28 novembre 2009

Doublures lumière

En bref Des têtes de mannequins pour coiffeuses comme doublures lumière sur le film Lester : quand les comédiens ne peuvent pas rester en place pour les réglages, j'improvise. Un film nocturne où les pénombres jouent un rôle crucial exige des tests de lumière précis — impossible avec un fantôme qui bouge.


En plein tournage de "Lester", un film nocturne où les pénombres jouent un rôle important.
Difficile de demander aux comédiens, surtout aux jeunes, de rester en place pour les tests lumière.
J'ai trouvé un moyen: des têtes de mannequins pour coiffeurs. Mon chef électro Christophe Persoz en a trouvé une demi-douzaine, qu'on pose aux endroits stratégiques: là où les comédiens s'arrêtent, les endroits à dialogues, etc.
Sur cette photo, on testait la façon dont un visage se découpait contre un fond bleu clair.


19 novembre 2009

Gordon Willis reçoit un Oscar pour son oeuvre

En bref Gordon Willis, le « Prince des Ténèbres », reçoit enfin son Oscar Lifetime Achievement. Le chef op du Parrain, de Manhattan et d'Annie Hall a passé sa carrière à explorer la pénombre — des yeux d'Al Pacino dans l'ombre, des intérieurs si sombres que les studios tremblaient. Willis a prouvé que moins de lumière pouvait en dire davantage.




Une image du Manhattan de Woody Allen, photographié par Gordon Willis.
L'irrascible Gordon Willis a enfin reçu le Lifetime Achievement Award. Ce chef op était appelé le Prince des Ténèbres parce qu'il préférait explorer la pénombre plutôt que les hautes lumières.
Quelques bons mots glânés au cours de la soirée, rapportés par le New York Times:
After raising a toast to Gordon Willis, the cinematographer behind movies like "The Godfather" and "Manhattan,"Caleb Deschanel, a protégé, cut close to the bone by telling how Mr. Willis's salty ways had almost certainly kept him from winning an Oscar over the years.
Mr. Willis, he noted, had referred to professional peers as "flamethrowers," presumably for using what he believed was too much light. Many directors, he quoted Mr. Willis as saying, were just "dump trucks," who piled up film for an editor to sort out. As for Hollywood's film labs, he said, Mr. Willis dismissed them as "laundromats."
Accepting his Oscar, Mr. Willis, who is 78, has weak eyesight and is working less, had some consolation for the many actresses who objected to his preference for shadows, which often obscured their lovely faces.
"It's O.K.," he said. "It's over now. You're safe."


16 novembre 2009

Les Esprits du Vin

En bref Éclairer le spectacle « Les Esprits du Vin » de la Compagnie NEO dans des cuves à vin gigantesques : un chef opérateur de cinéma appliqué au spectacle vivant. Les mêmes principes — une source dominante, des accents, de la fumée — mais l'impossibilité de recommencer la prise change tout.


La Compagnie NEO m'a demandé d'éclairer son spectacle "Les Esprits du Vin".
Mélange de poésie et d'exploits physiques, la performance était le clou de l'inauguration d'une nouvelle série de cuves à vin gigantesques.

Sentant que ça pourrait l'intéresser, j'ai fait appel à James Rosset et sa vaillante équipe, et ensemble nous avons mis en lumière le spectacle.
James est un amoureux fou des couleurs, doublé d'un ingénieur. Il a inventé un projecteur capable de reproduire toutes les nuances du spectre, y compris les plus rares, sans passer par les LEDs ni des gélatines. Ces couleurs très limpides, et parfois très complexes, touchent directement le plexus (et les tripes) du spectateur.

En plus de la richesse de rendu, ces "Copernics" ont bien la pêche. Là où les gélatines habituelles enlèvent parfois 2 ou 3 diaphs, les Copernics balancent les couleurs à pleine intensité.

En tout, nous avons placé 85 projecteurs et 2km de câbles pour les relier à une console DMX.

13 novembre 2009

Les murs de Lester

En bref Les murs blancs de nos appartements sont l'ennemi du chef opérateur : un acteur positionné trop près paraît grisâtre comparé à la blancheur de la paroi. La solution : assombrir les murs avec des drapeaux ou des teasers, ou les peindre dans des tons plus neutres. Contrôler ce qui entoure le sujet compte autant qu'éclairer le sujet lui-même.
Les murs de nos appartements ont un défaut: ils sont trop clairs.

Ceci entraîne deux problèmes:

- Un acteur positionné trop près semble grisâtre comparé à la blancheur de la paroi, alors qu'il devrait en principe être le centre d'intérêt du plan;
- Les lumières des projecteurs rebondissent plus facilement dans la pièce lorsqu'ils tapent contre un mur clair, ce qui rend plus ardu le contrôle des contrastes du plan.

Dans la pratique, on peut bien entendu jouer des drapeaux et des mamas pour atténuer les effets indésirables de la lumière sur les murs, mais on y perd pas mal de temps pour des résultats pas toujours artistiques.

Alors qu'il est plus simple de diminuer la luminosité des murs en les peignant dans des valeurs autour du gris moyen, et pourquoi pas dans des teintes qui riment ou contrastent avec celles de la déco ou des costumes.

Toute l'idée autour de murs "gris moyen" est d'avoir la latitude de les éclaircir ou de les assombrir avec la lumière.

Pour "Lester" j'ai proposé un gris légèrement bleuté, qui évoquera les couleurs de l'éclairage lunaire. Une paroi gris/bleu pourra ainsi devenir presque noire ou au contraire frôler les hautes lumières et garder sa teinte froide.




Le système NCS (illustré ci-dessus) est l'équivalant d'un nuancier Pantone, mais me semble plus pratique pour cerner la couleur et la luminosité au plus près, en se servant des couleurs, des graphs et des valeurs numériques. Le bleu affiché sera celui des murs de Lester.

Lester: un vampire dans l'ombre

En bref Lester, film de vampire et Film Noir : le réalisateur Pascal Forney refuse les clichés du genre — pas de sang dégoulinant ni de canines fluorescentes. L'éclairage bas et contrasté du Noir classique épouse naturellement l'univers vampirique, prouvant que les ombres suffisent à créer l'effroi.

extrait du story-board de Julien Nicaud © imaginastudio 2009


Le prochain film au programme est doublement un film de genre, puisque c'est à la fois un film de vampire et un Film Noir.

Le réalisateur de "Lester" Pascal Forney refuse de recourir aux codes visuels des films de vampires principalement parce que le spectateur doit douter si le personnage principal est un affabulateur ou s'il s'agit d'un véritable vampire.

Nos envies visuelles se sont plutôt portées vers l'esthétique du Film Noir, forgée dans les années 30 à 50 aux Etats-Unis. Si je devais citer une influence pour moi dans ce registre esthétique, ce serait celle de John Alton (lien imdb). Que ce soit en couleurs ou en NB, il ciselait ses images comme un sculpteur, souvent à partir d'une source unique, très puissante. Les longues ombres qui léchaient les sols et les murs devenaient alors des révélateurs des rapports de force entre les personnages. Je me souviens particulièrement de Reign of Terror, où il transformait (avec le réalisateur Anthony Mann) un film historique sur la Révolution Française en un époustoufflant thriller expressionniste.

Mis à part une intro en extérieurs, le film entier se passe dans une chambre.
Pour mieux contrôler tous les paramètres (murs amovibles et orientables, recul de la caméra, positionnement précis des projecteurs, etc.) j'ai suggéré qu'on tourne en studio. 
Une bonne partie de l'équipe de "Vincent, le Magnifique" est déjà affairée à la préparation.

12 novembre 2009

Merci...

... pour vos encouragements à poursuivre ce blog!

En fait un blog c'est comme le sport. Si on arrête un temps on a de la peine à reprendre les entraînements.

C'est donc officiellement reparti. Ca démarre par un sprint: "Lester", le nouveau film de Pascal Forney.