09 janvier 2009

De l'utilité des sources puissantes



Ceux qui travaillent avec moi savent que je privilégie de plus en plus les sources puissantes. Pourquoi?
Pourquoi utiliser une ou deux grosses sources (10kW ou plus), plutôt qu'une petite dizaine de projecteurs?

Dans la nature, il n'y a qu'un seul projecteur. Le soleil éclaire uniformément la planète, en traversant des diffuseurs (l'atmosphère, les nuages, le brouillard, les rideaux de votre salon) et en rebondissant sur des réflecteurs (le sol, l'eau, les façades des immeubles, les vêtements des gens, les pages des livres qu'ils lisent, etc.).


Alors pourquoi ne pas l'imiter? De toute manière, toute notre culture visuelle est influencée par cet unique projecteur: la peinture, la BD, les images de cinéma, de pub ou de télévision sont conçues pour ne montrer qu'une seule ombre par objet ou personnage. Ce qui implique une source unique.

Cette source unique permet également de hiérarchiser plus facilement les composants d'une image. L'oeil est ainsi dirigé d'abord vers les éléments les plus clairs ou les plus vivement colorés, puis parcourt ensuite le reste de l'image. La maîtrise du parcours de l'œil dans une image fait partie de mon métier. Elle sert à raconter une histoire d'une certaine manière, en pointant tel détail ou en masquant tel autre.

Petite parenthèse sur ce sujet:
Au cinéma, le parcours de l'œil est d'autant plus important que les plans s'enchaînent: l'œil doit sauter d'une image à l'autre et trouver rapidement ses repères. C'est pourquoi on s'arrange, dans un champ/contre-champ par exemple, pour minimiser le parcours de l'œil d'un plan à l'autre en rendant la localisation des éléments du plan suivant prévisibles, dans une certaine mesure.
Avez-vous d'ailleurs remarqué que dans les séries américaines même les plus cinématographiques (Mad Men, 24, Damages, Pushing Daisies, Desperate Housewives), ainsi que dans bon nombre de long-métrages US, les gros plans des acteurs dans les C/C flirtent avec le centre de l'image? Le confort visuel est sensiblement amélioré. En Europe, on a plutôt tendance à utiliser toute la largeur de l'image, au nom de la composition du cadre. J'appartiens à cette seconde école, mais l'exemple nord-américain prouve qu'un plan peut être harmonieusement composé tout en privilégiant le confort visuel du spectateur.
Fin de la parenthèse.

Or donc, pourquoi préférer une source puissante? Je répondrais par une autre question: Quel est l'inconvénient de sources multiples?
Elles n'ont pratiquement que des inconvénients: temps d'installation, multiplication des possibilités de pannes, encombrement sur le plateau et dans l'image, câblages, difficulté de fixation, etc. Seul avantage: elles peuvent généralement se brancher sur le secteur d'un appartement sans faire sauter les plombs.

La source unique - si et seulement si elle est bien placée, en général loin des comédiens - remplit toutes les fonctions nécessaires: elle fait évidemment office de key, mais aussi par rebonds naturels de fill, et provoque des accidents de lumière qui "font vrai". Alors qu'on s'escrime, avec des petites sources, à recréer tous ces effets individuellement.

Exemple: après un repérage attentif, un 12 kW HMI placé à un endroit bien précis derrière une fenêtre, naturellement diffusé par un voilage et/ou teinté par des rideaux créera immédiatement une ambiance et mettra en relief les éléments choisis. C'est ensuite au cadre, avec le réalisateur, qu'on peut "faire son marché" à la recherche des positions de caméra qui sonnent juste en fonction de l'histoire. Mais le climat de la séquence existe déjà, et il est souvent plus aisé, pour les comédiens et le réalisateur, de sentir la scène dans la bonne lumière.

Naturellement, certains décors - et certains styles picturaux - ne conviennent pas à ce genre d'installation.
Je trouve tout de même que la question mérite d'être posée, surtout qu'une ou deux grosses sources coûtent aussi cher qu'une dizaine de moyennes/petites avec leurs fixations, alimentation et trépieds respectifs. Mais le gain de temps et le confort sur le plateau doivent aussi entrer dans l'équation. Or sur ce terrain, les gros projos gagnent haut la main.

C'est pourtant un réflexe que l'on a pas souvent de ce côté de l'Atlantique. Qu'en pensez-vous?

6 commentaires:

  1. Anonyme11.1.09

    bonjour, je renvois ton commentaire sur la source unique, au travail que robert Alazraki a proposé lors du workshop de l'AFC. Il utilise une source unique avec uniquement du borniol noir et une bande de papier blanc pour gérer les réflexions. Sa source unique est d'une puissance moindre que celle que tu proposes car son travail illustrait le visage dans la pénombre. Sa source étant utilisée en contre. Mais vous avez la même approche, et je dois dire que au vu des photos je préfère son installation à celles de ses collègues dont les rendus sur le plan final ne me satisfont pas.
    JF Tuso (opérateur, jftuso@tele2.fr)

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  2. Oui j'avais lu cet article (j'ai posté sur ce papier il y a deux semaines), ainsi que "Réflections", le formidable bouquin que Bergerie a sorti il y a qqs années, et qui renferme un chapitre sur la source unique. C'est un style parmi d'autres. Disons qu'au-delà du style, c'est aussi une option économique. Et malheureusement pas trop enseignée parce que "casse-gueule".

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  3. Anonyme12.1.09

    Bonjour Pascal,

    Cette question m'intéresse au plus haut point.
    Qu'en est-il selon vous, au sujet de la problématique suivante :

    "Int-nuit" et "Ext-nuit" ?

    Pour quel choix optez vous, s'agissant de l'investissement à consentir :

    - 1 ou 2 sources pour les prises de jour ?
    - lesquelles pour celles de nuit..?

    Dans l'attente de vous lire.
    Cordialement,

    GMDF
    maubrun07@gmail.com

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  4. Hulky17.1.09

    point de vue pragmatique et réaliste. Tout à fait d'accord.

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  5. Moisés Mendoza15.3.09

    Salut Pascal,

    Je pense aussi comme ça.

    C'est pour moi la manière la plus simple tout en restant très juste.

    Les autres choses viennent ensuite pour faire ressortir se qui doit être vu, travailler si il faut le volume et l'aspect graphique en général.

    Avec ça, tout devient plus facile. La lumière devient un jeu de ping pong.

    Moisés Mendoza

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  6. Anonyme15.3.09

    je suis d'accord aussi,
    mais tu dis que faire d'abord sa lumière est un confort pour la mise en scène, le cadre et les acteurs, mais ne doit-on pas en premier poser un cadre et ensuite faire la lumière pour empêcher sans cesse les changements de lumières?

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