17 janvier 2011

Buried - lumières dans un cercueil


Question: comment fait-on pour éclairer un film qui se passe entièrement dans un cercueil, à deux mètres sous terre?
Réponse: on munit le personnage d'un maximum de sources lumineuses, tout en restant vraisemblable. 

Le scénariste et le réalisateur du film "Buried" ont du penser très tôt au problème de la lumière, pour l'intégrer d'une manière fluide au récit. Le résultat est très convaincant, et je pense que jamais le public ne sent les sources additionnelles. Il y en a pourtant, mais toujours justifiées par la lumière activée par le personnage. 
Réussir un tel pari passe aussi par le comédien, qui doit comprendre les besoins du chef op et justifier des mouvements parfois bizarres pour rester éclairé.

Si je n'oublie rien, voici la panoplie de l'enterré vivant:
- une lampe de poche (avec faux contact et filtre rouge amovible pour exacerber les effets dramatiques). Dominante jaune ou rouge.
- un Zippo, dominante jaune.
- un téléphone cellulaire à large écran, dominante bleue prononcée.
- deux bâtons lumineux, dominante verte.
- une petite bouteille d'alcool, pour provoquer un mini incendie. Dominante jaune.

La combinaison de ces sources (en alternance ou en parallèle) a donné au chef op Eduard Grau la possibilité de graduer ses effets avec beaucoup de finesse. Ces lumières, toujours mobiles et couplées à des cadres originaux et une profondeur de champ très réduite, modèlent le comédien, accentuent la tension et rendent ses émotions lisibles, et palpables.
Les contrastes de couleurs, entre les dominantes froides et chaudes, amènent une belle variété aux images et contribuent à balayer toute lassitude visuelle.

Et puis bien sûr il y a les ténèbres. Un vrai noir total, qui participe à l'épouvantable sentiment de claustrophobie. Un nouvel exemple de ce que l'absence de lumière peut receler d'expressivité, en laissant le spectateur tout seul, face à son imaginaire. 

Toutes les photos sont "cliquables", pour les voir en grand.

Ryan Reynolds en flagrant délit d'auto-éclairage. Le rebond contre les parois du cercueil adoucit le faisceau.
Un moment plus "mental", soit-disant généré par la lampe de poche. A ce moment du récit, un tel éclairage est impossible, mais l'état du personnage fait "passer" cette entorse à la vraisemblance.
Justifiée par l'écran du mobile, la lumière additionnelle sur le visage - presque de face - est en l'occurrence aussi audacieuse qu'efficace. 
Cette jolie source, douce et non aveuglante, a aussi le mérite de nous sortir un moment de la dominante jaune de la lumière du Zippo.

Dans certains plans, les parois distantes du cercueil sont éclairées par d'autres sources, mais les raccords de couleur et de direction rendent la chose invisible.
Lorsque la lumière s'éloigne du cadre, le personnage semble plonger dans des doutes effrayants. 
Les reflets sur le métal de la lampe signalent une autre lumière. Sans doute un fill.

Autre moment de solitude.

Réalisateur - Rodrigo Cortés
Directeur Photo - Eduard Grau
Scénariste - Chris Sparling

5 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Samuel Guillemot18.1.11

    je n'ai pas encore vu le film, mais l'autre question qui se pose avec la lumière, c'est le cadre. difficile en effet de construire un découpage dans un espace aussi réduit, les points de vues sont forcément limités pour rester cohérent! les ambiances ont l'air plutot réussies en tout cas.
    merci pour le post!

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  3. Thomas Rames18.1.11

    En effet je me posais la même question que toi Samuel avant de voir le film, et il se trouve que j'ai été agréablement surpris par la compo des cadres. On pourrait penser qu'ils pourraient être un peu trop répétitifs. Et pourtant même s'il y a une légère redondance ça n'influe en rien, à mon sens, sur l'évolution de l'histoire.
    Une question en revanche pour Pascal: que penses-tu de la mise en espace du cercueil grâce au cadre? On ressent souvent que les parois ont été poussées et ça ne me dérange pas. En revanche dans une des dernières séquences, la caméra s'élève au dessus de celui-ci et les parois paraissent infinies. Ca pourrait être onirique mais J'ai quand même trouvé ça assez étrange...
    En tout cas l'exercice de style est des plus intéressants et merci de le souligner!

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  4. @Thomas Les cadres sont très justes, mais c'est vrai que la réalisation dérape à deux moments, dont celui que tu mentionnes. Pas terrible ce travelling vertical, ça ramollit le sentiment de claustrophobie construit jusque-là.

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  5. J'ai trouvé le film vraiment réussi esthétiquement (quoique redondant par moment, notamment le travelling vertical dont vous parlez qui revient 2-3 fois il me semble...) mais scénaristiquement parlant j'ai vraiment trouvé ça... mauvais. Ils s'efforcent de faire durer le film sur 1h30 sans n'avoir rien à raconter et les invraissemblances sont nombreuses...

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