29 avril 2011

Bleu, rose et noir




J'ai récemment travaillé avec Christophe Persoz sur les images d'un clip électro dont vous pouvez voir un extrait ci-dessus. Christophe est souvent mon chef électro mais sa sensibilité à la lumière est telle que la tentation était forte de créer la lumière ensemble.
Depuis lors, nous avons co-signé les images d'un autre clip, dans un style très épuré. J'y reviendrai.

Ce tournage en particulier est l'occasion d'aborder ce que Conrad Hall appelait les "accidents heureux" (article fondamental dans l'ASC Magazine en 2003).

Le réalisateur Boris Rabusseau nous avait transmis le désir du groupe: s'en tenir à deux couleurs, un bleu et un rose. Christophe a donc trouvé des gélatines qui allaient bien ensemble, la Just Blue et la Bright Pink.

La direction artistique était basée sur le thème des miroirs (deux demi-cercles à lamelles réfléchissantes, quelques boules à facettes), des néons roses et bleus et quelques accessoires de mode, dont des dizaines de tubes de rouges à lèvres. Et un chat.
Pas grand chose en somme. Sur ce type de tournage, le plateau a l'air noir et désert et on se demande comment on va faire pour y créer quatre minutes d'images qui tiennent la route.

Un jour plus tard, on se retrouve avec deux heures de rushes.
Existe-t-il une méthode pour y arriver?
D'abord, réfléchir à des propositions créatives supplémentaires comme recourir à des silhouettes et des ombres chinoises, et jouer avec des contrastes de couleurs (qui respectent la palette graphique du groupe). Ceci pour multiplier les occasions de voir quelque chose se réfléchir dans les miroirs. Les vêtements et le stylisme donnent souvent des idées supplémentaires.

Réglage lumière - © Vincent Calmel
Ensuite, être attentif, à chaque seconde de la journée et particulièrement pendant les installations, à tous les phénomènes furtifs qui se passent autour de soi: reflets multiples, éclats de lumière imprévus, chevauchements de couleurs, ombres colorées, diffractions étranges et réfractions poétiques, déformations dans les miroirs, fills colorés, etc.

A propos de miroirs, j'avais trouvé par terre, pendant le tournage, un petit miroir fissuré. Tenu en biais à côté de l'objectif, tout près de la caméra et dans le champ, il renvoyait de multiples images diffractées de la scène filmée. Comme ça allait dans le sens du film, et que ça habillait les bords de l'image, j'ai eu recours à ce miroir sur une bonne partie des gros plans. Sans cette trouvaille fortuite quelques instants avant de filmer, les plans auraient été moins "baroques". 

Il est parfois difficile de rester en éveil, prêt à prendre en compte des "hasards heureux" qui vont dans le sens de ce qu'on construit. En particulier sur les fictions ou les pubs où on joue avec beaucoup de matériel, notre sens de l'observation pourrait être anesthésié. C'est l'une des raisons pour lesquelles le chef op "plane" sur le plateau plutôt que de s'affairer sur des branchements: pour garder une vision d'ensemble, guetter les solutions alternatives, et intégrer au mieux, jusqu'au dernier moment, tout ce qui va contribuer à donner du sens à ce qu'il fait.

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L'extrait ci-dessus en HD est visible sur cette page Vimeo
Le clip complet sur Dailymotion: http://goo.gl/6h8nZ

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