14 mai 2009

Tetro de Coppola

En bref  Tetro de Coppola : un noir et blanc intimiste qui rappelle Rumble Fish, avec davantage de gris moyens et de grain. Coppola continue d'explorer les marges du cinéma — un film modeste, personnel, loin des moyens de ses grandes productions.


Le prochain Coppola est un film Noir et Blanc très intimiste qui rappelle - par son thème et certaines images - son fabuleux Rumble Fish. Mais ce NB comporte beaucoup plus de gris moyens et de grain que Rumble Fish.

La bande-annonce et les trois premières minutes du film se trouvent ici.
Tourné à Buenos Aires. Chef op: le très jeune Mihai Malaimare Jr., qui avait déjà filmé le précédent opus de Coppola, Youth Without Youth.

09 mai 2009

JJ Abrams: vive l'analogique!

En bref  J.J. Abrams, réalisateur du nouveau Star Trek, défend sa passion pour l'analogique : vrais décors plutôt que fonds verts, effets physiques plutôt que numériques. Sa conviction : les comédiens jouent mieux face à un décor réel. L'analogique comme choix de mise en scène, pas comme nostalgie.
Dans une interview à fxguide.tv, le réalisateur du nouveau Star Trek parle de son amour pour l'analogique: sa préférence pour les effets non digitaux, l'importance vitale de donner aux comédiens un vrai décor plutôt que de les faire tourner devant des fonds verts, etc.

Dans l'interview que je vous propose ici, il évoque deux aspects visuels de son film:

1. les séquences de chute libre, après de nombreux essais technologiques infructueux, ont été filmées en plaçant simplement les acteurs debout sur des miroirs qui reflétaient le ciel;

2. les "flares", fabriqués pendant le tournage de façon artisanale, le chef op braquant une lampe de poche vers l'objectif, limite bord cadre.

Interview complète à télécharger en cliquant sur le lien suivant (Abrams parle dans la seconde partie):

08 mai 2009

Etallonnage par Crimson et RED Cine

En bref  L'étalonnage d'Au Nom du Père sur Crimson et RED Cine : des filtres de diffusion (Soft FX, Black ProMist) à la prise de vues pour casser la sévérité de l'ultra-haute définition. La 4K montre trop — il faut consciemment dégrader la résolution pour retrouver une image « cinématographique ».

Pour casser la sévérité de l'ultra haute définition, j'avais équipé la caméra de filtres de diffusion (Soft FX ou Black ProMist en fonction des lumières et des visages). Cliquez sur les images pour les voir en grand format.


Tests de densité des noirs sur un cracheur de feu (juste avant que les flammes n'éclairent son visage)



Je viens d'étalonner le clip de Shoddygoods, produit par Horsform. Les réalisateurs Matyas Kiss et Thanassis Fouradoulas avaient fixé une palette et un look spécifique avant le tournage, ce qui a beaucoup facilité cette ultime étape.
Nous avions tourné en RED, avec des objectifs Zeiss. Des lentilles trop précises pour réaliser les flares relativement intenses que les réalisateurs désiraient. Pour en créer malgré tout, nous avions placé quelques sources dans le champ et enfumé le studio pour aveugler la caméra par des contre-jours violents.
Projecteurs utilisés: HMI et KinoFlos, avec 4 Blondes sur Chimeras moyennes pour les contres et les fill sur variateurs.
L'étalonnage a consisté à trouver une bonne balance entre les couleurs chaudes et froides - nous avions déterminé au tournage que les oranges compléteraient des bleus et des verts spécifiques - et diverses densités de fumée.
Le workflow avec Clipfinder s'étant heurté à un bug, nous sommes passés par Crimson pour gérer le flux des rushes et l'interfaçage avec RED Cine.

05 mai 2009

Tetsuo Nagata fait son numéro (le 5)

En bref  Le dernier film Chanel de Jeunet avec Audrey Tautou, éclairé par Tetsuo Nagata : des lumières cuivrées, douces, vibrantes. Trop maniéré et cliché peut-être, mais les photos témoignent d'un travail de lumière au service de la marque qui transcende le spot publicitaire.
Le dernier film Chanel est réalisé par Jean-Pierre Jeunet, avec Audrey Tautou. Beaucoup trop maniéré et très cliché à mon goût, mais on s'en fiche: c'est Tetsuo Nagata qui en signe les images.



Des lumières cuivrées, douces, vibrantes. Les photos n'en donnent qu'un aperçu: il faut voir bouger les images pour en saisir la finesse. Nagata avait éclairé "La Chambre des Officiers", et il affectionne certains tons chauds très spécifiques.







Le Making Of divulgue quelques uns de ses secrets: beaucoup de studio, des diffusions de partout, et des dispositifs ingénieux pour recréer les lumières qui défilent sur les visages, dans le train.
Allez voir par vous-mêmes.

Merci à @MorganP (sur twitter) pour l'info.

NAB, RED et SI2K - du carburant pour les nerds

En bref  Podcast RED Centre sur les innovations présentées au NAB : au-delà de la technique, les discussions sur le workflow et l'avenir du métier valent l'écoute. La SI 2K de Slumdog Millionaire et la RED One redéfinissent ce que « caméra de cinéma » signifie.

La caméra "light"de Slumdog Millionnaire.

Excusez mon absence temporaire, me voici de retour.
Je vous conseille de consacrer du temps à l'écoute d'un podcast particulièrement riche de RED Centre. Il est bien sûr question de technique, mais c'est surtout l'occasion d'écouter une passionnante interview avec Anthony Dod Mantle, Chef op de Slumdog Millionnaire (oui, encore ce film, mais je crois que vous allez apprécier).
C'est dans le dernier tiers de ce long podcast, que vous pouvez télécharger depuis ce lien.

24 avril 2009

Jack Cardiff

En bref  Jack Cardiff, virtuose du Technicolor, Oscar pour The Black Narcissus en 1948. Cardiff ne se contentait pas d'éclairer — il peignait littéralement avec la lumière, dans un système Technicolor qui exigeait un contrôle chromatique d'une précision que le numérique rend triviale.


Le grand chef op anglais Jack Cardiff s'est éteint à 94 ans, le 22 avril.
C'était le premier technicien de cinéma a avoir obtenu un "Lifetime Achievement Award", l'Oscar qui récompense une belle carrière cinématographique.
Bon nombre de grandes actrices l'adoraient, et tenaient mordicus à ce qu'il les éclaire. Marilyn Monroe lui avait déclaré: "Dear Jack, if only I could be the way you have created me."

Son autobio - préfacée par Scorsese, l'un de ses pus fervent admirateurs - "Magic Hour: The Life of a Cameraman" intéressera tous les amateurs d'éclairage des visages féminins. Après tout, il a littéralement découvert Sophia Loren, et immortalisé en icone des actrices comme Ingrid Bergman, Audrey Hepburn, Ava Gardner, Sophia Loren et Marilyn Monroe.

Il a aussi réalisé des films très personnels, comme le magnifique "Sons and Lovers", l'un de mes films anglais préférés. Ce dernier a d'ailleurs valu à son chef op Freddie Francis l'Oscar de la meilleure photo Noir et Blanc en 1961.

Joli jeu de lumières

En bref  Le restaurant Barlotti à Paris, éclairé avec minutie — un cas rare dans la restauration. Mais la direction baisse toutes les lumières dès 21 h au point qu'on ne voit plus rien. La frontière entre « cosy » et « aveugle » est un fil que même les meilleurs restaurateurs ne savent pas toujours trouver.

Le resto Barlotti à Paris, hype en diable, est éclairé avec beaucoup de minutie, ce qui est plutôt rare même pour ce genre de resto. Par contre, pour faire "cosy", la direction baisse toutes les lumières dès 21h, au point qu'on ne voit pratiquement plus rien. Pour déguster son homard thermidor, il faut donc passer en mode "night vision".

22 avril 2009

Storaro en 3 volumes

En bref  Storaro en 3 volumes — Lumière, Couleurs, Éléments : des pavés théoriques qui divisent. La philosophie de Storaro, trop personnelle et ésotérique pour certains, fascine par son ambition : donner un sens symbolique et émotionnel à chaque choix de lumière et de couleur. Trop loin de la pratique, ou vision d'avenir ?

Je suis tombé à la bibliothèque du cinéma (Forum des Images, Paris) sur 3 gros pavés que Storaro a sorti en 2003. Lumière, Couleurs et Elements.
Je ne les avais jamais consultés. Je ne suis pas fan de sa philosophie ni de sa classification, trop personnelle, du sens des couleurs. Mais force est de constater que ce type a du génie. Les images tirées de ses films n'ont pas pris une ride. Les reproductions sont de grande qualité. Ne manque plus que le mouvement.

19 avril 2009

Notre-Dame de Paris

Encens + Soleil + architecture mystique: je suis sur orbite!

Envoyé de mon mobile

15 avril 2009

Au nom du Père: galerie photos



Vous trouverez ici une petite galerie de photos que j'ai prises pendant le dernier tournage.
Ce sont des photos de contrôle lumière ou d'ambiance plateau.

10 avril 2009

Analyse de la lumière :
hall gare extérieur jour

En bref  En débarquant à la gare de Saint-Gall, une femme éclairée par une lumière tombant à travers la verrière — un exemple parfait de lumière naturelle « dirigée ». L'analyse détaillée révèle les mécanismes de cette lumière fortuite : azimut du soleil, diffusion par le verre, rebonds au sol. La vie quotidienne comme école d'éclairage.

Les situations de la vie courante sont souvent pour moi une occasion de grapiller des idées d'ambiances lumineuses.

En débarquant hier à la gare de Saint Gall, j'ai immédiatement été frappé par la qualité de la lumière qui tombait sur une femme. On aurait dit qu'elle était spécialement éclairée pour l'occasion, par des HMI, avec une répartition très juste entre le Key et le Fill. Un tel équilibre se trouve en effet rarement dans la nature ou dans les villes, mais plutôt sur les plateaux de cinéma, où l'on éclaire en fonction des capteurs ou du type de pellicule.

Dans la vie courante, nos yeux distinguent sans peine des détails dans des situations de contrastes très violents. Il n'en va pas de même des capteurs, c'est pourquoi l'équipe lumière doit lutter en permanence pour garder la maîtrise des contrastes.

Le ratio de contraste mesure un écart de diaphs (mesurés en lumière incidente) entre deux projecteurs, disons un Key et un Fill. Vous savez qu'entre un diaph et le suivant, la quantité de lumière est multipliée ou divisée par deux. Par exemple si vous fermez un diaph de 5.6 à 8, vous réduisez de moitié la quantité de lumière qui atteint le capteur ou le négatif.

Un ratio de 2:1 signifie donc un écart de luminosité du simple au double. Imaginez un visage dont la moitié droite est éclairée par un Key deux fois plus puissant que le Fill. Étonnamment, la différence ne saute pas aux yeux, mais un capteur y trouve son compte.
Un ratio de 3:1 (3 diaphs de différence entre le Key et le Fill) signifie un écart lumineux du simple au quadruple (2x2), et un écart de 4 diaphs (ratio de 4:1) revient à un écart de luminosité de 1 à 8, ce qui se traduit par des contrastes très élevés.
En théorie, on a l'habitude de dire qu'un ratio de contraste élevé correspond mieux à un drame ou à un thriller, tandis qu'un ratio faible conviendra à une comédie romantique, par exemple.

Dans la "scène de la gare", les piétons étaient baignés dans un ratio de 2:1, sur un fond plus sombre, ce qui créait une belle profondeur. La lumière sur les visages était d'autant plus douce que la verrière diffusait la lumière au point que les ombres au sol avaient pratiquement disparu.

Sur les photos ci-dessus, vous pouvez voir le côté "coulisses", du point de vue des passants, éclairés par les deux sources (le Soleil direct et le Soleil réfléchi contre l'immeuble de droite), toutes deux diffusées par une verrière. Les deux dernières photos montrent ce que j'ai vu en débarquant dans cet endroit. J'aurais bien voulu vous montrer un visage dans cette lumière, mais sur ce point vous devrez vous contenter de me croire: c'était très glamour.

Dedolight, version HMI

En bref  Les nouveaux HMI Dedolight tiennent dans un sac de transport à peine plus grand qu'un chat : deux têtes soft, deux dures, deux ballasts électroniques, câbles et trépied. La miniaturisation des sources HMI change la donne pour les tournages légers — la puissance du HMI dans l'encombrement d'un Dedolight.
Les têtes soft (à gauche) et dures à droite.

Speedy, mon chat. Si je vous le montre, c'est pour vous donner une idée de la taille du sac de transport des deux nouveaux HMIs Dedolight. 2 trépieds, 2 lampes, 2 ballasts électroniques, des câbles et une grande soft box.

J'aime beaucoup les Dedolights traditionnels, qui permettent de travailler la lumière tungstène avec une très grande précision.
Mais pour les situations où la lumière prédominante est celle du jour, je me tournais jusque-là vers les Kinoflos ou de petits HMIs comme le Joker Bug de K5600.
Pour préparer un long métrage que je tournerai cet été au Maroc, je me suis demandé s'il existait une solution "daylight" de type Dedolight (réponse: oui), et j'ai demandé à un loueur de la place (Visuals Switzerland) de m'en procurer deux pour des tests.

Des tests si concluants que je pars à Moscou avec ces Dedos, tourner des films courts pour une marque de glace. Il est vrai que ces HMI ressemblent furieusement à ce que K5600 a développé depuis quelques années, mais la possibilité de changer de température de couleur en quelques secondes (soit avec un filtre soit en changeant l'ampoule) me paraît déterminante.
Autre avantage: la grande taille de la soft box, qui émet une lumière encore plus flatteuse pour les visages.
De plus, les développeurs chez Dedo ont l'obsession de la portabilité. Ils arrivent à réduire l'encombrement et le poids à un strict minimum, ce qui est crucial pour les tournages à l'étranger.

03 avril 2009

Clair-obscur

En bref  Un épisode de 24 éclairé en clair-obscur radical par Rodney Charters — un parti pris inhabituellement contrasté pour une série TV. Le départ du réalisateur Jon Cassar libère-t-il les audaces visuelles ? Quand l'enjeu disparaît, on ose parfois ce que la prudence interdisait.


L'épisode de cette semaine de 24 est réalisé par l'un des "parrains" de la série, Jon Cassar. Son contrat n'a pas été renouvelé et il ne réalisera pas la saison suivante. Serait-ce pour cette raison que le chef op Rodney Charters se permet des partis-pris aussi osés que jubilatoires (sautes d'axes, clairs-obscurs)? Quand la télé oublie de faire de la télé, on se lèche les babines.

31 mars 2009

RED One / Green Screen

En bref  Plus de la moitié des plans d'Au Nom du Père seront composités sur des matte paintings. Tourné en RED One avec un éclairage HMI sur fond vert, le film exploite la résolution 4K pour des incrustations d'une finesse inaccessible en HD classique. Je détaille ici les choix de projecteurs et de filtrage.


Plus de la moitié des plans du film "Au Nom du Père" de Gesenn Rosset seront composités sur des matte paintings ou des photos retravaillées.
Le film était tourné en RED One et des raisons budgétaires et artistiques m'ont poussé à choisir des projecteurs Tungstène. Je souhaitais de toute façon utiliser une console DMX pour automatiser certains flickers aléatoires, et les Tungstènes sur variateurs donnent des teintes proches de celles des flammes.
Or donc, la RED préférant tourner aux alentours des 5500°K, j'ai opté pour un filtre 80D (bleuté), qui avait le mérite de nous approcher de la bonne température de couleur tout en ne "bouffant" qu'un tiers de diaph.
Restait à éclairer le fond vert. Sur un film comme celui-ci, un fond vert bien uniforme et au bon niveau ce sont des jours, voire des semaines de post-production économisés.

La déco a donc tendu à l'agrapheuse une feutrine verte pour aboutir à un cyclo bien lisse, mat, et de la bonne couleur (j'avais donné un échantillon exact pour prévenir toute catastrophe).

La meilleure façon d'éclairer un fond vert est de le saturer de vert diffus. Une solution relativement coûteuse revient à recourir à des Kinoflos munis de tubes verts.
Une solution low-budget est d'utiliser des cycliodes, ou des softboxes (aussi appelées "bains de pieds"), qui émettent une douce lumière bien étale.



Pour les saturer de vert, nous les avons équipées de Primary Green:




L'éloignement idéal des sources du fond est égal à la moitié de la hauteur dudit fond.

Une fois disposés à intervalles réguliers, en haut comme en bas du fond vert, les mesures peuvent commencer.

J'aime utiliser ma cellule en parcourant l'écran à la recherche d'écarts à la moyenne.
Mais la vision la plus précise est donnée par les courbes de mesures d'appareils comme l'Astro:



L'objectif à atteindre (pour optimiser l'extraction) est d'aboutir à ce que l'écran vert soit illuminé aux environs de 60% (0 étant le noir et 100 le blanc, pour simplifier).
Ce qui revient à tenter d'afficher une ligne horizontale la plus mince possible (5 ou 10% d'écart de luminance).
J'avais demandé de diffuser les cycliodes, mais cette épaisseur supplémentaire nous faisait perdre un bon diaph. Le compromis a consisté à tolérer de très légers "trous" de lumière entre les cycliodes du haut, visibles sur les photos.

Sur l'Astro de la photo ci-dessus, on visualise rapidement que la partie gauche de l'écran n'est pas aussi régulière que la partie droite, et que cette dernière mérite encore beaucoup d'attention. Il est vrai que la caméra cadre le canapé sombre, ce qui fait baisser la moyenne.
Disons simplement que ces courbes sont des outils plus discriminants que l'oeil humain pour comparer des valeurs de luminosité.

Une fois l'écran équilibré, il faut veiller à ménager une zone de no man's land entre l'écran et l'aire de jeu des comédiens.

Les réflections vertes sur les visages doivent être traquées et combattues dans la mesure du possible. Sur la photo ci-dessous, vous voyez deux projecteurs (un "kick" et un "contre") qui imitent un soleil en 3/4 contre, et annulent des réflections vertes sur la partie droite du visage.
La partie gauche est protégée des reflets par un drapeau vertical, que vous apercevez au fond, derrière l'Astro. La position de ce drapeau se détermine en considérant que le visage est comme un miroir, et que la portion d'écran vert à oblitérer se trouve derrière le comédien, à un angle exactement similaire à celui entre l'objectif et le comédien (en l'occurrence une vingtaine de degrés).



Les petits damiers sont des "trackers", des marqueurs qui faciliteront le tracking en post-prod.



Pour un travelling au ras du sol, le décor a été truffé de marqueurs, sur toute la largeur et la profondeur de l'image. Remarquez que certaines cycliodes ont été cachées par des tissus verts. Pas le temps de peaufiner, mais c'est mieux que de laisser "les gars de la post" rotoscoper les comédiens.

Une fois cet écran précisément calibré, nous n'y avons plus touché.
Mon seul regret: la faible puissance des cycliodes. Pour atteindre 60% de luminosité, notre écran devait être exposé à un diaph de 1.9. En l'occurrence, cette contrainte a servi l'esthétique du film, puisque les profondeurs de champ réduites faisaient partie de la grammaire visuelle dès les premières discussions avec le réalisateur.


© Benoît Monney

Votre serviteur, surpris par le photographe de plateau dans un océan de photons verts.

21 mars 2009

Un château sur Mars

En bref  Plan de tournage d'Au Nom du Père : une vue en plan détaille chaque setup de la séquence du château de Satan, avec les numéros de plans et les codes couleur. La préparation méticuleuse d'un tournage à effets spéciaux est un travail d'architecte où chaque centimètre du plateau a sa fonction.
Demain je commence le tournage de la première partie d'Au Nom du Père, un moyen métrage de Gesenn Rosset.
Voici une "vue en plan" d'une partie des plans de la séquence 3, qui se passe dans le château de Satan. Les numéros sont ceux des plans, les couleurs celles des personnages à l'écran (à gauche ou droite cadre).



Ce genre de vue est indispensable lorsque le tournage implique des raccords précis, et que l'on tourne dans un décor réduit. C'est LE document de référence pour moi, parce qu'il synthétise à mon sens tout ce qu'il est utile de savoir: les personnages et les portions du décor qu'on verra à l'écran, les angles aveugles (qu'on ne verra jamais dans aucun plan), à quoi je superpose les principales directions de lumière, ce qui sert à mon chef électro à répartir les branchements, etc.

Nous tournerons 3 jours dans diverses pièces du château.
Après quoi nous migrerons en studio avec fond vert pour les extérieurs.
Gesenn m'a donné la référence esthétique des extérieurs des Enfers, à savoir la planète Mars.



J'en ai déduit une série de gélatines.
Pour éviter les "jours blancs" martiens, un peu lassants visuellement et pas assez dramatiques pour le film, j'ai proposé que les cieux restent orageux. Ce qui permet des percées de soleil entre les nuages sombres, et une lumière qui "vit" autour des personnages.

16 mars 2009

Petit trip dans la Matrice

En bref  Un photoshoot « à la Gregory Crewdson » avec le photographe Vincent Calmel : éclairer une scène nocturne avec les outils du cinéma — machinerie, Fresnels, mama, fumée — pour produire une image fixe. Crewdson ne prend pas des photos : il réalise des films d'un seul photogramme.

© G. Crewdson - cliquez sur l'image pour la voir en grand.

Ca faisait un petit moment que le photographe Vincent Calmel avait envie d'approcher la lumière de cinéma, à la manière de Gregory Crewdson. Crewdson ne prend pas des photos, il réalise des images, et la lumière y joue un rôle non négligeable. Il travaille avec des chefs op reconnus comme Russel Banks. Je vous conseille son dernier livre, Beneath the Roses.

Or donc, Vincent a décroché un mandat pour un magasine de luxe et fait appel à moi pour éclairer une photo qui doit faire référence au film Matrix. Il comptait quand même utiliser un ou deux flashes, en particulier pour figer les mouvements du manteau de "Neo".
Mon rôle a donc surtout constitué à créer l'ambiance, en particulier dans le décor, en choisissant des éléments à mettre en valeur (tuyauterie industrielle, peinture écaillée, porte style entrepôt en plastique jaune), et ceux qu'il fallait escamoter (parpaings grisouille, tags, colonnes trop propres).

En dehors de la dominante verte, le premier Matrix était plutôt contrasté. J'ai donc opté pour un éclairage en contre-jours plus ou moins violents, laissant à Vincent le soin d'éclairer Néo plus de face. Le décor dictait cette ambiance par le fait que les fenêtres se trouvaient à l'arrière-plan.
En positionnant trois HMIs (2.5 kW et 1.2 kW) avec des lentilles wide et narrow, j'éclairais le décor pour faire croire à une seule source de lumière provenant d'en haut à droite de l'image.
J'ai dédié l'un des faisceaux à la découpe de Néo, en éclairant l'air derrière lui, à la fois pour le détacher du fond et pour masquer ce fond qui n'était pas très photogénique. La fumée rendait l'air plus dense et le décor plus dramatique.


A l'arrière du décor, deux HMIs avec des lentilles différentes.
Photo volontairement sous-ex pour que vous voyez les détails.


Un HMI éclaire les tuyaux du centre haut de l'image. Un autre révèle la porte jaune translucide à droite cadre.
Le troisième illumine l'air derrière Néo.
La fumée révèle les rayons de lumière, pour l'instant trop vagues.

Vincent photographie avec un appareil de + de 30 mégapixels.

Il a placé un flash oblong doublement diffusé au-dessus de Néo.


Comme Vincent éclaire Néo au flash depuis le plafond, ça projette une ombre très lourde sous le manteau de Néo.
Le faisceau du HMI qui découpe Néo est réfléchi (Last-o-lite argent) pour déboucher les ombres sous Néo, ce qui lui donne plus de légèreté et découpe les pans de son manteau.



Les rayons sont à présent plus définis. J'aime quand chaque projecteur a une fonction très précise.
Droite cadre, vous pouvez distinguer Christophe Persoz, chef électro, qui tient un cache pour "plafonner" la lumière qui tombe sur la porte. Au sol, un petit flash équipé d'un nid d'abeilles, destiné à découper des reliefs sur les pans du manteau et la tête de Néo.


L'une des photos. L'ombre sous Néo n'est pas encore bien débouchée sur ce cliché. La dominante bleue n'a rien à voir avec le résultat final - ce sont des RAW et la balance des blancs importe peu à la prise de vues.

La photo a ensuite été travaillée par Julien Andrey de Demain La Lune, pour ajouter des effets 3D.


© Vincent Calmel pour Bilan

Voici le résultat. Les balles de Matrix ont été remplacées par des tracés de verre (magazine de luxe oblige?). Cliquez sur la photo pour la voir en détail.

Les photos de ce post ont été prises par Christophe Persoz et moi.

14 mars 2009

Keylights en RED One pour maquillages et comédiens

En bref  Keylights en RED One pour le film Au Nom du Père : tests de maquillages prosthétiques et de rendus de peau en ultra-haute définition. La RED révèle impitoyablement les défauts que le 35mm dissimulait — chaque imperfection de maquillage devient visible, obligeant les SFX à rehausser leur niveau de détail.

Jean-Pierre Bugnon (Satan). Extrait des rushes. Cliquez sur l'image pour la voir en grand.


Test écorchures sur l'une des victimes de Satan. Image brute tirée des rushes.

Aujourd'hui, nous avons effectué des keylights pour le film "Au Nom du Père" de Gesenn Rosset.
Les keylights sont des tests (techniques et artistiques) que l'on fait avant le début du tournage, pour vérifier le matériel (optiques, caméra, pellicule/capteur), quelques options artistiques (dominantes, rendu des couleurs, test de la palette de couleurs, des costumes, du maquillage, détermination du "meilleur profil" et des "meilleures lumières" pour chaque acteur, rendu des pénombres, etc.) et parfois également le workflow de post-prod.

Les keylights sur les comédiens se font avec une seule lumière, pour isoler les éléments marquants d'un visage. Dans ces cas, le mot-clef est "direction". On tourne littéralement autour et au-dessus des visages, en s'arrêtant fréquemment pour noter les problèmes et les bonnes surprises. Ces tests se font avec le visage du comédien tourné face caméra.


Photo de contrôle. J'ai ajouté un léger "fill" pour tester comment les yeux pourraient rester lisibles en basses lumières.

Dans le cas de Jean-Pierre Bugnon, l'interprète de Satan, j'ai par exemple constaté que son meilleur profil était le droit, et que la lumière était plus intéressante si elle arrivait sur lui depuis la gauche du cadre, que ce soit en douche, de face ou en latéral.
Ca m'aidera à concevoir les principales directions de la lumière pour les séquences qui comportent des gros plans et des plans moyens. Par chance, le visage de son partenaire de jeu Sylvain Bugnon accueille mieux la lumière quand elle provient de la droite du cadre.

Par la suite, je ferai des tests de couleur (avec des gels CTS, Chocolat, Deep Amber, etc.) pour trouver mes marques dans les teintes chaudes des Enfers.

La seconde photo ci-dessus est elle aussi tirée des rushes de la RED One. J'ai voulu vérifier si les écorchures avaient la profondeur nécessaire pour être crédibles.
Sur ces deux images brutes, les couleurs ne sont pas encore les bonnes.
A l'issue des keylights, nous avons décidé de revoir une partie des costumes. Par contre les maquillages ont été validés sur le plateau.

Tests effectué avec un 50mm Zeiss Planar, à pleine ouverture (2.1).
Sources tungstène (Fresnels 500) sur console DMX.

13 mars 2009

Etalonnage: la désaturation

En bref  La désaturation est devenue un code visuel pavlovien : Terminator Salvation, comme tant d'autres, baigne dans des tons verts-bruns crépusculaires. La mode de la désaturation pose une question légitime — quand tout le monde adopte le même traitement, le « choix artistique » ne devient-il pas un conformisme de plus ?

Une image originale du film "Terminator Salvation" - cliquez sur l'image pour l'agrandir

La bande-annonce du prochain Terminator annonce un film crépusculaire.
L'esthétique obéit aux dernières modes: désaturation et tons verts/bruns.
La désaturation ne consiste pas simplement à baisser la quantité de couleurs. L'effet sur la peau humaine serait déplaisant, elle deviendrait brun pâle et perdrait beaucoup de sa vitalité. Dans le cas présent, la dominante verte ajoutée ferait ressembler Christian Bale à un cadavre.

Je me suis amusé à faire du "reverse engineering", pour retrouver l'image d'origine: puisque l'image a été contrastée et assombrie sans toucher aux blancs, puis verdie, j'ai effectuée des réglages opposés. Rien de concluant: pour retrouver une teinte de peau à peu près réaliste, il faut enlever beaucoup de bleu. Mais du coup le décor devient jaune.


Quelque chose d'intermédiaire, la peau est plus juste mais l'image doit être jaunie pour rendre à la peau une teinte correcte.

Quand on rétablit le fond dans des couleurs à peu près naturelles (bleues/cyan), on s'aperçoit que le visage de l'acteur a été teinté en magenta (correction sélective des tons chair dans la couleur complémentaire du vert).

Ainsi, lorsque l'image subira à la fois une désaturation et une coloration verte, les visages des acteurs conserveront une certaine vitalité.


Application d'un filtre magenta sur les tons chair (sans doute un masque: notez le cou qui n'est pas affecté par la teinte magenta).

Pour réussir une belle désaturation, il faut donc comprendre les couleurs complémentaires et les combiner harmonieusement. Etalonner un film, ça n'est pas simplement ajuster les contrastes et ajouter des dominantes. C'est un vrai métier, trop souvent ignoré du grand public.

Bande-annonce du film.

10 mars 2009

Le Micro en photos


© Nelly Flores - le stand Maluna

Ceux qui n'ont pas eu la chance de papillonner dans les allées du Micro Salon 2009 peuvent découvrir moult photos prises dans les stands.
Bonne visite!