17 mai 2010

Infiniti 2.0

En bref  Nouveau tournage Infiniti, deux ans après : le matériel et les contraintes ont changé, mais les surfaces métalliques posent toujours le même défi fondamental — on n'éclaire pas une carrosserie, on éclaire son reflet.

Début d'un tournage d'une semaine avec les nouveaux modèles d'Infiniti (le haut-de-gamme de Nissan).
Il y a deux ans on tournait le même genre de spot, mais depuis le matériel et les contraintes ont changé.

Je listerai ici les options retenues, et les raisons qui les ont motivées.

05 mai 2010

L'écran TV comme source lumineuse

En bref  Simuler l'éclairage d'un écran TV dans un salon : je détaille trois méthodes avec leurs avantages et inconvénients — LED changeante, Kinoflo gélatine, ou vrai écran. L'enjeu n'est pas la fidélité physique mais la crédibilité émotionnelle : le spectateur doit « sentir » la télévision sans la voir.

Une séquence récemment filmée. Il manque le "point chaud" à l'arrière-plan.
© bad taste pictures


Florian me demande comment simuler un éclairage émanant d'un poste TV dans un salon. Il dispose soit de mandarines, soit de lampes de chantier.

Extrait de ma réponse:

Pour la lumière dégagée par la TV, il existe diverses solutions. J'en explore une pour que tu comprennes la logique.
Dis-toi pour commencer que la lumière de la TV ne doit pas être la source la plus puissante de la pièce. Ca ne serait pas crédible, et surtout pas très beau, parce que l'axe de la caméra et celui de la lumière coïncideraient presque, ce qui donnerait une image très plate.

Je pense qu'il faut que tu détermines, quelque part au fond de l'image (en tout cas au fond de l'axe le plus fréquemment utilisé), un point très lumineux (l'abat-jour d'une lampe ou un reflet sur du métal), si possible légèrement flou pour ne pas attirer trop l'attention, mais pour donner un contrepoint à la relative pénombre du premier plan. Tu pourrais d'ailleurs renforcer cet effet par une petite pointe de contre-jour sur l'un des côtés du visage du personnage qui regarde la tv. Un contre-jour qui proviendrait de la direction de la lumière, au fond du plan.

Du coup, tu éclairerais ton personnage en rebondissant une mandarine, gellée en bleu (un bleu différent du bleu CTB pour ne pas faire "lumière du jour") sur un petit poly en bas de l'image par ex (si la TV est placée au sol). Les volets de la manda seraient relativement fermés pour ne pas laisser passer trop de lumière.
Il faut vraiment préserver une sorte de pénombre douce au premier plan, c'est-à-dire que le personnage doit être sous-exposé de plus d'un diaph par rapport à ce que la caméra te "conseillerait".

Pour faire varier l'intensité lumineuse, tu fais bouger des caches - d'une taille à déterminer, mais ça pourrait être tes mains protégées de la chaleur par des gants d'électro - entre la manda et le poly.
Fais varier la lumière de façon aléatoire. Imagine le montage et l'action du film qu'il est en train de voir. 

Sur le visage d'un type qui regarde la TV, la lumière change de deux façons:
- brusquement, lorsqu'on passe en cut d'un plan à l'autre et que ces deux plans ont des intensités lumineuses différentes
- continûment, pendant un pano ou un plan où l'intensité lumineuse change de par un déplacement

En imaginant le film et en voyant la lumière bouger sur son visage, tu trouveras de toi-même un certain rythme, très réaliste.

NOTE: la teinte bleue qui émane d'une TV est une convention, mais c'est aussi logique puisque les postes sont souvent réglés sur des températures de couleurs proches de celle du jour (5600°K).

28 avril 2010

Le mot de Gordon

Comme pour clore - provisoirement - le débat sur l'excès stérile de perfectionnisme dans la profession, American Cinematographer citait aujourd'hui sur FB le grand Gordon Willis:

25 avril 2010

Vive l'imperfection!

En bref  Pamphlet pour l'imperfection : la quête obsessionnelle de perfection technique dans le cinéma contemporain produit des images cliniquement mortes. Le grain, le flare, le léger décadrage — ces « imperfections » sont ce qui donne aux images leur humanité et leur vibration.
Je me lance dans un petit pamphlet. Prenez-le comme tel. Je force un peu le trait pour me faire comprendre, mais le but est de provoquer un débat, pas d'asséner ma vérité.

Il n'existe pas d'antonyme à "perfectionnisme". Je propose donc "imperfectionnisme". C'est ma nouvelle religion en matière de technologie. Alors que l'iPad ignore délibérément les fonctions qu'on attendrait d'un ordi portable, et que les photographes accros aux mégapixels commencent à avouer que cette compétition ne mène nulle part, je trouve qu'en matière de caméras et d'objectifs, la course à la perfection technologique a assez duré.

Aujourd'hui on filme en ultra-haute définition avec des objectifs méga-piqués mais ensuite - horrifiés par les imperfections sur le visage de la jeune première, et déçus par le manque de caractère des images - on diffuse, on dégrade, on nivelle et on granule.

Pourquoi rejeter des objectifs qui vignettent et qui "flairent" (ouch, le vilain néologisme!) alors même qu'on trouvera les images trop cliniques sur le banc d'étalonnage? Rejeter un vieil objectif sous prétexte d'imperfection, c'est comme rejeter une pomme "bio" parce qu'elle est un peu difforme (certes, mais tellement plus savoureuse qu'une pomme parfaite), ou choisir un chien en fonction de ses gènes et non de sa "personnalité".
Bien sûr, certains objectifs méritent de rester sur les étagères, tout comme les pommes blettes ou les roquets hargneux. Et bien sûr, il y a une bonne raison de préférer les objectifs "parfaits" aux autres: ils permettront d'assurer les raccords visuels lorsque plusieurs lentilles auront servi à filmer une même séquence. Mais je veux exprimer quelque chose de plus général, un véritable ras-le-bol du "plus-que-parfait".

Aujourd'hui les vendeurs de plasmas/LCD font croire aux clients qu'une télé 600Hz (600 rafraîchissements par seconde) est bien meilleure qu'une 100Hz. Alors qu'à l'évidence, vous voyez bien que le visage de Johnny Depp est tellement rafraîchi qu'il ressemble à du plastique et que le galion pirate paraît avoir été filmé en vidéo entrelacée dans une pataugeoire.

Parti en vacances à Split (Croatie), j'ai laissé mon Canon de 15 mégapixels à la maison. Je me balade avec mon "vieil" iPhone 3G et une application photo qui tente de retrouver le look argentique et les aberrations optiques des vieux appareils. Tout y passe, que ce soient les erreurs de labo, les taches de vieillissement, le virage des couleurs, le vignettage, les contrastes trop forts des émulsions inversibles, etc.
Eh bien, je trouve que ces photos imparfaites sont souvent bien plus intéressantes que ne le seraient des images prises avec un 6x6 numérique muni du meilleur objectif du marché.



Toutes proportions gardées, je retrouve dans ces images "moins-que-parfaites" un peu de cette magie que j'aime dans certains films de l'Est. Des oeuvres hongroises, tchèques ou polonaises - des pays où l'on voue à l'image un véritable culte. Souvenez-vous des stupéfiantes images que Slawomir Idziak avait créé pour "Tu ne tueras point" en 1988, "La Double Vie de Véronique" en 1991 ou Gattacca en 1997. Diffractées, "abimées", colorées, certes. Mais combien plus évocatrices et envoûtantes que ne l'auraient été des reproductions fidèles - en 4K et en relief - de ce que l'équipe voyait sur le plateau?

Alors? Pensez-vous qu'il est temps de revendiquer l'imperfection comme quelque chose de profondément humain - en accord avec notre façon de voir le monde - ou au contraire êtes-vous un partisan de l'ultra-réalisme - définition maximale, piqué absolu et relief 3-D?

17 avril 2010

Plage, Ext. Nuit

En bref  Extérieur nuit sur une plage dans LOST : un plan nocturne réussi malgré le défi de l'absence de source lumineuse justifiée. John Bartley éclaire la plage sans que le spectateur se demande d'où vient la lumière — l'art de la crédibilité nocturne.

Juste pour le plaisir des yeux, un très bel extérieur nuit tiré du dixième épisode de la dernière saison de LOST. Dir. Photo: John S. Bartley.

Ce plan est d'autant plus réussi que les plages nocturnes sont très difficiles à mettre en lumière. Les vagues éclairées depuis la plage ont toujours l'air plates puisque seule l'écume est illuminée, l'eau restant très noire. Placer un projecteur au large est trop compliqué et donnerait l'impression que l'île n'est pas déserte.

Ici, ce sont les très fines gouttelette de la brume marine qui captent la lumière et font exister l'atmosphère tout en débouchant les noirs du ciel et de l'eau.
La brume et l'écume permettent de silhouetter l'homme, tandis que la femme se découpe également contre la brume et le sable. Un projecteur gauche cadre augmente l'effet du feu sur la femme, et harmonise la colorimétrie en offrant un contrepoint chaud au bleu métallique ambiant.
Cette composition cadre/lumière m'a paru à la fois si simple et si belle que je voulais la partager avec vous ;-)

16 avril 2010

Lester et Edmond: bilan

En bref  Bilan des premières de Lester et Edmond : plusieurs centaines de spectateurs pour des courts-métrages — étonnant et encourageant. Le format court attire un public quand l'ambition visuelle est au rendez-vous. Retour détaillé sur les choix de lumière et leurs résultats sur grand écran.
Les premières publiques de Lester et Edmond sont maintenant derrière nous. Les deux projections ont attiré plusieurs centaines de personnes, ce qui est étonnant pour des formats courts. Merci à tous ceux qui m'ont donné leurs impressions, elles me sont extrêmement précieuses pour ajuster plus finement le tir, qu'elles soient positives ou négatives.

Les discussions que j'ai avec les membres de mon équipe tournent autour de sujets (le grain apparent, la saturation, la restitution de la gamme de tonalités, le respect du format 2.35, etc.) dont le public se fiche éperdument. La majorité des défauts qui me font grincer des dents passe totalement inaperçu même auprès de confrères professionnels.
En revanche certaines remarques attirent mon attention sur des points inattendus. La façon dont le public "absorbe" un film est en tout point fascinante. C'est quelque chose qui dépasse la logique, et pose des questions vraiment essentielles.

Mais au-delà de ces projections en particulier, je voulais tirer un bref bilan de ces deux aventures parce qu'elles sont similaires: tournage en RED, post-prod sur RAIN et shoot sur négatif depuis les images 4K anamorphosées.

- La définition est étonnante, meilleure que celle de la plupart des copies standard qu'on voit dans les cinémas. C'est sans doute dû au workflow du labo, puisqu'un "négatif numérique" permet de sauter les étapes interpositif/internégatif qui dégradent les images;

- Les couleurs sont un peu plus saturées que prévu, surtout dans les oranges. Je savais que le labo film contraste un peu les images ce qui densifie les couleurs, mais le pic dans l'orange reste un mystère à éclaircir. Enquête en cours;

- La pellicule ajoute un petit grain souvent bienvenu. C'est sans doute une habitude visuelle du XXe siècle;

- Les deux films flirtent avec les basses lumières. Du coup les artefacts du capteur de la RED apparaissent sur la copie 35mm si les points de tirage ne sont pas rigoureusement justes. C'est LA zone dangereuse quand on tourne avec ce genre de capteur. Il importe donc de bien ajuster tous les maillons de la chaîne de post-prod pour être confiant qu'un "noir" dans la zone des 10% (par exemple) apparaisse gris très sombre sur la copie 35mm;

- Toujours au rayon des basses lumières, il est important de savoir en-dessous de quelles valeurs les noirs seront "clippés", c'est-à-dire que toutes ces valeurs plus basses disparaîtront dans un noir total. Dans le cas des deux films pré-cités, cette valeur tournait autour des 7%. Nous nous sommes arrangés pour faire disparaître les artefacts du capteur en-dessous de cette valeur. Sur certains plans très sombres les artefacts dépassent un peu cette zone et commencent à poindre le bout de leur nez. Ces quelques plans requièrent un soin tout particulier, en l'occurrence:
a. un ajustement fin des les valeurs de sortie de l'étalonnage numérique (clippage plus haut)
b. le choix de l'émulsion de la copie d'exploitation (Standard ou Premium) et
c. le réglage précis des points d'exposition au labo film.
Certains de ces points sont encore en réglage à l'heure où j'écris ces lignes. Les copies ultérieures seront légèrement rectifiées. Les leçons tirées de la mise en place du workflow serviront à tous les projets qui suivront cette filière RAIN > Arane / Gulliver Paris.

Le réglage est très fin parce que le choix de la pellicule influence directement la façon dont les noirs plongent vers des valeurs très basses. Le bruit révélé par un clippage plus bas pourrait disparaître avec la Premium alors qu'il serait visible sur la Standard, et exigerait une sous-ex de 2 points sur la tireuse du labo.

- Pour dompter ces zones critiques, j'essaie dans la mesure du possible de ne pas tourner à pleine ouverture, pour pouvoir contrôler très précisément les zones sous-ex sans flirter avec le bruit du capteur. Ca n'est évidemment pas toujours possible, vu que dans l'esprit des prods, un tournage en pénombre ne requiert pas beaucoup de lumière. C'est l'inverse qui est vrai.

13 avril 2010

Les démons d'Edmond

En bref  Les Démons d'Edmond de Christophe Perrier : tourné en RED, étalonné sur RAIN chez Freestudios. Le court-métrage suisse comme laboratoire d'expérimentation pour des chefs opérateurs qui peuvent y prendre des risques visuels impossibles sur les productions commerciales.


Christophe Perrier vient de terminer son court-métrage "Les démons d'Edmond" (je sais, mais il est très fier de ses jeux de mots).
Tourné en RED et étalonné sur RAIN chez Freestudios.
Labo film: Arane, Paris.

Exploitation en 35mm scope (2.35) à partir d'images 4K anamorphosées sur toute la hauteur du négatif, ce qui aboutit à des images extrêmement piquées. L'alternative aurait consisté à "letterboxer" les images, qui auraient occupé la moitié de la hauteur du négatif.
Le grain de la pellicule ajoute quelques chose d'indicible aux images, certains diraient une âme.

Première projection publique dans un cinéma de Genève: le CAC Voltaire, dans la Maison des Arts du Grutli, ce jeudi 15 avril à 18:15. Entrée libre. Christophe se rachètera de ses jeux de mots douteux en offrant des vins valaisans lors de l'apéro post-projo.

PS: Le film sera projeté par la suite dans bon nombre de festivals. Le précédent opus de Christophe avait concouru au fameux New York Film Festival, où il avait inauguré la nouvelle salle de cinéma numérique.

09 avril 2010

Morsure de rappel


Est-il possible que vous ne sachiez pas que vous êtes cordialement invités à la première de Lester, le nouveau court de Pascal Forney? Elle aura lieu le mercredi 14 avril au cinéma Atlantic (Lausanne) à 20:30. Entrée libre. Le film sera projeté en 35mm scope.

Dès 18:00 Arnaud Gantenbein et Pascal Forney donneront une conférence qui s'annonce assez virtuose, puisqu'ils feront le tour de ce qu'implique la fabrication d'un court-métrage de genre, de la première idée à la première projection.

Détails sur imaginastudio.com.

06 avril 2010

Light Quiz: The Ghost Writer

En bref  Quiz lumière sur The Ghost Writer de Polanski : deviner le type d'éclairage, les sources utilisées, la direction de la lumière à partir des images du film. Un exercice que tout étudiant en cinéma devrait pratiquer — lire une image pour y retrouver l'intention du chef opérateur.
Allez, un petit jeu:

Dans The Ghost Writer, le décor de l'intérieur de la maison de Pierce Brosnan semble avoir été construit en studio. Je devine que c'est à Babelsberg (je n'ai encore rien lu sur le tournage mais je suis resté au bout du générique).
Une pièce est souvent filmée, celle qui montre la vue sur les dunes herbeuses battues par les vents, à travers une grande vitre.

Un détail permet d'être certain que la lumière qui provient de l'extérieur de la pièce n'est pas celle du jour gris que l'on voit à travers la fenêtre. Quel est ce détail?
A quoi devrait ressembler le dispositif d'éclairage qui simulait le jour gris?

Plus tard dans le film, l'extérieur de l'avion de Brosnan est fréquemment éclairé par une certaine source. Laquelle et à quoi le voit-on?

C'est le Polonais Pawel Edelman qui a éclairé le film, et je suis très admiratif de son travail (grain maîtrisé, couleurs délicates, belles lumières douces et contrastées sur les visages). Quelques petits soucis à l'étalonnage dans les noirs de certains plans, mais on ne va pas bouder notre plaisir. Allez le voir au cinéma.
_____

J'ai l'impression que vous séchez.
Premier indice pour repérer les sources de l'intérieur jour: cherchez dans les reflets. Un gros accessoire brillant vous mènera sur la piste.
Deuxième indice: cherchez dans la bande-annonce. Par exemple, dans ce plan:


Exact Tof, la réponse à la question est le cendrier. Pendant la projection du film, on voit clairement 3-4 rectangles lumineux (Chimeras? Wall-O-Lite?) entourés de noir se refléter au fond du grand cendrier. C'est tout le noir autour de ces quelques sources de lumière qui révèle que la scène était éclairée par tout autre chose que par le "jour blanc" que l'on voit à travers la vitre. 
Ceci dit, j'aime beaucoup le parti-pris d'Edelman de contraster les éclairages intérieurs plutôt que d'imiter servilement un vrai jour blanc, qui aurait amoindri les contrastes et fait penser à un docu ou un film réaliste, mais pas à un thriller.

Reste la deuxième question: quelle source Edelman a-t-il utilisée pour éclairer le jet privé de Brosnan lorsqu'il est sur le tarmac?

C'est encore Tof qui a trouvé: c'est un ballon éclairant Airstar Tube. L'avantage en l'occurence est qu'on peut le faire voler au-dessus de l'avion sans risque pour la carlingue. Un cadre aurait été un peu plus dangereux, et moins éclairant puisque la lumière aurait été réfléchie contre une toile plutôt que diffusée par un ballon.
Vous pouvez admirer l'oiseau sur cette page.

Alors, trop difficile ce concours?

04 avril 2010

Masterclass Series - l'éclairage de studio

En bref  Masterclass Kodak : Donald McAlpine et Denis Lenoir éclairent indépendamment les mêmes scènes en studio, sans savoir ce que l'autre a fait. L'exercice révèle que deux chefs opérateurs de haut niveau, confrontés au même problème, trouvent des solutions radicalement différentes — et tout aussi valables.




Cette nouvelle MC de Kodak Australie est consacré à l'éclairage de studio.

Donald McAlpine (lien imdb) et Denis Lenoir (imdb) y donnent chacun un cours de trois jours, sans savoir ce que l'autre a fait, sur cette pratique très particulière qu'est la mise en lumière d'un décor "factice".

Pour un chef op, travailler en studio c'est disposer de la liberté - parfois angoissante - de commencer un éclairage à partir du noir absolu.
Toutes les questions qui se posent dès lors peuvent mener vers des images radicalement différentes.

En plus des questions d'ambiance, de raccords ou de logique, il importe de donner au décor une vraisemblance, de faire exister les murs et les accessoires pour faciliter chez le spectateur ce que les anglo-saxons appellent "the suspension of disbelief", l'acceptation du factice comme quelque chose de vrai.

Les antiques VHS que j'ai digitalisées ont parfois mal vieilli. Dans la seconde partie le son saute d'un mot à l'autre de façon précipitée. Mais l'essentiel est sauvegardé.

Bon visionnement!

http://tinyurl.com/Masterclass-Studio - ce lien expirera début juin 2010.

Masterclasses - dates de péremption

En bref  Les Masterclasses Kodak sont menacées de disparition — les liens meurent, les fichiers deviennent introuvables. Un patrimoine pédagogique irremplaçable en voie d'extinction numérique, alors que la transmission du métier de chef opérateur dépend de ces documents où l'on voit des maîtres travailler en direct.
A la demande d'un lecteur du blog, je viens de remettre en ligne la Masterclass que Dean Semler avait animé autour de son travail sur "Dances With Wolves".
http://tinyurl.com/Masterclass-Semler

Les liens que je fournis sont provisoires, pour plusieurs raisons. L'une d'entre elles étant que je n'ai pas la conscience très tranquille en publiant ces vidéos sans en avoir l'autorisation. Une autre bonne raison est que j'ai envie de faire de la place sur le serveur Yousendit. L'option que j'ai souscrite pour vous me coûte une dizaine d'euros par mois, et je suis limité à un certain nombre de Gb.

Je mets donc ces films à votre disposition à une condition: vous les téléchargez dans les deux mois qui suivent la mise en ligne du post.

Si l'un d'entre vous aimerait les rendre accessibles ad aeternam sur son serveur, qu'il me donne l'URL et je renverrai les retardataires sur son site.
Merci de votre compréhension ;-)

31 mars 2010

The Pacific

A voir actuellement, les premiers épisodes de la nouvelle série de HBO, The Pacific.
Essayez de le voir en 720p. Le souci du détail, dès le générique, vaut la peine d'être admiré en "HD".

C'est Remi Adefarasin qui chefope. On en reparlera.

21 mars 2010

Direction de la lumière: un cas pratique

En bref  Direction de la lumière, cas pratique en 9 000 mots : d'où la lumière devrait-elle provenir ? La question fondamentale qui structure tout plan de cinéma. L'analyse détaillée d'un éclairage de scène, source par source, avec les raisons de chaque choix — un cours magistral sous forme de blog.
Que ce soit sur un plateau ou en donnant un cours, je me rends bien compte que l'une des questions les plus importantes est le placement des sources.
D'où est-ce que la lumière devrait provenir, et dans quelle direction devrait-t-elle frapper?

Les réponses à ces deux questions en apparence simplistes ont un impact majeur sur les images finales. Bien davantage que le choix de la caméra ou des objectifs.

Paradoxalement, ce domaine crucial est aussi le moins aisé à expliquer. A moins de s'en tenir à des généralités (la règle des trois points et autres recettes de base), on ne peut qu'effleurer la complexité des raisonnements en jeu.
Je me suis souvent demandé ce que ça donnerait si je pensais à haute voix sur un plateau. Il y a tant de compromis - techniques, artistiques, humains, ainsi que le respect du timing - que les idées se télescopent à toute vitesse, à la recherche de solutions à la fois simples et "payantes".

Une occasion s'est récemment présentée d'aborder très concrètement la question du placement des sources. Il s'agit de questions qui me sont parvenues par e-mail.

David, étudiant à 3is, me demandait de porter un regard critique sur la lumière d'un court-métrage.
J'ai commencé par lui répondre ceci (extraits):

"Ensuite je suis moins fan des séquences d'appartement. Je les trouve sur-éclairées. Le plus difficile, quand on éclaire un plateau, c'est d'avoir la force d'éteindre des projecteurs et de ne garder que celui, ou ceux, qui sont essentiels.
Je pense que tu gagnerais à te focaliser sur la simplicité, en commençant par octroyer à chaque projecteur une mission, et une seule.
Puis de déboucher les ombres pour diminuer, si nécessaire, les contrastes au premier plan."

Sans se démonter, David m'a proposé de préciser mes pensées en me basant sur deux captures d'écran. Cliquez dessus pour les voir en grand format.

 

Il a également précisé qu'il voulait évoquer un atmosphère quotidienne, "neutre". Et m'a demandé de ne pas tourner autour du pot pour commenter ces images ;-)

Voici donc des extraits de ma réaction à ces deux extraits:

"Ce qui me frappait en voyant le film, et maintenant que j'ai deux images devant les yeux, c'est la timidité des choix, l'absence fréquente de hiérarchisation dans l'image.

- d'une part parce qu'il n'y a pas de sensation de richesse tonale, les hautes lumières étant grises (surtout flagrant et tristounet sur les visages).

- d'autre part, la lumière ne guidant pas l'oeil dans l'image, elle ne reflète pas ton point de vue, ta lecture du sujet filmé, la façon dont tu aimerais qu'il soit vu et interprété par le spectateur.

C'est particulièrement vrai pour le plan général de l'appart. Tout est visible, même ce qui est moche (le contraste de couleur entre la porte et le mur) et inutile (les bibelots dans l'étagère).

En choisissant une direction de lumière AFFIRMEE (cf mon mail précédent), tu aurais hiérarchisé ton image sans pour autant lui ôter son aspect "soirée banale".

par exemple, sur le plan de l'appart:

une fois qu'il est cadré, tu dois te poser des questions fondamentales:

- que veux-tu voir? qu'est-ce qui est important? quelle ambiance installer?
- que veux-tu cacher? qu'est-ce qui est irrelevant? qu'est-ce qui distrairait l'attention?

Pour ce plan, le décor n'étant pas terrible, il y a beaucoup de choses à dissimuler: le mur du fond et l'étagère à droite. Ca fait au total plus des 3/4 de la surface de l'image.

Ce qui plaiderait pour une lumière relativement directionnelle.

Le problème est que tu désires une ambiance plutôt neutre (mais qu'est-ce que ça veut dire, d'ailleurs?).
Il y a clairement un conflit entre tes intentions et le décor à disposition. comment résoudre ça?

A première vue, je vois deux solutions, que je trouve en me posant deux questions:

- quelle serait la lumière idéale dans cette partie de la pièce, pour cette séquence particulière?


- quelles seraient les sources lumineuses "Off" qui pourraient justifier un éclairage réaliste, puisque tu veux rester dans le réalisme?

Je commencerais par répondre à la seconde question en imaginant comment ce coin de l'appartement pourrait être éclairé au naturel:

- j'imaginerais un plafonnier, dans le coin au-dessus de la porte d'entrée, qui émettrait une lumière un peu diffuse mais dirigée, en douche, de façon à éclairer l'acteur en douche et la fille qui entre avec un angle flatteur.

- pour éclairer le reste de la pièce, je verrais bien qu'un lampadaire assez haut, toujours en off, pourrait avoir été placé dans le prolongement des étagères, à droite cadre. Sa lumière raserait les étagères sans éclairer les bibelots, et éclairerait le mur du fond.

Mais pour assombrir ce vilain mur, je placerais un grand drapeau à l'horizontale, toujours droite cadre, pour dessiner une ombre floue qui laisserait dans la pénombre une bonne partie du mur du fond. Ce genre de "toit" (cette délimitation horizontale entre la lumière et l'ombre) fait beaucoup pour instaurer une ambiance cosy et permet de masquer en partie les murs trop blancs.

Dans les plans moyens et les gros plans qui pourraient suivre, la partie haute du mur (qui est donc dans la pénombre), me faciliterait également la séparation entre le comédien, éclairé, et le mur plus sombre. Sa tête se détacherait plus naturellement du mur.

Pour imiter les deux sources "naturelles" que j'évoquais, j'utiliserais par exemple un petit Kinoflo avec nid d'abeille en douche au plafond vers l'entrée (qui éclairerait la porte mais très peu le mur du fond), et à droite cadre, assez haut, une Chimera moyenne sur un Fresnel 4K, ou deux Blondes côte à côte dans une cage à lumière, et diffusées au 250 (avec le grand drapeau à 1 ou 2 mètres de cette source pour dessiner une ombre plus ou moins nette sur le mur du fond).

J'installerais également derrière la caméra une ambiance douce, qui donnerait un niveau général à toutes les zones trop sombres.

Je pars du principe que tu as un petit budget. Si tu pouvais te le permettre, je te conseillerais de travailler en HMI, avec un Pancake sur Bug 400 à l'entrée, et un 1200 kW (ou un 2.5kW) Fresnel avec Chimera moyenne à droite cadre. Cette dernière source doit être assez puissante puisqu'elle sera plutôt dirigée vers le sol (elle en rebondira en donnant un certain niveau de fill), et que je n'utiliserais que sa lumière résiduelle (ses "marginaux" comme on dit) sur le comédien.

Voilà qui résout ton équation: tu vois ce qui se passe, tu focalises sur ce qui est important, tu établis une certaine ambiance réaliste, et tu assures un minimum esthétique en dissimulant ce qui est laid ou irrelevant.

Note que tu pourrais imaginer que toute la scène soit éclairée par la lumière qui sort d'une pièce (imaginaire, mais réaliste, la cuisine par exemple), gauche cadre. Le hall d'entrée serait dans l'ombre, et le gars irait répondre à la porte en sortant de la "cuisine".
Cette lumière forte et directionnelle découperait un rectangle plus ou moins flou dans tout le hall d'entrée, et aurait le mérite d'éclairer frontalement l'actrice quand elle entre dans la pièce. Je pourrais toujours relever l'ambiance dans les parties trop sombres de la pièce en ajoutant un fill.

Cette source pourrait être un Fresnel 2K ou 4K dont j'aurais fait enlever la lentille, pour découper des ombres nettes.

Ce qui nous amène au gros plan de la fille.

Ce qui frappe tout de suite c'est son nez (un peu grand) et son chemisier (trop blanc).

L'éclairage latéral ne convient que rarement aux filles. Ici il fait ressortir son nez, en le modelant, et souligne la ligne de séparation entre les pommettes et la zone au-dessus de la bouche.

Avec ce type de morphologie, mieux vaut privilégier les éclairages de face et d'en haut, toujours diffusés. Que ce soit totalement frontal ou 3/4 face, à toi de découvrir les mystères de chaque visage en baladant une petite source (PAR16) autour et en notant les angles interdits. Mais arrange-toi pour que ta source soit plus haute que le visage (en tout cas pour ce visage précis).

Et aussi que le visage soit plus clair, plus "lumineux". La peau caucasienne, en particulier celle des filles, devrait être aux alentours d'un diaph plus claire que le gris moyen de ton plan. Ce qui n'est pas le cas dans l'image que tu m'as envoyée, d'où cette impression terne.

Une fois le visage éclairé, pour éviter de faire exploser les blancs de la chemise, utilise une mama double ou une petite diff genre 1/2 silk pour couper une partie du flux du projecteur.

Ce qui me frappe dans le gros plan de la fille c'est le fond. Le décor parle des personnages, or le choix des couleurs, des formes et des objets me semble un peu trop aléatoire. Elle est trop proche de ce fond. Il faudrait l'abstraire. Soit en reculant la caméra, et avec une longue focale flouter le décor, soit en le laissant dans la pénombre, soit en cadrant la fille ailleurs dans la cuisine.

Dans les étapes standard d'un tournage, le cadre précède la mise en lumière. Or il arrive souvent qu'un cadre soit influencé par le type d'éclairage que l'on prévoit d'installer. C'est un processus itératif, qui fait partie des nombreuses questions à pondérer quand on attaque un nouvel axe.


Le film en question s'intitule "Vendredi soir". Réalisé par Jonathan Placide, produit par Falcon Movies.

13 mars 2010

"Decay Light" - la lumière dans les décombres

En bref  La lumière dans les décombres urbains : 30 photos de délabrement qui prouvent que les lieux abandonnés sont des studios d'éclairage naturel. Murs éventrés qui laissent entrer des rais de soleil, pénombres poussiéreuses, textures exacerbées — la ruine offre gratuitement ce que je construis artificiellement.

© Sven Fennema (lien vers son site)

© cazpoo (lien flickr)

En parcourant les 30 meilleures photos de délabrement urbain de WDL, je me dis que la lumière joue un rôle capital dans une bonne majorité d'entre elles.

Observez ces photos, analysez les directions de lumière, ce qu'elles révèlent et ce qu'elles dissimulent.
Demandez-vous quelles sources pourraient remplacer la lumière du Soleil pour arriver aux mêmes effets.
Analysez les contrastes, débusquez les "fills" naturels, ces rebonds qui débouchent les ombres.

Si ces photos pouvaient être prises de nuit, comment les éclaireriez-vous? En imitant le Soleil ou en réinventant une toute autre atmosphère? Quelles stratégies, avec quels moyens, dans quel but?

Lire et interpréter la lumière globale d'une scène, qu'elle soit fixe ou mobile, dans la vie quotidienne ou au cinéma, c'est pour moi un exercice quotidien et captivant. Je vous encourage à le pratiquer assidûment ;-)

Tournage en Canon 7D

En bref  Premier tournage en Canon 7D avec filtres de diffusion sur l'objectif : un appareil photo qui produit des images cinématographiques à condition de compenser sa résolution chirurgicale par un voile optique volontaire. Je détaille ici réglages gamma, gestion du rolling shutter et workflow de post-production.
Extrait des rushes bruts, filtre de diffusion sur l'objectif, réglages gamma standard.

Je vous avais promis de poster des infos sur le tournage en Canon 7D.
Je viens de terminer la post-prod du film (un spot dans le domaine de la joaillerie).

Principaux problèmes rencontrés:
- l'appareil ne supporte pas bien la chaleur normale d'un plateau "tungstène". Il a réclamé une ou deux minutes de répit au cours de la journée, à quatre reprises;
- en mode gamma normal, les noirs s'avèrent légèrement bouchés si l'on n'y prend pas garde. Mieux vaut surexposer légèrement les zones sombres.
Pour répondre à Quentin ci-dessous, j'ai préféré ne pas recourir au mode "superflat" pour être en mesure de bien séparer les basses lumières. En superflat, on gagne peut-être en latitude, mais l'image laiteuse produite rend un peu plus difficile, en post, la séparation des noirs entre eux, et des blancs entre eux. Ce sont dans les extrémités de la courbe que l'expo est la plus délicate. Je préfère constater la séparation à l'oeil, sur le plateau, et exposer en conséquence.

A part ces désavantages mineurs, rien à signaler.
Il faut dire que je travaillais avec un assistant caméra (Kevin Haefelin) qui avait amoureusement accessoirisé et optimisé son Canon.

Deux critères m'avaient fait opter pour cette "caméra" plutôt que la RED: le budget et l'encombrement. La joaillerie retenue pour servir de décor était en effet trop petite pour permettre un recul suffisant.
Mais je tenais à tourner dans un format à profondeur de champ très réduite, parce que je voulais flouter autant que possible les murs de la boutique, qui n'étaient pas glamour du tout.

Dans la photo ci-dessus, la caméra était à 2 mètres du visage, et à seulement 3 mètres du mur du fond. Les objectifs et la taille du capteur étaient donc très adaptés à ce décor particulier.

Le reste des remarques que l'on peut faire sur un tournage avec ce genre d'appareil se trouve dans les commentaires de posts plus anciens.

27 février 2010

Questions/réponses dans un parking

En bref  Un étudiant en cinéma pose ses questions à un chef opérateur — le genre de mail fréquent auquel répondre est un investissement dans l'avenir du métier. Les réponses concrètes, illustrées d'exemples de terrain, valent mieux que tous les manuels : la transmission par le dialogue direct.
Jérôme, étudiant à l'ESRA de Nice est sur le point d'exercer la fonction de chef op sur un court. Il me pose une série de questions. 
Je reçois souvent ce genre de mail. La première réaction est de conseiller aux étudiants de faire des stages sur des plateaux et de s'imbiber des techniques et des stratégies utilisées. Mais c'est un luxe que peu d'étudiants peuvent se permettre. 
Voici donc ses questions et mes réponses, à titre informatif.

(…)
Le film de 5 minutes se déroule dans un parking souterrain et le genre du film est comique. A partir de ça, nous devons bien entendu trouver le lieu (autorisation, hauteur de plafond) mais aussi construire l'ambiance lumineuse du film.
Nous tournons en 16mm et je m'inquiète au sujet des néons ou autres éclairages intempestifs se trouvant dans un parking. Faut-il mettre le parking au noir, laisser ces néons ou les masquer ?

Auriez-vous aussi quelques effets ou exemples d'éclairages à utiliser pour les protagonistes et l'ambiance dans ce lieu ?
J'ai bien quelques idées comme utiliser un kino flo artificiel ou diffuser la lumière avec un polystyrène mais je voudrais innover en jouant sur la température de couleur. Par exemple, mettre une backlight avec une couleur chaude et une keylight de profil à dominante de couleur froide.

Pour finir, pourriez-vous m'indiquer des astuces afin de gagner du temps le jour du tournage ou la démarche à suivre durant cette phase.
(…)


Essaie de tester le rendu des néons sur pellicule avant le tournage.
Je sais que depuis une dizaine d'années, les tubes fluo ont un rendu plus stable et plus intéressants que les anciens.

De toutes manières, j'imagine que tu passes par un DI (étalonnage digital), ce qui te premettra d'atténuer ou de changer la teinte verte des tubes.

Si tu ne passes pas par un DI, prévois que les néons auront peut-être un rendu vert. Pas forcément moche ;-)

Si tu n'est pas sûr du rendu colorimétrique des tubes du garage, il faudra que tu trouves des tubes de rechange, du même type que ceux du plafond du parking, pour éclairer tes comédiens au premier plan. Comme ça tu seras forcément raccord.
Prévois d'en disposer au moins un tout près de la caméra (+cinefoil), pour atténuer un peu les contrastes sur les visages au premier plan, si besoin est (=fill).

Direction de lumière: en douche sans doute, pour découper des visages, mais aussi comme tu dis avec des décros colorées, que ce soit justifié par des phares de voiture qui passent, ou des enseignes publicitaires, ou des pictogrammes lumineux du parking pour justifier les directions, si tu y tiens.

Perso j'aime bien les accidents de lumière et les lumières mobiles qu'on trouve dans la vraie vie mais rarement à l'écran, parce que c'est plus difficile à réussir. Tu pourrais imaginer des voitures hors
champ, qu'on entendrait sur la bande-son, qui éclaireraient les protagonistes en passant derrière ou à coté, et ça pourrait être des PAR64 pour donner une lumiere bien pêchue, de loin, entre des colonnes, pour que les ombres bougent sur les visages.

Pour aller vite sur le tournage, prévois des aides qui te tiendont les tubes fluos (entourés de cinefoil pour les rendre directionnels) et les PAR64, pour éviter des installs trop longues.
Prépare les angles avec le premier ass, pour gagner du temps.
Réfléchis à des cadres en profondeur, avec des effets de lumière au fond de l'image.

21 février 2010

Micro Salon 2010 - petit tour sélectif en images



Je reviendrai sur la présentation d'Alexa, la petite dernière d'Arri. En attendant, voici de quoi musarder sur quelques stands.



20 février 2010

Réglages caméra vidéo pour bien exposer les noirs

En bref  Régler les noirs en vidéo : une question récurrente qui touche au cœur du métier numérique. Le « master pedestal » et le « detail level » déterminent où commencent les ombres et ce qu'elles révèlent. Un réglage trop bas noie les détails dans le bruit ; trop haut, les noirs deviennent grisâtres.
Une question reçue par mail, qui m'est souvent posée. J'y reviens donc brièvement.
J'y avais répondu - avec votre collaboration - dans les commentaires d'un post sur le téléciné digital.
Voici donc une réponse courte. Pour les détails, relisez les commentaires du post d'origine.

Je pratique la photographie depuis déjà 15 ans et cette année et j'ai décidé de me lancer en vidéo. Je me suis procuré la Sony HDV-V1U et me suis essayé à différents tests.
Mon problème est que je ne suis pas capable d'obtenir de beaux noirs non bruités. De quelle façon dois-je procéder? Exposer pour mes noirs? Exposer pour mes blancs? Faire une moyenne?


Pour faire vite, je te conseille de commencer par exposer pour les blancs. Pour ne rien cramer, affiche les zebras de 95 à 100 et arrange-toi pour faire en sorte que tes blancs comportent quelques zebras.

Ensuite, tu débouche les noirs pour y distinguer des détails (ajout de fill par réflos, ou projos diffusés / ringlights etc.).

Je pars du principe que tu es en mode manuel sur tous les réglages (y compris le gain).

Il y a deux aspects des noirs que tu peux régler à la prise de vues: le pedestal et le toe - le talon. Je préfère ne pas toucher au pedestal.

Quand je travaille en basse lumière sur des petits formats vidéo, je fais en sorte qu'à partir du point d'inflexion des noirs (le talon), la droite aille moins vite vers les noirs, pour séparer les gris foncés de la zone de bruit vidéo. Tu peux régler la pente de cette droite (on pourrait parler de "gamma des noirs") en vérifiant sur un moniteur les effets de différents réglages du talon, la caméra filmant dans la pénombre.

Et en post-prod je "clippe" les noirs, à savoir que je les fais commencer au-dessus du bruit. Les chiffres exacts dépendent vraiment de trop de variables pour les détailler ici.

En contrastant ton image avec des courbes, tu retombes sur des pénombres qui vont doucement s'abimer dans des noirs bien profonds.

08 février 2010

Best Cinematography - 2010 Oscar Nominations

En bref  Nominations aux Oscars 2010 de la photo : Richardson et ses gros contre-jours systématiques, Lubezki et la lumière naturelle de Tree of Life, Deakins et la rigueur de True Grit. Un palmarès qui reflète la diversité des approches — du naturalisme extrême au stylisme baroque.
La course aux Oscars devient sérieuse depuis les nominations il y a quelques jours.
Quels sont vos préférés?

Je dois dire que Richardson me fatigue un peu avec ses gros contre-jours systématiques, et que Mauro Fiore n'est pour pas grand chose dans la réussite formelle d'Avatar: les prises de vues réelles sont très belles mais ce sont les séquences chez les Na'vi qui innovent réellement.
Et si The Hurt Locker est réussi c'est davantage par des partis-pris de mise en scène (longues focales, couverture de toute l'action depuis de nombreux points de vue) coutumiers à Katryn Bigelow.
Reste Harry Potter et le Ruban Blanc.
Ce qui est intéressant cette année, c'est le grand écart des nominations, qui fait la part belle aux films d'auteurs et aux méga-blockbusters.

Quant à moi, je suis pour la nomination, dès l'année prochaine, des "chef op virtuels" qui éclairent les films de synthèse avec une élégance toujours plus marquée.
Cette année, j'aurais élu le Lighting Director d'Avatar. Il ne figure pas en tant que tel au générique. L'un d'entre vous aurait-il des pistes pour le débusquer dans la jungle touffue des "end credits"?

En attendant, les nominés sont:

Avatar
Mauro Fiore

Harry Potter and the Half-Blood Prince
Bruno Delbonnel

The Hurt Locker
Barry Ackroyd

Inglourious Basterds
Robert Richardson

The White Ribbon (Das Weisse Band)
Christian Berger

HD made by Canon - suite


Pour faire suite aux posts sur les + et les - des appareils photo qui font dans la HD, voici aujourd'hui le petit dernier, qui semble hériter des qualités vidéo de ses grands frères - pour un prix vraiment plancher: 800 $ (580 €).
Le 550D tourne à 25 i/s en 1080p.

Lisez l'article complet ici:

http://prolost.com/blog/2010/2/8/the-revenge-of-no-more-excuses.html