27 janvier 2012

Cours lumière

Rush brut tiré des exercices du dernier cours.

Le dernier cours lumière s'est déroulé sur deux jours très intenses et motivants.
Je reçois de plus en plus de sollicitations de la part des lecteurs de ce blog pour organiser d'autres cours, ce qui me fait évidemment très plaisir.
Or, je travaille beaucoup et les cours ne peuvent constituer qu'une petite partie de mon temps. Mais je note vos demandes, et dès qu'une opportunité se présente, je donne volontiers un cours profilé selon vos attentes (région, durée, niveau).
Je vous conseille de m'envoyer un mail (cf. mon profil, dans la marge de droite) avec vos coordonnées, la région dans laquelle vous seriez prêt à vous déplacer pour suivre un cours, et votre degré de connaissance de la lumière: débutant, avancé ou pro.

Mentionnez les mots "cours lumière" dans le sujet ou le corps du message.

Pour votre info, un tel cours demande la mobilisation de pas mal de matériel (caméra, moniteurs, projecteurs, studio) et de deux personnes. Il est rentable dès qu'un seuil de 15 personnes est atteint. Coût par participant entre 300 et 500 euros, selon la durée et le nombre de participants.

Le prochain cours sera sans doute parisien.

04 janvier 2012

Lumière texturée

Les aplats de lumière peuvent être intéressants - ou pas. Lorsqu'elles sont étales, ces grandes surfaces lumineuses (généralement les sols ou les murs) évoquent une idée de pureté, de limpidité. Mais elles véhiculent également une certaine froideur, ou à tout le moins une rigueur clinique et/ou technique.

Lorsque la séquence exige d'instaurer un climat plus organique, plus vivant, j'aime bien "polluer" ces grandes surfaces en accidentant la lumière avant qu'elle n'atteigne sa cible. Pour ce faire j'utilise des matières et des obstacles qui texturent la zone éclairée.

La lumière qui nous entoure est fréquemment accidentée, sans que nous y prêtions réellement attention.

J'ai saisi l'un de ces moments l'autre jour, pour le partager avec vous. Voici un mur tel que je l'ai vu:



Comme vous le constatez, les motifs projetés sur le mur enrichissent une image qui aurait singulièrement manqué de caractère. Si la séquence impliquait par exemple un échange assez vif entre plusieurs personnes assises, avec une caméra mobile, ces textures ajouteraient de l'énergie à la scène. Alors qu'un mur étale aurait plombé l'ambiance.

Si l'on observe comment cet effet est créé "naturellement" en se tournant à 180° vers la baie vitrée, on aperçoit deux sources lumineuses de puissance inégale - les réflexions du soleil sur un pare-brise et un capot - et un obstacle, le store pas entièrement baissé qui fait office de "mama" et de diff.
Le store dessine la ligne horizontale sur le mur, et les rebonds de la lumière sur les surfaces convexes éclatent la lumière dans des directions aléatoires.


 
Bien entendu, ces textures assez affirmées ne conviennent pas à toutes les surfaces. J'ai évoqué cet exemple pour illustrer le concept, mais j'utilise généralement des dispositifs qui texturent plus en douceur. Comme ceux qui imitent le vieux verre inégal qui équipait les fenêtres des anciens immeubles.

Lorsqu'ils sont utilisés avec parcimonie, ces effets rendent de grands services: ils restent discrets, leur effet sur le spectateur est subliminal, mais s'ils manquaient la mise en lumière ne serait pas complète.

Les comédiens qui traversent ces accidents de lumière semblent davantage "collés" au décor, et leurs mouvements sont accentués par les irrégularités qui glissent sur leurs corps en sens inverse.

C'est un bon moyen d'ajouter une pincée de réalisme dans une mise en lumière trop "proprette", par exemple dans un studio où l'on reconstitue un décor d'appartement.




En réponse à une question de Paul, je complète ce post par un volet pratique:


Pour recréer un phénomène de diffraction lumineuse comme le vieux verre, il faut considérer deux ou trois paramètres:
- la distance de votre source à "l'obstacle" (obstacle = élément qui permet de texturer la lumière)
- la nature de la source
- la distance entre votre "obstacle" et le décor
- la composition en strates de l'effet désiré

La distance et la nature de la source vont directement influencer l'aspect final: dans le cas du vieux verre, l'effet ne fonctionnera que si la source est de taille réduite. Une source large (donc douce) ne produira aucun effet de diffraction.

La distance de la source à l'obstacle devra être relativement grande (plusieurs mètres) si vous voulez préserver un certain parallélisme des ombres de la fenêtre.

La distance entre l'obstacle et le décor est moins importante, mais influencera l'échelle de la texture.

Enfin, si l'on observe l'effet vieux verre, on distingue deux composantes: les croisillons d'une part, et une diffraction faible mais aléatoire d'autre part.

Les croisillons peuvent être recréés avec n'importe quel matériau opaque (du gaffer ferait l'affaire).
La diffraction légère pourrait être obtenue avec une diffusion très légère, froissée puis tendue sur cadre, comme le New Hampshire Frost (254). Mais on pourrait recourir à une bâche plastique de protection des sols pendant les travaux de peinture, ou un rideau de douche translucide.
Il faudra ensuite déterminer si l'effet est meilleur avec les croisillons devant ou derrière la diffusion, ou collés dessus.

Les matières de diffusion/réflexion/diffraction abondent dans les Bricos, il faut de temps en temps arpenter les rayons plastiques/peinture/toiture/salles de bains pour trouver des idées qui serviront bien plus tard, dans ce genre de situation.

Il y a quelques années j'avais trouvé de la résine ondulée translucide qui sert à aménager des ouvertures dans les toits en tôle ondulée. Son effet de diffusion, de diffraction et de coloration de la lumière m'ont donné des idées pour éclairer diverses séquences depuis.

03 janvier 2012

Cours Lumière fin janvier

Mes dernières vacances dans le Sud de la France:
en terrasse, au soleil, préparation du cours lumière de janvier.
Pour bien commencer l'année je vais donner un cours lumière sur 2 jours, à savoir le week-end du 21 22 janvier à Lausanne.
Ce sera l'occasion de faire le tour des sources et accessoires disponibles, de comprendre la lumière qui nous entoure, et de construire des éclairages simples pour créer des ambiances crédibles, et libérer votre créativité.

La lumière de cinéma est encore souvent considérée comme un discipline intimidante. Ce cours a pour but de démystifier la chose, en vous donnant des pistes pour vous permettre d'explorer à votre tour ce domaine passionnant, à mi-chemin entre les dernières technologies et l'expressivité artistique.

Je donnerai ce cours avec Jean-Marie Belloteau, avec qui j'ai déjà travaillé sur divers plateaux.

Diplômé de l'ESRA, son mémoire traitait du rôle du chef opérateur: "Création de l'esthétique d'un film". Je vous en recommande vivement la lecture (lien depuis son blog).

Nous filmerons les tests avec un RED, et grâce à la collaboration de Marquise Technologies, nous aurons sur le plateau un outil d'étalonnage de pointe: une station RAIN, de celles qui équipent bon nombre de studios de post. L'Ecole Louis-Lumière a choisi tout récemment de s'équiper avec cette solution. Nous pourrons ainsi tester en temps réel diverses options techniques et artistiques.

Organisé par Imaginastudio, le cours comportera plusieurs workshops, et j'aimerais limiter le nombre de participants pour permettre à chacun d'approcher concrètement les outils et les situations. Il reste quelques places à 350.- CHF (290 €). Inscrivez-vous par e-mail à info@imaginastudio.com

Dernière heure: quelques heures après la publication de ce post, le cours est complet. Les inscriptions suivantes seront reportées sur le prochain cours.

Je donne ce genre de cours lorsque mon planning le permet. Si vous êtes intéressé à en suivre un, signalez-le à l'e-mail ci-dessus, en précisant le niveau du cours que vous désirez suivre: débutant, medium ou avancé.

Je vous souhaite une année resplendissante!

30 novembre 2011

Repérages virtuels

Pendant plus d'un siècle, le travail préparatoire d'un film impliquait de nombreuses réunions, et les repérages s'effectuaient nécessairement dans le monde réel, avec déplacements et nuits d'hôtel.

Mais depuis quelques années, j'aime prendre un peu d'avance et préparer le terrain en recourant aux divers outils que le web ou les applications mobiles offrent aux chefs op un peu geeks.

Vues d'ensemble

Je commence en général par Google Maps, en m'approchant du décor par le plus de chemins possibles, au ras du sol et dans les vues en plan et à 45°.
En quelques minutes je trouve des réponses ou des pistes sur les questions primordiales comme:
  • les accès au sol: possibilités de parking, sens uniques, cours intérieures, places à venthouser;
  • la longueur des lignes depuis le groupe électrogène;
  • les immeubles les plus récents du bloc, pour y prévoir un branchement forain;
  • les accès sur les toits environnants, et le positionnement de sources en face du décor.
    C'est aussi un moyen de trouver des solutions d'éclairages en déport depuis le toit de l'immeuble où on tournera.
    Les extérieurs nuits sont plus faciles à préparer en vue d'oiseau: la courbure des rues vous indique si un immeuble fera de l'ombre sur la partie de la rue que vous visez depuis un toit à 50 mètres;
  • les vues depuis le décor, et les découvertes probables (ce qu'on apercevra depuis les fenêtres);
  • le mode Street View donne également une idée de l'état du sol, à communiquer au chef machino pour les calages de travellings;
  • et enfin, je promène le petit bonhomme jaune autour du décor pour découvrir les photos "panoramio" que les visiteurs du lieu ont postées. Il m'est arrivé de trouver des angles intéressants, sur des décors inconnus et distants, et de les proposer au réalisateur qui les intégrait au storyboard, tout ceci avant même d'y poser réellement les pieds.
La course du Râ

On ne compte plus les programmes qui illustrent la course du soleil. J'en utilise un sur iPad qui s'appelle Sun Seeker. Il superpose les positions du soleil sur des vues du ciel, ou en 3D sur le décor existant, via la caméra de l'iPad. Et ceci n'importe où sur Terre, à n'importe quel moment.
J'ai ainsi pu planifier un tournage en montagne en fonction des angles d'illumination qui m'intéressaient - lumière latérale pour les plans larges et en contre-jour pour les gros plans. En un clin d'oeil, je savais que je pouvais commencer la journée par les plans serrés.



De la même façon, lorsqu'un autre réalisateur m'a donné le nom de la bibliothèque dans laquelle il souhaitait tourner, je lui ai conseillé d'y tourner le matin étant donné que je cherche des contrastes et un effet d'éblouissement sur l'un des deux comédiens:


Vous me direz que le soleil se lève toujours à l'Est. C'est vrai. Mais plus encore que la direction des rayons, c'est leur angle de pénétration qui m'intéresse, directement déductible de l'azimut. Dans la photo ci-dessus, la valeur de l'azimut nous permettra d'atteindre les protagonistes, assis au milieu de la bibliothèque, jusque vers 10 heures du matin. Amplement suffisant pour les plans larges.

Collaborer, partager, échanger, corriger, publier

Travailler online ne s'arrête pas là. 
Que ce soit avec mon Chef Electro ou mon 1er Assistant, nous mettons rapidement au point des listes techniques en ajoutant et modifiant en temps réel des informations sur des tableurs.

Les listes techniques pourraient tout aussi bien circuler par mail, mais il deviendrait alors rapidement impossible de savoir qui dispose de la dernière version, et quels postes ont été modifiés, par qui et quand.

Les Google Docs nous permettent de travailler tous ensemble et en même temps sur un même document, en temps réel.

Je vous montre un exemple d'une liste lumière pour un tournage récent, majoritairement Tungstène - en studio. C'est un film de science fiction. J'ai proposé à mon Chef Electro, Christophe Persoz, de chefoper les écrans verts et les extérieurs, tandis que je prenais en charge les décors en studio. C'est donc une liste lumière qui reflète les besoins de 2 chefs op, et de 2 chefs électros. Imaginez le nombre d'échanges de mails qu'il aurait fallu pour arriver à la liste finale.

Voici la liste, composée en l'espace de 15 jours, au gré de nos emplois du temps passablement chargés. J'en ai fait une page web figée, mais l'original était modifiable jusqu'à la dernière minute. 
Tant qu'une liste est provisoire, nous ne la publions pas aux loueurs. Lorsque le Chef Electro et moi la jugeons optimale, nous l'indiquons en vert, en haut à droite, avec la date de complétion. Les loueurs peuvent alors y accéder, et noter leurs remarques - ou réagir par e-mail.
J'ai effacé les numéros de portables de l'équipe, mais pour le reste vous voyez la liste définitive.

Dans la mesure du possible, je me constitue un dossier par film dans Google Docs. Y figurent en général les différentes versions du scénario, les photos des comédiens et des repérages, des mindmaps, des schémas que je dessine et que je scanne, et bien sûr la Bible - tous les contacts de l'équipe.

Comme ces documents ont accessibles sur toutes les plateformes fixes ou mobiles, et que Google propose un mode "hors connexion" pour les régions sans wifi  ni 3G, je dispose de toutes les informations où que je sois.
Entre deux tournages, j'utilise intensivement Evernote pour collecter des références visuelles et des notes, dès qu'une idée me traverse l'esprit.

Epilogue

Les repérages virtuels bien faits comportent naturellement aussi les adresses des bons bistrots du coin. Mais là par contre, rien ne vaut une visite en "live".

29 novembre 2011

Lubezki remporte sa première récompense pour "The Tree of Life"

Le New York Film Critics Circle vient d'attribuer ses lauriers, et ils donnent en général le ton pour les Oscars.
C'est Emmanuel Lubezki qui a remporté le titre de Best Cinematographer avec "The Tree of Life".

Le reste du palmarès augure du meilleur pour "The Artist": http://www.nyfcc.com/awards/