25 janvier 2011

Oscar 2011 meilleure photo - les films en lice

En bref Nominations Oscars 2011 de la photo : Libatique (Black Swan), Pfister (Inception), Cohen (The King's Speech), Cronenweth (The Social Network), Deakins (True Grit). Cinq approches radicalement différentes qui montrent l'étendue du spectre de la direction photo contemporaine.
Les nominations pour les Academy Awards 2011:

“Black Swan” Matthew Libatique
“Inception” Wally Pfister
“The King's Speech” Danny Cohen
“The Social Network” Jeff Cronenweth
“True Grit” Roger Deakins

Libatique semble avoir fait un joli travail sur Black Swan, mais Deakins reste mon favori. Je ne vois rien de spécial à la photo de Social Network - il y a même des erreurs d'étalonnage assez voyantes - ni à celle d'Inception. 

Mais c'est juste mon avis perso. Quel est le vôtre?

True Grit, photographié par Roger Deakins © Paramount Pictures

17 janvier 2011

Buried - lumières dans un cercueil

En bref Buried de Rodrigo Cortés : comment éclairer un film entièrement tourné dans un cercueil ? Chaque source lumineuse doit être justifiée — briquet, téléphone, Cyalume — et suffisante pour exposer un capteur. Un tour de force de direction photo sous contrainte maximale.

Question: comment fait-on pour éclairer un film qui se passe entièrement dans un cercueil, à deux mètres sous terre?
Réponse: on munit le personnage d'un maximum de sources lumineuses, tout en restant vraisemblable. 

Le scénariste et le réalisateur du film "Buried" ont du penser très tôt au problème de la lumière, pour l'intégrer d'une manière fluide au récit. Le résultat est très convaincant, et je pense que jamais le public ne sent les sources additionnelles. Il y en a pourtant, mais toujours justifiées par la lumière activée par le personnage. 
Réussir un tel pari passe aussi par le comédien, qui doit comprendre les besoins du chef op et justifier des mouvements parfois bizarres pour rester éclairé.

Si je n'oublie rien, voici la panoplie de l'enterré vivant:
- une lampe de poche (avec faux contact et filtre rouge amovible pour exacerber les effets dramatiques). Dominante jaune ou rouge.
- un Zippo, dominante jaune.
- un téléphone cellulaire à large écran, dominante bleue prononcée.
- deux bâtons lumineux, dominante verte.
- une petite bouteille d'alcool, pour provoquer un mini incendie. Dominante jaune.

La combinaison de ces sources (en alternance ou en parallèle) a donné au chef op Eduard Grau la possibilité de graduer ses effets avec beaucoup de finesse. Ces lumières, toujours mobiles et couplées à des cadres originaux et une profondeur de champ très réduite, modèlent le comédien, accentuent la tension et rendent ses émotions lisibles, et palpables.
Les contrastes de couleurs, entre les dominantes froides et chaudes, amènent une belle variété aux images et contribuent à balayer toute lassitude visuelle.

Et puis bien sûr il y a les ténèbres. Un vrai noir total, qui participe à l'épouvantable sentiment de claustrophobie. Un nouvel exemple de ce que l'absence de lumière peut receler d'expressivité, en laissant le spectateur tout seul, face à son imaginaire. 

Toutes les photos sont "cliquables", pour les voir en grand.

Ryan Reynolds en flagrant délit d'auto-éclairage. Le rebond contre les parois du cercueil adoucit le faisceau.
Un moment plus "mental", soit-disant généré par la lampe de poche. A ce moment du récit, un tel éclairage est impossible, mais l'état du personnage fait "passer" cette entorse à la vraisemblance.
Justifiée par l'écran du mobile, la lumière additionnelle sur le visage - presque de face - est en l'occurrence aussi audacieuse qu'efficace. 
Cette jolie source, douce et non aveuglante, a aussi le mérite de nous sortir un moment de la dominante jaune de la lumière du Zippo.

Dans certains plans, les parois distantes du cercueil sont éclairées par d'autres sources, mais les raccords de couleur et de direction rendent la chose invisible.
Lorsque la lumière s'éloigne du cadre, le personnage semble plonger dans des doutes effrayants. 
Les reflets sur le métal de la lampe signalent une autre lumière. Sans doute un fill.

Autre moment de solitude.

Réalisateur - Rodrigo Cortés
Directeur Photo - Eduard Grau
Scénariste - Chris Sparling

16 janvier 2011

Sony F3 - première approche

En bref Premiers tests de la Sony F3 : un prototype prometteur qui annonce une caméra compacte à grand capteur. J'évalue résolution, latitude, rendu des couleurs et bruit en basse lumière — les critères qui déterminent si une caméra mérite de remplacer la RED ou l'Alexa.
Mires, fleurs artificielles, moniteurs: à n'en pas douter, il doit s'agir d'un test caméra... 
J'ai eu la chance de pouvoir tripoter, avec quelques amis chefs op, l'un des deux prototypes de la PMW-F3 qui circulent en Europe à l'heure actuelle. Organisée par Visuals Switzerland sous la houlette de Charly Huser, la séance était suffisamment intimiste pour que nous puissions observer le dernier-né de Sony sous toutes ses coutures.

Tous les menus ne fonctionnaient pas encore, mais pour résumer, il s'agit d'une sorte de XDCAM EX très compacte, avec un bon gros capteur (CMOS, format S-35), une bande passante étourdissante et la possibilité de fixer des montures PL via une bague d'adaptation. Une double sortie SDI devrait permettre d'exporter un signal non compressé. 

Une partie des innovations annoncées ou intégrées à l'EPIC font leur chemin chez Sony, dont des objectifs qui transmettent les métadonnées au support. Objectifs qui n'existent pas encore. La nouvelle monture Sony a le désavantage d'introduire encore un nouveau standard. On verra bien s'il rencontre le succès.

Dans tous les cas, la définition est bluffante et la restitution des couleurs semble à première vue excellente. Pas aussi précise toutefois que celle de l'Alexa. Mais il s'agit là d'une impression.
Bref, une nouvelle caméra crédible est née. Moi qui n'étais pas très fan de Sony, je m'incline.

Le site repaire.net a lui aussi approché la bestiole. Plutôt que de vous répéter les données techniques et la prise en mains, je vous donne le lien: c'est ici, et c'est intéressant.


Cette visite était aussi pour moi l'occasion d'approcher un nanoFlash, un recorder genre Kipro qui permet de court-circuiter les codecs de compression internes des caméras et d'enregistrer un signal très propre. Connectique impressionnante, léger, et très puissant. Le site du fabricant (attention, il fait mal aux yeux).


Et enfin pour terminer, le moniteur installé sur la F3 était un PVM740, c'est-à-dire un joli moniteur OLED. Très belle restitution des nuances et des teintes, à presque 180°. Seul bémol: le flickering des diodes, qui donne à l'image un rendu électronique. Ce qui ne doit pas déplaire à Sony...

Pour ceux que ça intéresse, et pour autant qu'une résolution Vimeo puisse être parlante, Jason Wingrove a tourné quelques images prétexte avec la nouvelle Sony. C'est par ici.

10 janvier 2011

Honeycomb - nid d'abeilles

En bref Le nid d'abeilles (honeycomb) sur une Chimera : un accessoire qui dirige la lumière douce sans la durcir. Sans honeycomb, la lumière d'une softbox se répand partout ; avec, elle est canalisée — comme un faisceau de projecteur, mais sans les ombres dures. L'outil idéal pour contrôler le spill.
A gauche, une Chimera munie de son nid d'abeilles. Comme vous le constatez, la lumière est dirigée vers le comédien, mais pas vers nous.

Les sources douces ou adoucies par des diffuseurs ou des réflecteurs ont un défaut: elles sont trop larges. Dès qu'ils sortent d'un diffuseur, les photons s'éparpillent joyeusement dans tous les sens. Seuls certains d'entre eux suivent une trajectoire vraiment utile: celle dans l'axe du projecteur.
Pour dompter ces lumières douces, on utilise entre autres des nids d'abeilles. On en trouve d'office sur les Kinoflos ou les Soflights, par exemple. Mais j'en utilise aussi sur les Chimeras, et parfois sur les grandes toiles de diffusion tendues sur des cadres - les butterflies en 2x2m, 4x4m ou 6x6m.

De la densité du maillage et de la profondeur des alvéoles dépendront respectivement la quantité de lumière et son rayon de dispersion. Si les alvéoles sont trop nombreuses, elles font barrage et réduisent considérablement la puissance de la source. Plus elles sont profondes, plus le rayon de dispersion de la lumière est réduit.

Là où le nid d'abeilles devient très intéressant, c'est lorsque les comédiens, les diffuseurs et les décors sont trop proches les uns des autres: une Chimera braquée sur le comédien, par exemple, éclairerait le comédien et le mur derrière lui. Dans ce cas, je pivote sur son axe la Chimera munie d'un nid d'abeilles de façon que seul le comédien soit touché par la lumière de la Chimera. Il sera donc baigné d'une belle lumière douce et modelante, tandis que le mur juste derrière lui sera maintenu dans l'ombre. Ca s'appelle utiliser les "marginaux" d'un rayon lumineux, c'est-à-dire sa périphérie. 
C'est l'une des nombreuses utilisations des nids d'abeilles. Grâce à eux, on évite également des "flares" ou des reflets dans les décors.
Couplés à des drapeaux et des mamas, ils permettent de ciseler les lumières douces pour bénéficier de leur modelé sans subir leur trop grande dispersion.

09 janvier 2011

Fin des ampoules à incandescence - les chiffres qui consternent

En bref IKEA bannit les ampoules à incandescence — et les chiffres qui les remplacent consternent. Les LED d'IKEA affichent des IRC (indices de rendu des couleurs) médiocres qui altèrent notre perception des visages et des espaces. La fin de l'incandescence est une perte esthétique que l'industrie de l'éclairage refuse de reconnaître.


Je suis passé chez IKEA hier. J'avais lu leur communiqué de presse d'il y a quelques jours, dans lequel ils se vantaient d'être le premier grand groupe d'aménagement d'intérieur à bannir définitivement  l'ampoule à incandescence.  
Piqûre de rappel dans leurs magasins: au rayon luminaires, il n'y a plus que des LEDs, des fluocompactes et des halogènes. Et de la propagande.
Les arguments principaux sont l'économie réalisée sur le long terme, et le geste écologique. 

Le contre-argument habituel était le fait, d'ailleurs avoué par les fabricants, que 20% des couleurs du spectre disparaissent sous un éclairage LED ou fluocompact.

IKEA a voulu en avoir le coeur net et a commandité un sondage sur 1000 foyers nord-américains.

Le chiffre qui m'a consterné est que seuls 14% des sondés se disent "très préoccupés" par la modification ou la disparition des couleurs dues au changement de lumière à leur domicile.
Pour enfoncer le clou, 51% des personnes interrogées s'en fichent éperdument.

Ce qui signifie, à vue de nez, que seul un tiers des gens sont conscients des couleurs qui les entourent. 

On pourrait donc suggérer à IKEA, pour son prochain catalogue, d'abandonner les flashes et les HMIs et d'éclairer tout son assortiment avec des LEDs et des tubes Fluos. Les rouges et certains verts deviendraient grisouille, les jaunes tourneraient au vert, certains oranges disparaîtraient, et tous les articles seraient légèrement mauves. 
Mais qui s'en soucierait?

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Les chiffres du communiqué de presse:

What do consumers think about this phase out, upcoming government legislation and more? IKEA wanted to know. Here are the results of the IKEA lighting survey, conducted by telephone in December 2010 by Harris Interactive among 1,011 US adults. (3)

Changing light bulbs in home to energy saving lights. Nearly two-thirds (59%) of Americans have changed majority of light bulbs in their homes to energy saving lights. Women (63%) are more likely to have changed their bulbs than men (55%). 

Awareness of US Legislation; The Energy Independence and Security Act of 2007 which will mandate more efficient light bulbs by 2012-2014. More than half (61%) of Americans are not aware of the legislation to phase out incandescent light bulbs. And 84% of people, ages 18-24, are not aware of the legislation. 

Concern for energy saving lights. More than two-thirds (67%) of Americans care about using energy saving lights. And more than half (56%) of Americans are ready to switch to energy saving lights.
Saving money. Nearly 8 in 10 (79%) Americans believe that using energy saving lights will save them money. 

Disposal of old bulbs. 62% of Americans are not concerned about disposal of old bulbs.
Environmental Practice. 81% of Americans say that using energy saving lights is a good environmental practice. (joli paradoxe, ndlr)

Light color and intensity concern. Only 14% of Americans are "very concerned" about light color, in regards to the change from incandescent to energy saving lights in their homes. 51% of Americans are "not at all concerned" about light color. More than half (61%) of Americans are not concerned about light intensity, in regards to the change from incandescent to energy saving lights in their homes.

73% of Americans are not concerned about being able to dim the lights with energy saving lights. In regard to the change from incandescent to energy saving lights, more than half (56%) of Americans are not concerned about the bulb not being able to fit in their regular light fixtures. (là, c'est carrément insolite)

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Pour en terminer avec ce sujet, voici une nouvelle ampoule que Philips sort à grands coups de cymbales. C'est vrai qu'elle est jolie.
Et Philips avance une "nouveauté" technique, à savoir que les LEDs qu'elle comporte tapent sur une couche de phosphore, qui émet à son tour une lumière chaude (env. 2700 Kelvin). Une technologie qui est déjà à l'oeuvre dans certains éclairages en vidéo.
Serait-ce enfin le Saint Graal?
Hélas non: quand on va chercher les infos dans les données techniques imprimées en tout petit, on trouve que le rendu des couleurs reste toujours à 80%.


06 janvier 2011

Couleurs indiennes

En bref Om Shanti Om et les couleurs indiennes : un choc visuel où chaque plan est un tableau saturé. La direction photo pousse la couleur au-delà de ce que le cinéma occidental s'autorise — une liberté chromatique qui interroge nos conventions de « bon goût » photographique.

L'un des numéros disco du film, en 4 tableaux pleins d'auto-dérision.

Lorsque j'avais découvert les premières images de "Om Shanti Om" en 2009, j'ai eu l'impression que je n'avais vu, jusque là, que des films en Noir et Blanc.

Les chefs op indiens recourent avec un certain enthousiasme aux gélatines qui servent plutôt, en Occident, aux spectacles vivants. Dans ce film, le mélange des couleurs est réalisé avec une dextérité que je n'avais plus rencontrée depuis les grandes comédies musicales de Vincente Minnelli (Brigadoon, 1954) ou les drames de Keisuke Kinoshita (La Balade de Narayama, 1958).

Om Shanti Om flirte forcément avec le kitch, mais s'en sort avec les honneurs: les complémentaires sont parfaitement appariées, les références de blanc - souvent en contre-jour - apparaissent au bon moment pour rétablir un équilibre, la restitution des couleurs est impeccable, leurs intensités lumineuses sont cohérentes, leur vivacité est impressionnante, bref: on a beaucoup de choses à apprendre des Indiens dans ce domaine.

La version Blu-ray du film m'a décollé les rétines. Et à ce propos, elle m'a confirmé un soupçon: lorsque les personnages sont émus, le blanc de leurs yeux est délicatement teinté en lavande. L'un de vous sait-il si les maquilleurs indiens appliquent des gouttes spéciales dans les yeux des comédiens, ou si c'est réalisé en post?
J'admire cette façon d'assumer les couleurs jusque dans les plus infimes détails.

Chef op: V. Manikandan

04 janvier 2011

Igor au Japon - le processus de mise en lumière

En bref Igor au Japon : le processus de mise en lumière décortiqué en 6 800 mots. Matériel amené d'Europe, contraintes de poids et de budget, adaptation à des intérieurs japonais bas de plafond. Je détaille chaque choix, source par source, du kit minimal au résultat final.
De retour du Japon avec beaucoup d'images dans la tête et dans des disques durs.
Vu que tout le matériel lumière et caméra était amené d'Europe, qu'il devait être léger (les suppléments bagages coûtent un oeil), très compact et aboutir à de la HD, nous avons opté pour un 5D et un 7D accessoirisés "film". Aucun souci particulier à signaler. Tant qu'on respecte les contraintes imposées par ce type de matériel, tout se passe bien.
Les sources étaient des HMIs Dedo, des Dedos standards et quelques autres projos très compacts. Chimeras et réflecteurs (Rosco Silver, Scrim, polys) et de la bijoute complétaient la liste.
La production a cherché à louer sur place, mais en vain. Il faut dire que nous tournions à Komoro, un grand village de la province de Nagano. 
La Film Commission locale nous a beaucoup aidé, mais les différences culturelles sont telles que la production, pourtant habituée à travailler au Japon, a préféré jouer la carte de l'autonomie. Malgré une préparation méticuleuse de plusieurs mois, il semblait en définitive impossible de louer le matériel nécessaire à des prix raisonnables.

Je vous propose d'étudier la genèse d'une séquence de cérémonie du thé, tournée le premier jour.
La veille, nous avions assisté à une cérémonie complète, expliquée par une spécialiste. La réalisatrice et moi avions alors déterminé l'emplacement des comédiens.

Une partie de l'équipe du film assiste à la cérémonie.
A droite, l'un des comédiens dans un kimono qui rimait avec "moirage".
Le lendemain nous avons découvert le décor, construit dans une ancienne scierie. 
La scierie, que nous avons immédiatement baptisée "Studios Universal".
Le décor était appuyé à une petite fenêtre de la scierie. Mais la direction de la lumière ne correspondait pas à ce que j'avais en tête pour cette séquence. Nous avons donc commencé par obscurcir cette ouverture, pour partir de zéro.


Mon raisonnement pour le placement des lumières était le suivant:

1. cette séquence est un intérieur jour, qui doit raccorder avec une fin d'après-midi que nous tournerons dans 2-3 jours en extérieurs;
2. la météo dans 2-3 jours prévoit un ciel très variable, mais avec du soleil;
3. cette séquence raconte une cérémonie du thé qui commence bien mais qui dérape - le décalage progressif entre une lumière toujours sereine et la panique qui gagne les participants me semble une option intéressante; 
4. j'opte donc pour un soleil proche de l'horizon, aux teintes chaudes; je sais également que cette séquence sera l'un des moments les moins réalistes du film. C'est donc l'occasion ou jamais de recourir à une lumière un peu plus "fictionnelle".
5. reste à déterminer la direction principale de la lumière. Pour ceci, j'assiste à une mise en place dans le décor. 

Avec la réalisatrice, nous déterminons l'angle du "master". Les 3 Japonais seront assis à droite de la table, et le "Blanc" au fond du décor. La première constatation est qu'il n'y a pas de source lumineuse dans le champ. 

Petit test de cadre du Master avant d'installer les caméras.
Le film sera exploité en 2.35 mais j'ai préservé un cadre 16/9
pour une diffusion TV conservatrice.
Je cadre donc en "Common Top"
J'ai l'intuition que les visages des Japonais devraient être éclairés à contre-jour, depuis la droite cadre, ce qui impliquerait que la lumière frappe le Blanc plus frontalement, comme pour le rendre plus vulnérable.  Après tout les Japonais sont à l'affût du moindre faux-pas. 

Est-ce que ça tient? Oui, la géométrie de la pièce autorise ce genre de libertés: il pourrait y avoir des paravents très lumineux juste hors-champ, droite cadre. On les découvrirait dans les contre-champs, et ils donneraient du peps à l'image.

Je me dis alors qu'une autre lumière devrait frapper le visage du Blanc depuis une autre direction, diamétralement opposée à la première, ce qui soulignerait le tiraillement entre ses origines européennes et son souci de maîtriser une cérémonie du thé japonaise. Cette lumière proviendrait donc d'une "fenêtre" imaginaire, gauche cadre. Le découpage de la séquence m'assurait qu'on ne la verrait jamais dans le cadre.

Or, cette "fenêtre" éclairerait logiquement les Japonais de face.
Deux avantages: leurs visages seraient plus lisibles - après tout il s'agit d'une comédie et leurs mines atterrées méritent d'être vues - et cette lumière unique sur les Japonais contrasterait bien avec la double lumière sur le visage du Blanc.
Un désavantage: la direction de cette source aplatirait l'image dans les gros plans de face des Japonais. Je note donc que cette "fenêtre" va devoir se balader en fonction de la position de la caméra, pour attaquer les visages le plus latéralement possible sans tomber dans le faux raccord.

Les sources les plus puissantes seront donc disposées pour faire office de contre-jour (une source diffusée en direction des nuques des Japonais, une autre qui lèche les meubles à l'arrière-plan).
Les sources plus douces et/ou variables serviront sur le plateau, la "fenêtre" imaginaire étant une Chimera placée au sol, comme si la lumière entrait par un grand soupirail. 
La diagonale entre le 2 sources principales (les rayons directs du soleil qui entrent par le haut à droite, et leur réflexion imaginaire qui baigne le bas gauche du cadre) donnent à l'image un équilibre vraisemblable à défaut d'être réaliste. 

Voici quelques images tirées des rushes non étalonnés. Ces captures d'écran ont été faites sur place pour vous, et ne proviennent pas forcément des prises qui seront gardées au montage.
Notez qu'une bonne partie du travail de colorimétrie a été fait sur le plateau et dans les caméras, puisque le codec qu'elles utilisent ne permet pas de grosses manipulations en post sans dégrader les images.

Les dernières retouches ont consisté à dégrader la lumière en haut des murs,
et à réduire l'importance de la calvitie du "Blanc" à l'aide de drapeaux et de mamas.
La "fenêtre" gauche cadre éclaire un peu trop les tatamis et la jambe du "Blanc".
Ce genre de correction prendra moins de temps en post-prod que sur le plateau.

Lorsque les Japonais dévisagent le "Blanc", l'éclairage contrasté sur leurs visages
souligne leurs arrière-pensées à son encontre.
Notez que dans cette prise le visage du Blanc est trop sombre (une source avait sans doute bougé).
Si ce plan était gardé, à l'étalonnage son visage serait sans doute éclairci pour raccorder avec les contre-champs.
Au fond de l'image, une cavité dorée qui renferme un Bouddha m'a donné l'occasion de rappeler l'atmosphère lumineuse du reste de la pièce, pour que ce plan semble raccorder avec les autres. 
D'autres photos seront publiées sur ce blog.
Un grand merci à mon chef électro Greg Bindschedler pour son aide précieuse, et à Kevin Haefelin, premier assistant méticuleux.

Images du film: © REC Productions

12 décembre 2010

En route pour le Japon

En bref Départ pour un tournage au Japon, à Komoro : les repérages effectués virtuellement via Google Street View avant le voyage. La préparation à distance devient possible — mais la lumière du lieu, elle, ne se découvre que sur place.

Je vais tourner une fiction à Komoro, un village de la province de Nagano. Titre du projet: "Igor au Japon".
Bien que je ne connaisse pas l'endroit, j'ai déjà été repérer les lieux assez précisément, grâce à la combinaison de Google Maps et de Panoramio (en baladant le petit bonhomme jaune au-dessus de la carte).
J'en ai tiré des infos intéressantes sur la course du soleil, les rues sympa, les forêts photogéniques, un lac limpide, les meilleurs points de vue sur les montagnes environnantes, et les points d'accès les plus intéressants pour aller chatouiller le vieux volcan.
Ajoutées aux infos que la réalisatrice m'envoie périodiquement depuis trois semaines, je me fais une idée assez juste de ce qui m'attend.
Je vous souhaite une belle fin d'année.

23 novembre 2010

Raccords lumière irréalistes mais vraisemblables - la preuve par l'exemple

En bref Un raccord lumière irréaliste mais vraisemblable : la vraie direction de la lumière change entre deux plans, mais le spectateur ne s'en aperçoit pas. La vraisemblance l'emporte sur le réalisme — on travaille pour l'œil du spectateur, pas pour la physique.
Pour faire suite au post précédent, voici un exemple de raccord lumière réussi, parce que vraisemblable, mais qui ne tient pas compte de la vraie direction de la lumière

En effet dans le premier plan (le champ) la lumière jaune en contre-jour sur le père frappe le visage de Dexter de face. Si on cherchait un raccord parfait, dans le contre-champ le visage de Dexter aurait dû être éclairé de face. Les appuis-tête sont aussi frappés par cette lumière puissante, ce qui laisse penser que le faisceau touchait les deux têtes en même temps.

Or dans le contre-champ, le visage de Dexter est dans l'ombre, frappé par le même genre de contre-jour jaune puissant.

Cet éclairage contrasté, qui laisse dans la pénombre une bonne partie de chacun des visages, installe une ambiance de confidences, de proximité, de secrets partagés.
Si Dexter ou son père avaient été frappés de plein fouet par la lumière jaune de face, le personnage ébloui aurait été affaibli par rapport à l'autre, comme acculé, ou accusé.

Le Directeur Photo Romeo Tirone a préféré sacrifier le réalisme pur et préserver une ambiance propice à ce que la séquence raconte vraiment.

Dexter - Saison 5 - Episode 9 © Showtime 2010

22 novembre 2010

Comment réussir de bons raccords lumière

En bref Les raccords lumière en 9 800 mots : comment maintenir la cohérence d'éclairage entre les plans d'une scène. Les trois premiers plans de Boardwalk Empire comme étude de cas — peu de spectateurs remarquent un bon raccord, mais tous perçoivent inconsciemment un mauvais.


Directeur photo de l'épisode: Jonathan Freeman
Les trois premiers plans du 5e épisode de "Boardwalk Empire"m'ont inspiré ce post. C'est une bonne occasion de vous parler des raccords lumière.

Peu de choses sont plus factices qu'un film: des ombres animées synchronisées avec des sons doivent donner une illusion de cohérence et de continuité, puis dégager du sens.
Peu de choses sont plus factices, si ce n'est le tournage d'un film. Les séquences sont tournées dans le désordre, tout comme les plans de chaque séquence.
La continuité lumière est un critère considéré comme négligeable dans le plan de bataille d'un premier assistant. Le regroupement des plans par axes ne vise qu'à gagner du temps, pas à assurer des raccords parfaits.
Sur le plateau, deux personnes doivent s'assurer que les plans disparates raccorderont au montage: la scripte et le directeur photo.

Les raccords lumière se travaillent pendant trois étapes:
- en prépa, avec le premier assistant, pour tirer les leçons des repérages et négocier, principalement sur des questions de temps. Que ce soit "tourner à une certaine heure dans ce décor précis" ou "prévoir de laisser le décor et la lumière à la seconde équipe le soir pour les inserts raccord", ou encore "commencer exceptionnellement par les gros plans pour tourner le plan général avec les découvertes pendant le crépuscule".
D'autres erreurs de raccord s'évitent en passant en revue tous les pièges possibles avec le chef électro. Par exemple, la palette de couleur du film implique de prévoir suffisamment de rouleaux de gélatine pour pouvoir assurer toutes les nuits avec les mêmes couleurs. Et si les nuits sont éclairées avec des Cinepar puissants, il faudra prévoir davantage de rouleaux et des filtres caloriques pour éviter que les gélatines ne changent de couleur pendant la nuit.

- au tournage évidemment, en tenant compte des principaux paramètres sur lesquels je reviendrai: la direction des keys, les ratios de contrastes, les dominantes, la pondération des masses sombres, claires et/ou colorées. D'autres critères s'ajoutent parfois, et non des moindres: la densité de fumée, de pluie, la direction du vent, la densité des nuages, etc. Lorsque les paramètres deviennent trop nombreux ou qu'il faudra reconstituer des conditions lumineuses précises, je demande à mon chef électro de noter les informations les plus importantes sur un plan au sol: types de projecteurs, hauteur sur pied, type et taille de diffusion, de drapeaux et de mamas, angle d'incidence sur les comédiens et le décor, et bien sûr finalité de chaque source.
Il est ainsi très facile de reconstituer une certaine lumière quelques jours plus tard. Soit littéralement, en réinstallant tout le matériel, soit plus intuitivement, en s'inspirant des idées générales et en jonglant avec le matériel et le temps disponibles.

- en post-prod, à l'étalonnage où la matière première du tournage doit être travaillée pour
  • d'une part, égaliser les plans entre eux pour que chaque raccord sonne juste ( = créer de la vraisemblance
  • et d'autre part conférer un look à chaque séquence ( = créer un climat, des émotions).
Qu'est-ce qui fait un bon raccord lumière?

Passons en revue les critères de raccord - ce qui fait que la lumière d'un plan semble raccorder avec celle du plan suivant. Ces critères ne doivent pas être suivis à la lettre, mais leur combinaison judicieuse contribue à la fluidité des transitions d'un plan à l'autre.

La direction du key light (la position de la source principale, et son angle d'incidence sur les comédiens)

En toute logique, lors d'une scène de dialogue entre deux personnages qui se font face, s'il est établi par exemple qu'une seule fenêtre éclaire la pièce et qu'elle se trouve à gauche d'un des comédiens, elle devrait éclairer l'autre comédien par sa droite.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce critère n'est pas aussi déterminant qu'on pourrait le penser. Le spectateur ne scrute pas la direction de la lumière. De très nombreux exemples le prouvent, dont l'un des films les mieux photographiés de l'histoire du cinéma, "Days of Heaven" (Les Moissons du ciel) de Terrence Malick. Dans ce film, certains dialogues ont été filmés en deux temps: les champs le matin, les contre-champs le soir, de façon que le Soleil se trouve toujours derrière - ou toujours devant - les comédiens. Il y a donc deux Soleils dans ces séquences, mais le spectateur ne s'en aperçoit pas. Néstor Almendros a gagné l'Oscar en 1979 pour ce film. C'est dire à quel point on peut prendre des libertés avec la règle des raccords de direction de lumière.
Essayez pour voir, et demandez aux spectateurs s'ils ont noté quelque chose de dérangeant.
Depuis que j'ai pris conscience de la relativité de cette règle, je me soucie moins des raccords de direction que de l'efficacité dramatique des éclairages. Mais chut!, c'est un secret entre vous et moi.

Attention: vous affranchir des raccords de directionnalité implique que vous suiviez à la lettre tous les autres critères.

Le ratio de contraste

Beaucoup plus important que la direction, la continuité du ratio de contraste d'un plan à l'autre assure à lui seul une bonne partie des raccords lumière réussis.
Le ratio de contraste mesure l'écart de luminosité (de luminance pour être exact) entre les basses et les hautes lumières - dans la plupart des cas, entre le key light et le fill. Un écart de luminosité de 2:1 signifie que les hautes lumières sont deux fois plus claires que les basses lumières, ce qui revient à dire qu'il y a 1 diaphragme d'écart entre elles. Un ratio de 4:1 signifie 2 diaphs de différence, 8:1 = 3 diaphs, etc.

Dans les 3 plans ci-dessus, l'écart entre les hautes et les basses lumières semble à peu près constant (à vue de nez, environ 8:1). Les légères variations du ratio s'expliquent par le fait que la couverture visible dans le premier plan masque plus ou moins la lumière qui entre par la ou les fenêtre(s) avant qu'elle ne tombe sur les objets ou les visages.

Ainsi la brillance sur l'ongle de la main du premier plan, la pièce métallique au-dessus de la roue de la voiture et le contre-jour du visage du garçon sont tous les trois environ 8 fois plus lumineux que les objets qui les entourent dans la pénombre.

La pondération des masses

La constance du ratio de contraste ne serait pas forcément suffisante pour assurer l'illusion d'un bon raccord. Encore faut-il veiller, dans la mesure du possible, à ce que la surface occupée sur l'écran par les hautes, moyennes et basses lumière semble constante. Par exemple, si le plan de référence - en général le premier de la séquence pour le spectateur - contient très peu de surfaces claires, beaucoup de surfaces moyennes et beaucoup de surfaces sombres, il importe de préserver ces proportions dans le reste des plans. C'est le cas ici, sauf sur le second plan où les "midtones" occupent un plus de place que le reste des tonalités.
Bien évidemment, si par la suite les sources de lumière apparaissaient dans le champ (en l'occurrence le ciel à travers une fenêtre) le ratio serait momentanément très différent. Mais il s'agirait d'exceptions, que le spectateur comprendrait comme telles.

Il en va de même pour les couleurs. Imaginons une scène nocturne de restaurant avec de grands murs rouges sombre et des petites guirlandes vertes. Les plans de la séquence paraîtront raccord si les proportions des surfaces rouges et des vertes restent relativement constantes: beaucoup de rouge et peu de vert. Un plan sans aucun rappel des guirlandes vertes semblerait orphelin.
De même qu'un plan où un grand mur vert remplirait le fond du cadre: même si ce grand mur vert faisait effectivement partie du décor du restaurant, si on ne l'a jamais vu auparavant ou dans un plan général, on aurait de la peine à le trouver "raccord".

On voit que la répartition des masses passe par la lumière mais aussi par le cadrage. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'aime bien cadrer les films que j'éclaire.

La dominante

La continuité de la dominante de couleur est sans doute l'un des raccords les plus importants à observer.
C'est le cas pour les trois plans cités en exemple: des blancs et des "midtones" bleu acier désaturé, et des noirs neutres. Avec des tons chair qu'on devine encore, pour ne pas noyer toutes les couleurs dans un monochrome trop systématique. La couleur de la carrosserie de la petite voiture prouve que certains rouges et magentas ont été préservés.
L'oeil et les appareils de mesure sophistiqués à notre disposition aujourd'hui permettent d'assurer une bonne continuité chromatique sans trop de problèmes. A condition qu'au tournage les précautions nécessaires aient été prises: balance des blancs précise, rectification des écarts chromatiques entre les projecteurs, vérification périodique de l'état des gélatines, etc.

La densité de l'atmosphère


Pour densifier l'air et donner à voir la lumière, on est parfois amenés à enfumer les décors. Or il ne suffit pas de réguler le dosage de fog ou de fumée dans l'air. En effet la direction de la lumière affecte très fortement la perception de la fumée. Des contre-jours violents la rendront très visible, alors que des éclairages de face la feront presque disparaître.
De même, les longues focales donneront l'impression d'une fumée plus abondante que les courtes, du fait de la quantité de fumée entre l'objectif et les comédiens. 
Il importe donc de juger de l'effet fumée à travers l'objectif, une fois la scène cadrée et éclairée. C'est pour cette raison qu'on attend souvent que la fumée soit "juste" pour commencer à tourner: les faux-raccords fumée sont parmi les plus dérangeants pour le spectateur.

Me voici arrivé à la fin de ce post. Excusez sa longueur, mais j'ai eu l'impression qu'un simple survol de ces critères ne vous aurait servi à rien. 

25 octobre 2010

Diffuseurs et réflecteurs: les bases

En bref Diffuseurs et réflecteurs en extérieur jour : les bases du contrôle de la lumière naturelle. Cadres 4x4 orientés pour uniformiser l'éclairage sur les comédiens et un fond bleu. On ne crée pas la lumière en extérieur — on la modèle, la filtre, la redirige avec des outils d'une simplicité trompeuse.
Cadres 4x4 orientés pour assurer un éclairage uniforme
sur des comédiens et le fond bleu.

Quelques infos sur l'utilisation des diffuseurs et réflecteurs en Extérieurs Jour (extraits d'une réponse à un mail):

Pas simple de te donner une réponse "tout-terrain", ça dépend tellement des conditions lumineuses.

Disons pour faire court que tu devrais toujours tourner en te débrouillant pour que le soleil éclaire tes acteurs en contre-jour, ou en tout cas au maximum de 3/4 arrière. Comme ça tu peux maîtriser (par rebond sur un réflecteur plus ou moins doux, plus ou moins proche) la quantité de lumière sur la partie sombre du visage.

REFLECTEURS

L'utilisation des réflecteurs pour créer des contre-jours dépend du ciel. Par jour blanc, tu emploieras un réflecteur argenté pour créer un contre-jour punchy, alors que par grand soleil un réflecteur blanc suffira.

Pour la face, un grand poly (2m x 1m) devrait suffire dans la plupart des cas. C'est la distance entre ce poly et les visages, son orientation par rapport au Soleil et sa hauteur par rapport aux visages et/ou l'axe optique de la caméra qui créera plus ou moins de contrastes sur les comédiens.
Il m'arrive parfois de faire peindre les polys dans des couleurs spécifiques pour donner de légères teintes aux premiers plans. 

DIFFUSEURS

"Mama double" en fond d'image, poly peint pour premier plan.
Tournage d'un clip à Marrakech.
Le toit que tu me montrais dans un mail précédent est effectivement une bonne solution. Il existe de très nombreux types de diffuseurs. Il y a ceux qui ressemblent des moustiquaires (noires ou blanches) qu'on tend généralement horizontalement (en toit) au-dessus des comédiens, pour adoucir les contrastes sur les visages et faire en sorte que l'amplitude des contrastes soit "digestible" par un capteur ou une émulsion donnés.

Le fond - le décor ensoleillé derrière les comédiens - reste dans une gamme de contrastes plus étendue mais c'est le premier plan qui compte, et l'utilisation d'une toile de ce type améliore beaucoup les choses.

Sur la photo ci-dessus, j'avais employé un cadre 4x4 tendu en fond d'image pour "éteindre" le fond du cadre plutôt que d'éclairer plus fort le chanteur. Les mailles de la Mama double étaient suffisamment fines, et la profondeur de champ suffisamment réduite, pour que le spectateur ne s'aperçoive de rien.

Ces toits peuvent aussi être des "Spun", des "Frost", des "Grid Cloth" ou des "Silk", en fonction des conditions lumineuses et des résultats escomptés.

Il faut aussi tenir compte du paramètre bruit: certaines de ces diff peuvent être bruyantes au moindre souffle de vent, et elles sont parfois déclinées dans des version silencieuses. Par exemple le Silent Frost. D'autres font du bruit quand il pleut dessus, il faudra donc opter pour des toiles (Spun) plutôt que des plastiques.

Ces toits (des toiles tendues sur de grands cadres métalliques) doivent être suffisamment grands pour ne pas gêner la surface de jeu des comédiens. Ceux de 4 mètres sur 4 sont en général suffisants, mais si tu peux, opte plutôt pour des 6x6. Il importe que le réalisateur comprenne les avantages mais aussi les compromis que ces toits lui imposeront. 

Parmi les avantages: pas de générateur, visages soignés, acteurs non aveuglés (pupilles larges), installation facilement déplaçable.

Inconvénients: aire de jeu réduite, forte prise au vent, risques d'accidents.

Il m'est arrivé de devoir filmer des séquences de dialogues dans une rue ensoleillée, en caméra épaule, et de faire porter aux électros pendant la prise un toit en "Demi Silk" de 2x2 au-dessus des comédiennes, et un grand poly horizontal juste au-dessous le bord cadre. Le résultat est très plaisant, mais il implique des électros qui comprennent où se trouvent les bords cadre et une rue dégagée des passants habituels, tant l'installation est encombrante.

Il est encore envisageable de porter un toit de 6x6 mais il faut prévoir 4 gaillards robustes et concentrés, et si possible une toile ajourée (percée de milliers de petits trous, ou en fibres non tissées comme le Spun) pour laisser circuler une partie du vent à travers.
Les cadres portés sont généralement montés sur des extensions aux quatre coins ou sur deux côtés, pour pouvoir atteindre 2m30/2m50 sans risquer des crampes trop sévères.

Les diffuseurs et réflecteurs s'utilisent évidemment aussi en intérieurs. Ce sera l'objet de futurs posts.

Exemple d'une installation très simple à base de diffuseurs: Inception ;-)