10 avril 2011

Tests latitude d'exposition de la F3

En bref  Tests de latitude d'exposition de la Sony F3 : en attendant le S-Log qui étendra encore cette latitude, la caméra affiche déjà une dynamique prometteuse. Je compare les courbes de transfert — gamma standard versus Log — pour évaluer la marge de manœuvre en post-production.


Le site AbelCine a publié un test de la latitude d'expo de la petite dernière de Sony, la F3.
En attendant les S-Log qui étendront un peu plus cette latitude - ou du moins lui donneront davantage la réactivité d'un négatif film, pour 3000$ de plus - on constate qu'elle peut restituer correctement une amplitude lumineuse d'environ 11 diaphs, ce qui est relativement intéressant.

A voir les courbes, elle restitue mieux (avec plus de finesse) les zones entre le gris moyen et les noirs que les hautes lumières. Et d'après les tests que j'ai pu effectuer, c'est effectivement une très bonne caméra pour les situations où il faut "faire avec" l'éclairage existant.

A noter: les presets gamma sont bien étudiés. Le Cine 1 améliore le rendu des hautes lumières, alors que le Cine 4 est meilleur dans les pénombres.
Vidéo complète ici.

23 mars 2011

Etalonnage à 180°

En bref  L'étalonnage du film japonais révèle des alternances de séquences à dominantes complémentaires sur la timeline. Le grade ne corrige pas — il compose une partition chromatique où chaque scène dialogue avec les précédentes par la couleur.
La timeline révèle un recours à des alternances de séquences à dominantes complémentaires.
L'étalonnage du film tourné au Japon - dont je vous avais déjà parlé - est à présent terminé.
Pour des questions d'encombrement, de poids et de coût, ce film a été tourné en 5D et 7D accessoirisés.

En prépa, j'avais insisté sur le fait que le codec H.264 ne permettait qu'une intervention limitée à l'étalonnage. C'est la seule vraie contrainte des formats "amateur": il est impératif de savoir à l'avance dans quelle direction stylistique on compte aller en fin de chaîne.

La réalisatrice m'avait donné des directives et des références réalistes. 
Pendant le tournage j'ai donc éclairé et cadré réaliste.

Une fois le montage terminé, arrive le temps de l'étalonnage. Et comme ça arrive souvent, le film ayant "mûri", les direction stylistiques ont changé: la réalisatrice demande que les images évoquent un conte.

Heureusement j'avais opté pour des ISO très prudents (autour des 100) qui conféraient aux noirs une certaine finesse de trame. 
Avec l'étalonneur nous avons pu concrétiser les désirs de la réalisatrice en suivant quelques principes stylistiques des contes: couleurs plutôt saturées, contrastes (en luma et en chroma) expressionnistes, recours aux couleurs complémentaires, etc.

Certains plans avaient déjà un aspect un peu stylisé, et se prêtaient à une colo radicale. Par exemple dans ces deux séquences d'aube, qui étaient à l'origine grises et peu contrastées, on a pu jouer avec des turquoise et des contrastes appuyés, tout en gardant du "noir détail".

Le film s'envole actuellement vers les comités de sélection des grands festivals.

Titre: Chasse à l'âne de Maria Nicollier
Etalonnage: Grading Room
Logiciel: Da Vinci Resolve
Etalonneur: Robin Erard

02 mars 2011

Palette chromatique des films en un clin d'oeil

En bref  Moviebarcode résume la palette chromatique de films entiers en une seule image : chaque plan réduit à sa dominante, aligné chronologiquement. Matrix vert, Amélie Poulain jaune-rouge — une façon de « lire » la direction photo d'un film en un clin d'œil.
Matrix © 20th Century Fox


Le site Moviebarcode propose de résumer la palette chromatique de films connus (ci-dessus, celle de "Matrix") en tirant de chaque plan ses dominantes.
Pas besoin de commentaire supplémentaire, si ce n'est la constatation que les films occidentaux sont relativement monochromatiques par rapport aux films asiatiques. Ci-dessous, "Hero".

Hero © Beijing New Picture Film Co.

28 février 2011

Oscar 2011 Meilleure Photo: Inception

En bref  Oscar 2011 de la meilleure photo : Wally Pfister pour Inception. Un choix surprenant pour un film à effets spéciaux massifs — mais la photo de Pfister, tournée en pellicule et avec un maximum d'effets réels, défendait précisément l'inverse de ce qu'on imagine.
WINNER: Wally Pfister (Inception)
Matthew Libatique (Black Swan)
Danny Cohen (The King's Speech)
Jeff Cronenweth (The Social Network)
Roger Deakins (True Grit)

Un choix bizarre, mais sans doute une consolation pour un film qui n'a reçu aucune récompense majeure.
Content aussi que l'imposture "Black Swan" ait pris fin, et qu'un petit film anglais remette les têtes à l'endroit.

25 février 2011

La parole en images: "Le Discours d'un Roi"

En bref  Le Discours d'un Roi photographié par Danny Cohen : des images au service de la parole. Cohen travaille les cadres et la lumière pour que le spectateur ressente physiquement l'enfermement et la libération du personnage — la claustrophobie lumineuse comme métaphore du bégaiement.


L'un des aspects les plus attachants de ce film ce sont ses images, signées Danny Cohen. Ce chef op anglais - que j'avais découvert sur quelques épisodes de la minisérie "John Adams" - fait beaucoup parler de lui depuis qu'il est nommé pour l'Oscar de la meilleure photo pour "Le discours d'un roi".  Un outsider beaucoup plus intéressant qu'il n'y paraît à première vue. En tout cas un vrai artisan.

A première vue en effet, si quelque chose saute aux yeux dans ce film, ce sont ses cadrages audacieux (ultra grands angles et décentrements "autistes") plutôt que sa lumière. Danny avait déjà recouru aux très courtes focales dans John Adams, et c'était parfaitement réussi. Pas évident de placer un acteur à 30 ou 60 centimètres d'un très grand angle.

"There always was a degree of trust on set, and we never wanted to shoot them in an unflattering way. It came down to fitting the right lens with the right actor so that we could put the audience right in front of their face. The whole film is about language and not being able to speak, and Tom wanted that intimacy, to pull the audience into the story. It's as if you can feel Colin's breath on your face."

"What's great about Master Primes is they have an insane range of lenses, from 10, 14, 16, 18, 21, 25, 27, 33—a huge spread, which gives you a good choice. What's peculiar is that even though the jump in the lens size is 3 millimeters, just by having that degree of choice, it can change the complete angle of view and how the face films."


Ces courtes focales ont également servi dans les plans généraux d'extérieurs:



Mais une vision plus attentive du film permet de détecter des finesses d'éclairage qui donnent une vraie personnalité aux images.


Cet antichambre obscur donne la gamme chromatique du décor complet: jaune pâle et vert. Notez que ni le visage ni le sol ne semblent fortement affectés par les vitres vertes. Cette touche verte - il fallait oser - empêche ces images de sombrer dans la banalité, ou le réalisme stérile.


Lorsque la porte s'ouvre, les raccords chromatiques sont déjà en place: verrière verte et luminaires jaune pâle. Les grands angles en mouvement ajoutent une certaine étrangeté aux images. On pense parfois à du Welles ("Le Procès").




Traitement de faveur pour le personnage féminin: même décor, mais la caméra passe en focale moyenne.


Ces verrières vertes sont décidément étranges, et révèlent que le maître des lieux est sans doute un original. Ce qui se vérifie rapidement. Une couleur qu'on retrouvera plus tard dans le film, lors de la longue séquence dans l'abbaye de Westminster.
Ce cadrage très frontal peut faire penser à du théâtre filmé. Mais les séquences qui se passent dans ce décor sont tellement bien découpées qu'on en oublie cet aspect.


Ces plans généraux qui respirent révèlent un système d'éclairage inhabituel.

"All the lights were outside of the room, and I kind of liked shooting that way, particularly because it also gave the actors a sense of added freedom. We weren't pinning them down amongst a forest of lights; it was just really the camera and the operators with them in the room."



Contrairement à ses dires, sur les gros plans féminins, Danny a visiblement ajouté des lumières autour de la caméra. Le key light haut placé ne peut pas provenir de la fenêtre. De plus il est diffusé, et adouci par un fill qui ajoute une petite touche de vie dans les yeux.



Mais ce qu'on retiendra surtout du film, ce sont les décadrages, qui laissent des vides étranges autour des personnages, et contribuent à entretenir cette atmosphère décalée.




L'équipe image au grand complet. Bonne chance à eux pour les Oscars!


Interview tirée de Studio Daily online.

22 février 2011

La question du reflet du wind-up

En bref  Le reflet du wind-up dans une vitre : un problème classique qui révèle la tension entre lumière idéale et contraintes de plateau. Il faut souvent choisir entre la position parfaite de sa source et l'absence de reflet parasite — un compromis permanent.


Pendant une prise, ça commence souvent comme une petite agitation autour du combo. Dès le "coupez", c'est l'effervescence: "On voit le reflet du wind-up!" Tous les regards se tournent vers le Chef op ou le Gaffer. Qui se dirigent vers le moniteur pour voir la prise. Une jolie prise: l'actrice était parfaite et le mouvement de caméra très juste. 
Dans son coin, l'ingé son annonce à qui veut bien l'écouter que cette prise était de loin la meilleure. Mais autour du combo, personne ne l'écoute. A la fin du plan, juste avant que la comédienne ne quitte le champ, on voit... 
Quelqu'un appuie sur "pause".
- Là!
- Quoi?
- Cette ligne verticale grise.
- ...
La scripte est péremptoire:
- C'est le reflet du wind-up* dans l'armoire.
- Oui et alors? C'est une ligne parallèle à la porte de l'armoire, ça pourrait être n'importe quoi dans la pièce.
- En l'occurrence, c'est le wind-up. Faut le bouger.

Le réalisateur, décontenancé par toute cette agitation, se range à l'avis de la scripte. Le premier assistant me demande alors, inquiet, "Combien de temps?"

La question que j'aborde dans ce post est plutôt: "Faut-il VRAIMENT bouger ce wind-up?"
Faut-il impérativement éliminer tous les reflets, ombres et brillances (du matériel ou de l'équipe) qui apparaissent à l'image, au risque de perdre du temps, de rater un moment magique, de compliquer l'install', ou de déconcentrer les acteurs?

Jusqu'à récemment, ma réponse était toujours "oui". Sans même réfléchir. Même si ça impliquait cinq minutes de modifs pour préserver, envers et contre tout, le climat de la séquence.

Comme je cherche la simplicité, chacune des sources que j'installe est cruciale. Sa puissance, son emplacement, son pointage, ses accessoires, tout est réfléchi en fonction des contraintes et du rendu final.
Lorsque mon équipe place une source, je fais bien évidemment un check de tous les reflets et ombres portées qu'elle implique, en fonction du cadre. Si je choisis d'assumer un reflet, c'est que je juge qu'il ne sera perceptible que par des gens de cinéma.
Quel spectateur pointe les lunettes de soleil de DiCaprio en s'écriant: "Reflet de Chimera!"?

Au cinéma, je ne suis pas du genre à relever avec un sourire moqueur les faux raccords et le matériel qui traîne dans le champ. Je laisse ça aux spécialistes en Goofs qui listent tout ça avec une ténacité effrayante dans les fiches de l'IMDB. 

Mais mon oeil détecte - c'est plus fort que moi - les ombres, marques, reflets et traces qui révèlent l'équipe et le matériel mobilisés pendant un plan. Et le record en matière de traces visibles, ceux qui semblent se ficher comme d'une guigne du reflet de Chimera, ce ne sont ni les Français, ni les Belges ou les Sud-Coréens. Ce sont les Nord-Américains. Dans les films à budgets pharaoniques. Des films qui se tournent sur 4 mois ou plus, avec des équipes de centaines de personnes hyper-spécialisées, attentives aux moindres détails. Des films où l'on s'imagine que le reflet d'un wind-up sur une armoire serait jugé comme une faute grave, passible de la Cour Martiale.

Dans "Transformers - Revenge of the Fallen", un film budgeté à 200 mio de dollars, les ombres caméra sont légion. Et pendant une conversation téléphonique entre Sam et sa copine, on voit clairement un grand projecteur Fresnel sur son pied dans la chambre de Sam.
Ne me dites pas que personne ne l'a vu sur les 4 ou 5 moniteurs de contrôle du plateau. S'est-il trouvé quelqu'un pour pointer le moniteur, faire une remarque et stopper le tournage? Bien évidemment, non. Pourquoi? Parce que chez les pros, chacun assume ses responsabilités.

Et vous, aviez-vous détecté ce gros Fresnel dans la chambre de Sam? Il y a de fortes chances que non.
Je vous l'accorde, "Transformers 2" n'est pas un chef-d'oeuvre mais ça n'est pas le sujet. C'est un film qui a réuni sur son plateau plus de 500 des meilleurs techniciens de Hollywood.

Alors, au risque de passer pour un chef op psycho-rigide et non professionnel, la prochaine fois qu'on me demandera de virer un reflet que je juge acceptable, je réfléchirai avant de lancer des instructions. Et je répondrai sans doute, le plus calmement possible, "Non".

Et vous, quelle est votre opinion sur le sujet?

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Pour synthétiser: c'est clair que ça pose la question du perfectionnisme, qui est un défaut pour certains (la Prod, le Premier) et une qualité pour d'autres (la Réa). Il faut trouver un équilibre, et c'est justement en laissant tomber les détails que le spectateur ne verra pas.

* Un wind-up est un trépied métallique massif, qui se déploie à l'aide d'une manivelle. Une fois chargé et déployé, il est difficile à déplacer.
Je comprend le regard inquiet du Premier Assistant.


21 février 2011

Deakins, pour le plaisir



Cette année, l'Oscar sera pour lui. Passage intéressant dès 6:00.
Pour ceux qui lisent cet article sur FB, voici le lien vers le film: http://youtu.be/5hzlDmlE0wA

Le trailer ci-dessous est mieux étalonné que la bande-annonce d'Apple. Pour mieux savourer les images, coupez le son.

17 février 2011

CRLS (Cine Reflect Lighting System) en action

En bref  Le CRLS (Cine Reflect Lighting System) de Christian Berger en action : le système de réflecteurs qui lui a valu le Ruban blanc, ici détaillé pour la première fois. Une innovation technique née d'une contrainte artistique — éclairer sans projecteur visible, avec la seule lumière réfléchie.


Le système de réflecteurs popularisé par le chef op autrichien Christian Berger (pressenti pour l'Oscar 2010 avec Le Ruban Blanc) est ici pour la première fois exposé sous toutes les coutures.
Le film est froidement démonstratif et peu engageant, mais je pense que ça vous intéressera de démystifier ce système dont beaucoup de gens vantent les mérites sans l'avoir testé.
On en voit les avantages, mais on devine aussi ses inconvénients.

08 février 2011

Cesars 2011 - nominations

En bref  Nominations aux Césars 2011 : Beaucarne, De Luze, Edelman, Fleury, Goldman. Le César de la meilleure photo, moins médiatisé que l'Oscar, récompense une tradition française de l'image qui a ses propres codes et ses propres valeurs esthétiques.
Puisque j'ai mentionné les Oscars, voici les nominations au Cesar de la meilleure photo.
Perso je vote pour Edelman, mais je n'ai pas vu le Tavernier.

Christophe Beaucarne, AFC, SBC, pour Tournée de Mathieu Amalric
Caroline Champetier, AFC, pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
Pawel Edelman pour The Ghost Writer de Roman Polanski
Bruno de Keyzer, BSC, pour La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier
Guillaume Schiffman, AFC, pour Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar

Résultat le 25 février.

25 janvier 2011

Oscar 2011 meilleure photo - les films en lice

En bref  Nominations Oscars 2011 de la photo : Libatique (Black Swan), Pfister (Inception), Cohen (The King's Speech), Cronenweth (The Social Network), Deakins (True Grit). Cinq approches radicalement différentes qui montrent l'étendue du spectre de la direction photo contemporaine.
Les nominations pour les Academy Awards 2011:

“Black Swan” Matthew Libatique
“Inception” Wally Pfister
“The King's Speech” Danny Cohen
“The Social Network” Jeff Cronenweth
“True Grit” Roger Deakins

Libatique semble avoir fait un joli travail sur Black Swan, mais Deakins reste mon favori. Je ne vois rien de spécial à la photo de Social Network - il y a même des erreurs d'étalonnage assez voyantes - ni à celle d'Inception. 

Mais c'est juste mon avis perso. Quel est le vôtre?

True Grit, photographié par Roger Deakins © Paramount Pictures

17 janvier 2011

Buried - lumières dans un cercueil

En bref  Buried de Rodrigo Cortés : comment éclairer un film entièrement tourné dans un cercueil ? Chaque source lumineuse doit être justifiée — briquet, téléphone, Cyalume — et suffisante pour exposer un capteur. Un tour de force de direction photo sous contrainte maximale.

Question: comment fait-on pour éclairer un film qui se passe entièrement dans un cercueil, à deux mètres sous terre?
Réponse: on munit le personnage d'un maximum de sources lumineuses, tout en restant vraisemblable. 

Le scénariste et le réalisateur du film "Buried" ont du penser très tôt au problème de la lumière, pour l'intégrer d'une manière fluide au récit. Le résultat est très convaincant, et je pense que jamais le public ne sent les sources additionnelles. Il y en a pourtant, mais toujours justifiées par la lumière activée par le personnage. 
Réussir un tel pari passe aussi par le comédien, qui doit comprendre les besoins du chef op et justifier des mouvements parfois bizarres pour rester éclairé.

Si je n'oublie rien, voici la panoplie de l'enterré vivant:
- une lampe de poche (avec faux contact et filtre rouge amovible pour exacerber les effets dramatiques). Dominante jaune ou rouge.
- un Zippo, dominante jaune.
- un téléphone cellulaire à large écran, dominante bleue prononcée.
- deux bâtons lumineux, dominante verte.
- une petite bouteille d'alcool, pour provoquer un mini incendie. Dominante jaune.

La combinaison de ces sources (en alternance ou en parallèle) a donné au chef op Eduard Grau la possibilité de graduer ses effets avec beaucoup de finesse. Ces lumières, toujours mobiles et couplées à des cadres originaux et une profondeur de champ très réduite, modèlent le comédien, accentuent la tension et rendent ses émotions lisibles, et palpables.
Les contrastes de couleurs, entre les dominantes froides et chaudes, amènent une belle variété aux images et contribuent à balayer toute lassitude visuelle.

Et puis bien sûr il y a les ténèbres. Un vrai noir total, qui participe à l'épouvantable sentiment de claustrophobie. Un nouvel exemple de ce que l'absence de lumière peut receler d'expressivité, en laissant le spectateur tout seul, face à son imaginaire. 

Toutes les photos sont "cliquables", pour les voir en grand.

Ryan Reynolds en flagrant délit d'auto-éclairage. Le rebond contre les parois du cercueil adoucit le faisceau.
Un moment plus "mental", soit-disant généré par la lampe de poche. A ce moment du récit, un tel éclairage est impossible, mais l'état du personnage fait "passer" cette entorse à la vraisemblance.
Justifiée par l'écran du mobile, la lumière additionnelle sur le visage - presque de face - est en l'occurrence aussi audacieuse qu'efficace. 
Cette jolie source, douce et non aveuglante, a aussi le mérite de nous sortir un moment de la dominante jaune de la lumière du Zippo.

Dans certains plans, les parois distantes du cercueil sont éclairées par d'autres sources, mais les raccords de couleur et de direction rendent la chose invisible.
Lorsque la lumière s'éloigne du cadre, le personnage semble plonger dans des doutes effrayants. 
Les reflets sur le métal de la lampe signalent une autre lumière. Sans doute un fill.

Autre moment de solitude.

Réalisateur - Rodrigo Cortés
Directeur Photo - Eduard Grau
Scénariste - Chris Sparling

16 janvier 2011

Sony F3 - première approche

En bref  Premiers tests de la Sony F3 : un prototype prometteur qui annonce une caméra compacte à grand capteur. J'évalue résolution, latitude, rendu des couleurs et bruit en basse lumière — les critères qui déterminent si une caméra mérite de remplacer la RED ou l'Alexa.
Mires, fleurs artificielles, moniteurs: à n'en pas douter, il doit s'agir d'un test caméra... 
J'ai eu la chance de pouvoir tripoter, avec quelques amis chefs op, l'un des deux prototypes de la PMW-F3 qui circulent en Europe à l'heure actuelle. Organisée par Visuals Switzerland sous la houlette de Charly Huser, la séance était suffisamment intimiste pour que nous puissions observer le dernier-né de Sony sous toutes ses coutures.

Tous les menus ne fonctionnaient pas encore, mais pour résumer, il s'agit d'une sorte de XDCAM EX très compacte, avec un bon gros capteur (CMOS, format S-35), une bande passante étourdissante et la possibilité de fixer des montures PL via une bague d'adaptation. Une double sortie SDI devrait permettre d'exporter un signal non compressé. 

Une partie des innovations annoncées ou intégrées à l'EPIC font leur chemin chez Sony, dont des objectifs qui transmettent les métadonnées au support. Objectifs qui n'existent pas encore. La nouvelle monture Sony a le désavantage d'introduire encore un nouveau standard. On verra bien s'il rencontre le succès.

Dans tous les cas, la définition est bluffante et la restitution des couleurs semble à première vue excellente. Pas aussi précise toutefois que celle de l'Alexa. Mais il s'agit là d'une impression.
Bref, une nouvelle caméra crédible est née. Moi qui n'étais pas très fan de Sony, je m'incline.

Le site repaire.net a lui aussi approché la bestiole. Plutôt que de vous répéter les données techniques et la prise en mains, je vous donne le lien: c'est ici, et c'est intéressant.


Cette visite était aussi pour moi l'occasion d'approcher un nanoFlash, un recorder genre Kipro qui permet de court-circuiter les codecs de compression internes des caméras et d'enregistrer un signal très propre. Connectique impressionnante, léger, et très puissant. Le site du fabricant (attention, il fait mal aux yeux).


Et enfin pour terminer, le moniteur installé sur la F3 était un PVM740, c'est-à-dire un joli moniteur OLED. Très belle restitution des nuances et des teintes, à presque 180°. Seul bémol: le flickering des diodes, qui donne à l'image un rendu électronique. Ce qui ne doit pas déplaire à Sony...

Pour ceux que ça intéresse, et pour autant qu'une résolution Vimeo puisse être parlante, Jason Wingrove a tourné quelques images prétexte avec la nouvelle Sony. C'est par ici.

10 janvier 2011

Honeycomb - nid d'abeilles

En bref  Le nid d'abeilles (honeycomb) sur une Chimera : un accessoire qui dirige la lumière douce sans la durcir. Sans honeycomb, la lumière d'une softbox se répand partout ; avec, elle est canalisée — comme un faisceau de projecteur, mais sans les ombres dures. L'outil idéal pour contrôler le spill.
A gauche, une Chimera munie de son nid d'abeilles. Comme vous le constatez, la lumière est dirigée vers le comédien, mais pas vers nous.

Les sources douces ou adoucies par des diffuseurs ou des réflecteurs ont un défaut: elles sont trop larges. Dès qu'ils sortent d'un diffuseur, les photons s'éparpillent joyeusement dans tous les sens. Seuls certains d'entre eux suivent une trajectoire vraiment utile: celle dans l'axe du projecteur.
Pour dompter ces lumières douces, on utilise entre autres des nids d'abeilles. On en trouve d'office sur les Kinoflos ou les Soflights, par exemple. Mais j'en utilise aussi sur les Chimeras, et parfois sur les grandes toiles de diffusion tendues sur des cadres - les butterflies en 2x2m, 4x4m ou 6x6m.

De la densité du maillage et de la profondeur des alvéoles dépendront respectivement la quantité de lumière et son rayon de dispersion. Si les alvéoles sont trop nombreuses, elles font barrage et réduisent considérablement la puissance de la source. Plus elles sont profondes, plus le rayon de dispersion de la lumière est réduit.

Là où le nid d'abeilles devient très intéressant, c'est lorsque les comédiens, les diffuseurs et les décors sont trop proches les uns des autres: une Chimera braquée sur le comédien, par exemple, éclairerait le comédien et le mur derrière lui. Dans ce cas, je pivote sur son axe la Chimera munie d'un nid d'abeilles de façon que seul le comédien soit touché par la lumière de la Chimera. Il sera donc baigné d'une belle lumière douce et modelante, tandis que le mur juste derrière lui sera maintenu dans l'ombre. Ca s'appelle utiliser les "marginaux" d'un rayon lumineux, c'est-à-dire sa périphérie. 
C'est l'une des nombreuses utilisations des nids d'abeilles. Grâce à eux, on évite également des "flares" ou des reflets dans les décors.
Couplés à des drapeaux et des mamas, ils permettent de ciseler les lumières douces pour bénéficier de leur modelé sans subir leur trop grande dispersion.

09 janvier 2011

Fin des ampoules à incandescence - les chiffres qui consternent

En bref  IKEA bannit les ampoules à incandescence — et les chiffres qui les remplacent consternent. Les LED d'IKEA affichent des IRC (indices de rendu des couleurs) médiocres qui altèrent notre perception des visages et des espaces. La fin de l'incandescence est une perte esthétique que l'industrie de l'éclairage refuse de reconnaître.


Je suis passé chez IKEA hier. J'avais lu leur communiqué de presse d'il y a quelques jours, dans lequel ils se vantaient d'être le premier grand groupe d'aménagement d'intérieur à bannir définitivement  l'ampoule à incandescence.  
Piqûre de rappel dans leurs magasins: au rayon luminaires, il n'y a plus que des LEDs, des fluocompactes et des halogènes. Et de la propagande.
Les arguments principaux sont l'économie réalisée sur le long terme, et le geste écologique. 

Le contre-argument habituel était le fait, d'ailleurs avoué par les fabricants, que 20% des couleurs du spectre disparaissent sous un éclairage LED ou fluocompact.

IKEA a voulu en avoir le coeur net et a commandité un sondage sur 1000 foyers nord-américains.

Le chiffre qui m'a consterné est que seuls 14% des sondés se disent "très préoccupés" par la modification ou la disparition des couleurs dues au changement de lumière à leur domicile.
Pour enfoncer le clou, 51% des personnes interrogées s'en fichent éperdument.

Ce qui signifie, à vue de nez, que seul un tiers des gens sont conscients des couleurs qui les entourent. 

On pourrait donc suggérer à IKEA, pour son prochain catalogue, d'abandonner les flashes et les HMIs et d'éclairer tout son assortiment avec des LEDs et des tubes Fluos. Les rouges et certains verts deviendraient grisouille, les jaunes tourneraient au vert, certains oranges disparaîtraient, et tous les articles seraient légèrement mauves. 
Mais qui s'en soucierait?

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Les chiffres du communiqué de presse:

What do consumers think about this phase out, upcoming government legislation and more? IKEA wanted to know. Here are the results of the IKEA lighting survey, conducted by telephone in December 2010 by Harris Interactive among 1,011 US adults. (3)

Changing light bulbs in home to energy saving lights. Nearly two-thirds (59%) of Americans have changed majority of light bulbs in their homes to energy saving lights. Women (63%) are more likely to have changed their bulbs than men (55%). 

Awareness of US Legislation; The Energy Independence and Security Act of 2007 which will mandate more efficient light bulbs by 2012-2014. More than half (61%) of Americans are not aware of the legislation to phase out incandescent light bulbs. And 84% of people, ages 18-24, are not aware of the legislation. 

Concern for energy saving lights. More than two-thirds (67%) of Americans care about using energy saving lights. And more than half (56%) of Americans are ready to switch to energy saving lights.
Saving money. Nearly 8 in 10 (79%) Americans believe that using energy saving lights will save them money. 

Disposal of old bulbs. 62% of Americans are not concerned about disposal of old bulbs.
Environmental Practice. 81% of Americans say that using energy saving lights is a good environmental practice. (joli paradoxe, ndlr)

Light color and intensity concern. Only 14% of Americans are "very concerned" about light color, in regards to the change from incandescent to energy saving lights in their homes. 51% of Americans are "not at all concerned" about light color. More than half (61%) of Americans are not concerned about light intensity, in regards to the change from incandescent to energy saving lights in their homes.

73% of Americans are not concerned about being able to dim the lights with energy saving lights. In regard to the change from incandescent to energy saving lights, more than half (56%) of Americans are not concerned about the bulb not being able to fit in their regular light fixtures. (là, c'est carrément insolite)

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Pour en terminer avec ce sujet, voici une nouvelle ampoule que Philips sort à grands coups de cymbales. C'est vrai qu'elle est jolie.
Et Philips avance une "nouveauté" technique, à savoir que les LEDs qu'elle comporte tapent sur une couche de phosphore, qui émet à son tour une lumière chaude (env. 2700 Kelvin). Une technologie qui est déjà à l'oeuvre dans certains éclairages en vidéo.
Serait-ce enfin le Saint Graal?
Hélas non: quand on va chercher les infos dans les données techniques imprimées en tout petit, on trouve que le rendu des couleurs reste toujours à 80%.


06 janvier 2011

Couleurs indiennes

En bref  Om Shanti Om et les couleurs indiennes : un choc visuel où chaque plan est un tableau saturé. La direction photo pousse la couleur au-delà de ce que le cinéma occidental s'autorise — une liberté chromatique qui interroge nos conventions de « bon goût » photographique.

L'un des numéros disco du film, en 4 tableaux pleins d'auto-dérision.

Lorsque j'avais découvert les premières images de "Om Shanti Om" en 2009, j'ai eu l'impression que je n'avais vu, jusque là, que des films en Noir et Blanc.

Les chefs op indiens recourent avec un certain enthousiasme aux gélatines qui servent plutôt, en Occident, aux spectacles vivants. Dans ce film, le mélange des couleurs est réalisé avec une dextérité que je n'avais plus rencontrée depuis les grandes comédies musicales de Vincente Minnelli (Brigadoon, 1954) ou les drames de Keisuke Kinoshita (La Balade de Narayama, 1958).

Om Shanti Om flirte forcément avec le kitch, mais s'en sort avec les honneurs: les complémentaires sont parfaitement appariées, les références de blanc - souvent en contre-jour - apparaissent au bon moment pour rétablir un équilibre, la restitution des couleurs est impeccable, leurs intensités lumineuses sont cohérentes, leur vivacité est impressionnante, bref: on a beaucoup de choses à apprendre des Indiens dans ce domaine.

La version Blu-ray du film m'a décollé les rétines. Et à ce propos, elle m'a confirmé un soupçon: lorsque les personnages sont émus, le blanc de leurs yeux est délicatement teinté en lavande. L'un de vous sait-il si les maquilleurs indiens appliquent des gouttes spéciales dans les yeux des comédiens, ou si c'est réalisé en post?
J'admire cette façon d'assumer les couleurs jusque dans les plus infimes détails.

Chef op: V. Manikandan