

23 janvier 2008

Oscars 2008: les nominations

En bref  Oscars 2008 : Roger Deakins nommé deux fois (Jesse James et No Country for Old Men), Janusz Kaminski pour Le Scaphandre et le papillon, Robert Elswit pour There Will Be Blood. Le Jesse James de Deakins recueille les suffrages des connaisseurs — un film à voir en priorité au cinéma, où la lumière naturelle atteint une grâce rarement égalée.
Roger Deakins - The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
Seamus McGarvey - Atonement
Janusz Kaminski - The Diving Bell and the Butterfly
Roger Deakins - No Country for Old Men
Robert Elswit - There Will Be Blood

Selon les avis glânés ça et là, le Jesse James est à voir en priorité, si possible au cinéma. C'est le film qui receuille le maximum de suffrages sur sa photo. Les spectateurs sont beaucoup plus circonspects sur le film lui-même ;-) Prenez un thermos de café et au boulot.

13 janvier 2008

Adobe OnLocation et Scopebox

En bref  Adobe OnLocation et Scopebox transforment un ordinateur portable en moniteur de contrôle avec scopes — luminance, chrominance, vecteurscope — pour une fraction du prix d'un Astro. Le contrôle des images numériques à la prise de vue devient accessible à tous les budgets, pas seulement aux grosses productions équipées de matériel dédié.

un Astro

OnLocation

Scopebox

Le contrôle des images numériques lors de la prise de vues devient tous les jours plus facile.
L'usage des moniteurs de contrôle ne date pas d'hier, mais les appareils affichant aussi des informations de luminance et de chrominance (comme les Astro) sont encore relativement chers et peu répandus.

Depuis quelques années les développeurs de softs sortent des solutions qui permettent de vérifier les images avant qu'elles ne soient enregistrées, ou plus récemment (sur Adobe OnLocation) telles qu'elles apparaîtront une fois enregistrées, en tenant compte de la compression. Dommage qu'OnLocation ne fonctionne que sur PC, mais il est facile de faire tourner un système d'exploitation PC sur Mac, donc c'est une mauvaise excuse pour ne pas l'essayer. D'autant qu'il sert aussi de magnétoscope.

Les créateurs du Redrock Micro ont sorti un joli soft pour permettre aux utilisateurs de leur système de retourner les images de la caméra, et ils ont ajouté quelques "widgets" utiles et suffisants pour monitorer dans des conditions courantes. Et il fonctionne lui aussi comme un magnéto.

Il en existe sans doute d'autres. Lesquelles utilisez-vous?

12 janvier 2008

Belles images de cinéma

En bref  Un blogueur américain compile des images tirées de films récents pour leur beauté photographique — des centaines de captures d'écran qui documentent l'art de la direction photo mieux qu'aucun manuel. Days of Heaven, entre autres, y figure. Une ressource visuelle pour qui veut éduquer son regard cinématographique.


Un blogger américain met en ligne des images tirées de films récents dont la photo lui plaît. Et comme il a bon goût ;-) ça va vous plaire à vous aussi.
Le seul défaut de sa page est qu'elle est trop longue. Elle contient des centaines de photos. Je vous propose donc un petit avant-goût avec ce lien, qui vous mènera directement aux photos de Days of Heaven, l'un des plus beaux films qu'on puisse imaginer.
Ce film de Terrence Malick vient de sortir en version remasterisée sur DVD chez Criterion.
Chef op: Nestor Almendros. Un film principalement tourné en lumières naturelles.

Et pour la bonne bouche, voici quelques images éclairées par le Géant Slawomir Idziak.


Gattaca de Andrew Niccol

Les Barger-Baglites

En bref  Les Barger-Baglites apportent une innovation dans le tungstène : une profondeur de 12 centimètres seulement pour une unité à 6 lampes. Moins de chaleur, moins d'encombrement sur le plateau — deux problèmes que le tungstène traîne depuis toujours. La source idéale pour les espaces exigus où chaque centimètre de recul compte.


Au rayon des nouvelles sources d'éclairage, l'une des innovations les plus intéressantes dans le monde du Tungstène est celle qui consiste à gagner de la place et diminuer la chaleur des projecteurs sur les plateaux. Les Barger-Baglites répondent à ces besoins.
Avec une profondeur de 12 centimètres, l'unité à 6 lampes est particulièrement compacte. Les poignées et les fixations sont robustes. Ces projos ont visiblement été conçus par des techniciens de cinéma.
Les Barger recourent d'autre part à des ampoules spéciales qui émettent moins de chaleur tout en préservant 90% de l'intensité lumineuse classique d'une source de ce type.
Franck Griebe, le chef op du Parfum, en a utilisé 6 sur le film, importées par Arri des Etats-Unis. Pourvu que les loueurs européens investissent dans ce genre de matériel!

http://www.barger-baglite.com/

L'invasion des LEDs

En bref  En 2008, les panneaux LED mûrissent lentement : leur température de couleur s'approche de quelque chose de fiable, les ring lights séduisent par leur dimmabilité, mais le prix reste prohibitif — 800 dollars pour une petite unité de caméra. Peter Suschitzky, chef opérateur attitré de Cronenberg, est parmi les premiers à les adopter.


Les panneaux de diodes mûrissent lentement mais sûrement. Leur température de couleur s'approche peu à peu de quelque chose de fiable. Les "ring lights" sont séduisants parce que dimmables. C'est leur prix qui reste encore intimidant: près de 800 US $ pour une petite unité à placer sur une caméra HDV!

Peter Suschitzky, le chef op habituel de Cronenberg, semble avoir utilisé un ring light de LEDs autour de ses optiques pour une bonne partie de Eastern Promises, le dernier opus du tandem. Avantage d'un ring light: un Fill efficace (puisqu'il est omnidirectionnel), qui ne débouche les ombres que lorsque c'est nécessaire, c'est-à-dire lorsque les acteurs s'approchent de la caméra.



07 janvier 2008

Composition et contrastes

En bref  La composition en triangle, signature d'Eisenstein, repose sur des contre-plongées appuyées au grand angle — une perspective qui dramatise naturellement le cadre vers le ciel ou le sol. Le choix d'un tel angle n'est pas un effet de style : c'est une décision de sens, une façon de hiérarchiser les masses dans l'image et de donner au spectateur un point de vue physique, pas seulement narratif.
Justin m'a posé une question sur la composition en triangle, fréquente dans les cadres d'Eisenstein.




Il est vrai que les images fortes qui restent de ses films sont des plongées ou - surtout - des contre-plongées tapageuses, dont l'efficacité est multipliée par l'emploi de grands angles. Le choix d'un tel angle implique une perspective (vers le sol ou vers le ciel), et donc la tentation de composer le premier plan et l'arrière-plan dans le cadre (par exemple, deux visages et un élément symbolique). Comme on évite de les aligner sur une horizontale (l'image serait plate), la composition en triangle s'impose d'elle-même. Elle semble "juste".

Je ne saurais trop vous recommander le livre de Freeman que je mentionne dans la colonne de droite de mon blog, "The Photographer's Eye". La composition en triangle n'est que l'une des très nombreuses conjugaisons d'éléments dans un cadre. Le livre est formidablement bien illustré, très accessible mais très subtil. Il est en anglais, mais les images suffisent à tout comprendre.

La perspective (ou sa simulation) est l'un des moyens qui permettent de recréer cette profondeur qui manque tellement aux images de cinéma. Il y en a un autre: le contraste, qui isole le premier plan d'un second plan, et ce dernier du fond (par couleurs, par flou/net, par textures, etc.).

La perspective (ou plus largement, l'organisation des lignes de force du cadre) concerne surtout le cadreur, alors que la maîtrise des contrastes entre les profondeurs préoccupe plutôt le directeur photo. Mais les deux permettent de détacher les éléments d'une image les uns des autres, et par là de les rendre lisibles, d'une part, et de les mettre en relation, de souligner les rapports de force ou de tension, d'autre part.

Et comme je trouve que la perspective et les contrastes sont complémentaires, j'aime bien cadrer les séquences que j'éclaire.

Bilan du dernier Skypecast: un peu de friture, beaucoup de passion

En bref  Premier Skypecast dédié à la lumière : trois heures de conversation audio en direct entre un chef opérateur et des passionnés. Qualité sonore imparfaite, passion intacte. Un format ancêtre des podcasts qui permettait, dès 2008, de démocratiser l'échange technique dans un métier habituellement transmis en compagnonnage.
Le Skypecast s'est bien déroulé, même si la qualité audio n'est pas encore vraiment au point. La conversation a duré presque 3 heures!
On remettra ça, sans doute dans un mois. Si vous avez des sujets de discussion, ou des préoccupations techniques concrètes, laissez un commentaire et on abordera le sujet lors de la prochaine session.

01 janvier 2008

Discussion "live" autour de la lumière

En bref  Un Skypecast en direct pour discuter lumière : éclairages low budget avec des soft lights fabriquées maison, et analyse de la photo des films à l'affiche. Le format audio collectif, ancêtre des podcasts et des Spaces, permettait en 2008 un échange spontané entre un chef opérateur et des passionnés dispersés dans le monde.
Le système des Skypecasts, mis au point par Skype, nous permettra de discuter de la lumière dans tous ses états (discussion audio). Je vous propose ne me retrouver ce dimanche 6 janvier à 17 heures pour aborder deux thèmes spécifiques:
- les éclairages "low budget": fabriquer et positionner ses propres "soft lights"
- les films (à l'affiche) intéressants du point de vue de la photo

Que pensez-vous de ce type d'interaction? Laissez un commentaire ;-)

A dimanche!

Les Skypecasts? infos ici.

30 décembre 2007

Andrew Lesnie relève un nouveau défi

En bref  Andrew Lesnie, après le monde féerique du Seigneur des Anneaux, éclaire I Am Legend avec une douceur qui évoque les jours anciens — un contrepoint lumineux au climat d'épouvante. La photo n'illustre pas l'horreur : elle la contrarie, rappelant au spectateur le monde perdu que Will Smith tente de sauver.




Après avoir donné une crédbilité au monde féérique du Seigneur des Anneaux, Lesnie éclaire le quotidien de Will Smith dans le New York désert de I am Legend. Sa lumière semble étudiée pour évoquer la douceur des jours anciens. Elle contraste en tout cas avec le climat de film d'épouvante que l'histoire évoque. C'est un bon exemple où la photo vient appuyer l'histoire en contrepoint. Alors que d'autres chefs op auraient opté pour des jours blancs, tristes ou désaturés, Lesnie baigne ses intérieurs/extérieurs jours dans une lumière de comédie romantique.

Curieusement, je n'ai trouvé aucune interview de Lesnie dans les deux principaux magazines US sur les chefs ops. Aurais-je mal cherché, ou alors cet Australien oscarisé serait-il ostracisé par ses collègues américains jaloux de son succès colossal en-dehors des Unions?

American Gangster: Savides teste un nouveau procédé de désaturation

En bref  Pour American Gangster, Harris Savides a réalisé l'impossible entièrement en argentique : des images très désaturées avec des noirs purs, sans passer par le digital. Ridley Scott voulait le beurre et l'argent du beurre — Savides a trouvé un procédé chimique qui concilie deux exigences contradictoires. Un tour de force de post-production analogique.


Sur American Gangster, Harris Savides (The Yards, Zodiac, Gerry, Elephant) n'est pas passé par le digital: tout a été réalisé à l'ancienne, sans quitter le monde du film argentique. Ridley Scott voulait des images très désaturées, tout en conservant des noirs purs. C'était vouloir le beurre et l'argent du beurre et Savides avoue qu'il ne savait pas comment il allait s'en sortir en post-production.
Il a utilisé un nouveau procédé de laboratoire qui rappelle celui de l'ENR (ou "sans blanchiment") qui consiste à laisser une partie des sels d'argent sur la pellicule. Baptisé OZ par Technicolor qui l'a inventé, il applique une partie du processus ENR sur le positif uniquement. Principale différence: les blancs sont plus éclatants, les images semblent plus nettes, les tons intermédaires sont mieux respectés, et les noirs sont vraiment noirs.
Savides reconnaît que les hautes lumières de certaines scènes sont du coup un peu trop cramées.

Pour la petite histoire, il était sorti du tournage de Zodiac en se jurant de ne plus jamais tourner à deux caméras. Or sur American Gangster, Scott lui en imposait au minimum trois et parfois cinq! L'équipe a tourné 8000 plans pour le film, ce qui est un record. Le record précédent du Premier Assistant Caméra de Savides, Eric Swanek, était de 1750 plans sur The Interpreter. Ils ont tourné dans 130 décors différents en à peu près 70 jours. Scott savait visiblement ce qu'il voulait. Si vous le pouvez, allez voir ce film au cinéma. Vous verrez de vraies images argentiques, sans bidouillage informatique. Et elles ont de la gueule.

Kodak sort une nouvelle émulsion: la Vision3

En bref  Kodak riposte à la haute définition avec la Vision3, une nouvelle émulsion ISO 500 tungstène. Le président de l'ASC vante une latitude d'exposition élargie et un grain plus fin. Mais derrière le marketing, la question reste : la pellicule peut-elle maintenir sa pertinence face à des capteurs qui progressent chaque année ?
Kodak, sans doute poussé dans ses retranchements par le monde de la très haute définition, sort de nouvelles émulsions à tour de bras. Dernière arrivée: la Vision3, une ISO 500 pour la lumière artificielle.

Daryn Okada, président de l'ASC, est l'un des prescripteurs que le marketing de Kodak a trouvé pour parler du bébé. A l'entendre, c'est un beau bébé:

“The new emulsion has a much wider range of latitude in the overexposed areas,” says Daryn Okada, president of the American Society of Cinematographers (ASC). “I found at least two more stops of range in the highlights, which enabled me to record more details. I got a rich range of colors and skin tones without saturation contamination. Also, there was an almost magical reduction in grain without affecting colors.”

After timing the images in a DI suite, Okada observes, “This new film is very DI-friendly. I could isolate backgrounds and make them darker without introducing electronic noise. I chose to overexpose large parts of the frame in some shots, and it was transparent. That gave me a lot of freedom to fine-tune looks. I think VISION3 widens the gap between film and digital imaging.”

Il est vrai que le photogramme tiré des tests des écarts d'exposition est parlant. On constate surtout que ce film est très performant dans les hautes lumières, beaucoup moins dans les zones sombres. On l'utilisera donc plutôt en complément de la Vision2 Expression.
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, ou retrouvez-la sur le site de Kodak US.


Les écarts d'exposition sont mesurés par rapport au diaph choisi. On constate qu'il reste des détails dans la zone 7, qui est pourtant surexposée de 6 diaphs par rapport à l'ouverture sélectionnée de 2.8. Par contre le noir est rapidement atteint.

Pour mémoire, les écarts d'expo pour la Vision2 500T Expression:


C'est l'inverse ici: les écarts de luminosité des zones sombres sont très finement restitués alors que les détails commencent à disparaître aux alentours de +2 diaphs de surexposition.