27 octobre 2008

Lumière made in the USA - part II


photo © Arguelles - ASC Magazine

Je vous parlais hier de la lumière zénithale des productions nord-américaines. Aujourd'hui je tombe sur une photo éloquente dans le dernier American Cinematographer: le décor de la prison de Panama dans Prison Break. Comme vous le constatez les cellules sont toutes équipées de la même façon (un projecteur aux 4 points cardinaux) pour accélérer le tournage en n'allumant que les sources nécessaires.
Dans l'article, où il annonce avoir utilisé 6 HMI de 18kW pour éclairer un couloir, le chef op Arguelles se réclame de l'héritage de Raoul Coutard, un opérateur de la Nouvelle Vague française connu pour n'employer que le strict minimum de projecteurs. Assez ironique, le bonhomme.

26 octobre 2008

Flares, halos & Cie


Même l'iPhone qui a pris cette photo a tenté d'amoindrir les "flares" des projos à l'arrière. Il faut dire qu'encore aujourd'hui, l'un des critères des meilleurs objectifs est de combattre les flares le plus efficacement.

En imaginant le clip du groupe ShoddyGoods, les réalisateurs Thanassis Fouradoulas et Matyas Kiss m'ont demandé de privilégier les "flares", halos et autres accidents de lumière qu'on évitait autrefois comme la peste. Pour exorciser complètement mes phobies de chef op, ils m'ont même supplié de garder des projecteurs dans le champ.
C'est désormais chose faite. Le clip, tourné en RED, est dans la boîte.
Les flares les plus flagrants sont obtenus avec des objectifs de qualité moyenne. Les meilleurs lentilles sont justement testées pour leur capacité à absorber les pires contre-jours.
"Malheureusement", nous avions de très bons Zeiss, qui combattaient hardiment l'éblouissement des projecteurs dirigés vers la caméra.

Nous avons donc utilisé pas mal de fog pour renforcer les halos autour des membres du groupe.
Les flares linéaires (d'habitude provoqués par des objectifs bas-de-gamme) seront ajoutés en post.

Pour polluer optiquement certains plans, nous utilisions des objets en verre qui diffractaient la lumière du contre-jour:

Christophe Persoz, chef électro, diffracte l'image trop parfaite du modèle.


Quand l'équipe est aussi nombreuse autour du moniteur, c'est plutôt bon signe :-)


video
Test du flaring du nouvel objectif de RED, un zoom 18-85.
© Matt Uhry
www.mattuhry.com

22 octobre 2008

Intérieurs - la lumière zénitale made in US



Alors que les films européens se tournent souvent dans des décors réels bas de plafond, les productions américaines s'offrent le luxe de recourir à des décors construits, avec de hauts plafonds qui permettent d'installer des projecteurs dans des positions "idéales" pour atteindre leurs cibles sans pour autant handicaper le cadreur: pas de trépieds ni de drapeaux à éviter.
Ce genre d'éclairage zénithal est également l'héritier d'une forte tradition théâtrale.
On voit rarement ces dispositifs dans les making of parce qu'ils font partie des vrais "secrets" de la prod. Or, dans le petit film consacré au tournage de Valkyrie, on aperçoit pendant quelques images un plafond ouvert.

14 octobre 2008

Vegas en gris moyen




Le dernier épisode de Prison Break contient une séquence intéressante du point de vue lumière: les grandes fenêtres d'un bureau offrent sur une vue plongeante sur Las Vegas.
Plusieurs choix dans une pareille situation:
- laisser l'extérieur "cramer" et exposer pour l'intérieur, en respectant une logique d'éclairage à contre-jour
- exposer pour l'extérieur et silhouetter les protagonistes
- équilibrer l'extérieur et l'intérieur

Dans ce cas précis, le chef op (Argüelles) a visiblement opté pour équilibrer la lumière extérieure / intérieure de façon à les rapprocher toutes deux d'un gris moyen. Sur les fenêtres, il a sans doute disposé des panneaux de ND 9 (ou plus). Et dans la pièce, il a choisi un éclairage puissant et diffus qui estompe une bonne partie des ombres. Pour éviter les reflets des projos dans les vitres, il a du installer les projecteurs en douche (cf. l'ombre sur l'épaule droite de l'actrice dans la première photo) et en fill latéral de droite et de gauche.

Résultat: à mon humble avis, une séquence qui manque singulièrement d'atmosphère. L'absence d'ombres ou de contre-jours crédibles donne un aspect factice à ces images. De plus, ce choix contrarie l'essence de cette scène, qui est plutôt brutale et confidentielle.

Dans les commentaires, Julien suggère que les fonds sur Vegas ont peut-être été incrustés sur fond vert. C'est possible. Disons simplement que dans un cas comme dans l'autre, la séquence soulève des questions (de choix techniques et artistiques) intéressantes.

11 octobre 2008

Changeling: Eastwood en NOIR

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous quelques images du prochain Eastwood, Changeling. Quand j'ai découvert la bande-annonce, je pensais que l'écran de mon Mac était réglé trop sombre. Que nenni! Le film est éclairé par Tom Stern, le chef op des derniers opus d'Eastwood, et les deux bonshommes aiment taquiner les noirs de près. Si possible avec une ou maximum deux sources bien placées.

Cliquez sur les photos pour les voir en grand.







La bande-annonce est visible en HD ici.

10 octobre 2008

Le HDR de Freeman: une nouvelle sorte de somnifère

La lecture de bouquins techniques peut me faire occasionnellement piquer du nez, mais chaque paragraphe du dernier opus traduit en français de Michael Freeman (HDR: Vers la maîtrise des contrastes extrêmes) me plonge dans le coma. La traduction est tout simplement incompréhensible, même pour un technicien averti!
Quand on connaît le talent de Freeman et l'étendue de son expérience, c'est assez tragique.
Je m'étais réjoui de le lire pour comprendre et traduire son approche dans mon travail sur les RAW de la RED.
Il serait tentant de sauter sur l'original: "Mastering HDR Photography: Combining Technology and Artistry to Create High Dynamic Range Images". Mais hélas l'éditeur américain a bâclé le livre selon les avis des premiers lecteurs.

Pour la petite histoire, le traducteur travaille régulièrement pour la collection "pour les nuls". Il y a notamment signé "Windows Vista pour les nuls". Pas étonnant que les gens trouvent Vista trop compliqué ;-)

08 octobre 2008

Camerimage 2008


Le célébrissime festival dédié exclusivement à l'image de cinéma se tiendra à Lodz (Pologne) du 29 novembre au 6 décembre. Je vais tenter d'y pointer le bout de mon nez. 

03 octobre 2008

Projections miteuses: halte au massacre!



J'ai vu hier Eagle Eye (L'Oeil du Mal). Bon film, mais les conditions de projection m'ont gâché la fête. Je ne suis pourtant pas un puriste acharné, je tolère les imperfection prévisibles dans une séance de cinéma normale. Mais de plus en plus souvent, les projections sont calamiteuses.
J'ai donc vu Eagle Eye, un film qui a coûté plus de 100 millions de dollars (et dont la photo est signée par le chef op des Pirates de Caraïbes) dans les conditions suivantes:

- la moitié droite de l'écran était floue (lentille en plastique, moins chère que le verre)
- les noirs étaient gris (fenêtre de projection mal nettoyée: les images étaient diffusées avant d'atteindre l'écran)
- le son était faiblard
- la copie était visiblement tirée à toute vitesse: couleurs mal définies, dominantes aléatoires

Ca fait quelques années que je constate une augmentation constante de ce genre de projections moisies. Etonnant dans un pays comme la Suisse, où les places de cinéma sont excessivement chères (plus de 10 euros). Mais d'après mon expérience, c'est le cas partout en Europe.
Le groupe Pathé possède la plupart des salles de Genève. Serait-ce par souci d'économies que Pathé bâcle ses projections? Pourquoi ce mépris du public et du travail de l'équipe technique du film? Sans doute parce qu'on table sur le fait que le public n'y verra rien, et que les producteurs n'en sauront rien.
C'est faux: le jeune public n'est pas dupe. Les bandes-annonces qu'il télécharge sur son ordi sont de bien meilleure qualité que la projection payante au multiplexe local!
Pas étonnant que les jeunes désertent les salles et téléchargent des films en HD.

Pour ma part, je vais de moins en moins dans les salles, et je me rattrappe au vidéo club du coin.
J'attends le jour où Pathé se plaindra de la désaffection du public. L'industrie du disque se mord les doigts d'avoir sous-estimé le pouvoir de riposte de ses clients mécontents.

Eclairage de surfaces métalliques



Le Mondial de l'Automobile ouvre ses portes aujourd'hui à Paris. J'ai eu l'occasion de visiter les coulisses de cet énorme chantier il y a quelques jours. Constat: peu de constructeurs prêtent attention à l'éclairage de leurs titines.
Alors que tous les "gens d'image" savent qu'on n'éclaire jamais une surface métallique avec des projecteurs nus, 99% des stands passent outre: au plafond, une constellation de spots sont braqués sur les carrosseries, ce qui crible les voitures de petits points agressifs.
Ci-dessous, regardez le pare-brise ou le toit de cette Lancia:



Pas très glamour. Le stand a pourtant coûté une fortune.

A ma connaissance, un seul constructeur a compris le truc: Ferrari a installé deux modèles sous un toit de diffuseurs. Résultat: un joli display, et des carrosseries dont les lignes sont mises en valeurs par des reflets doux.



Les surfaces réfléchissantes s'éclairent au moyen de diffuseurs/réflecteurs disposés selon deux paramètres:
- la quantité et la forme des reflets souhaités (mise en valeur des formes)
- la quantité de lumière nécessaire pour éclairer la voiture elle-même (mise en valeur des couleurs)

Par exemple, un grand diffuseur placé loin de la voiture va en souligner les formes (reflets sur les parties saillantes de la carrosserie) mais ne révélera presque pas ses couleurs (la lumière émanant de cette source n'étant pas assez forte pour réellement illuminer la voiture).
Alors que ce même diffuseur, placé tout près de la voiture, révélera ses couleurs. Par contre la nature des reflets en sera modifiée. Le tout est de trouver un équilibre entre ce que l'on veut révéler, et ce qu'il vaut mieux cacher pour préserver le caractère de l'objet.

Film Nissan NUVU: quelques photos




Je vous parlais du tournage confidentiel autour du nouveau concept-car de Nissan. La NUVU - c'est son nom - est présentée officiellement depuis aujourd'hui au Mondial de l'Automobile de Paris. Je peux donc vous montrer quelques photos du tournage.
Comme vous le constatez la NUVU accorde beaucoup d'importance à la lumière. Le pare-brise et le toit sont fusionnés, et des cellules solaires sur le toit imitent le processus de la photosynthèse. Nous avons donc opté pour des éclairages "high-key". Heureusement, la carrosserie était mate!
L'une des options que j'ai choisi en début de tournage était de l'éclairer par le haut: ça fait ressortir le profil des "sourcils" des phares, et ça créé des hautes lumières sur le pare-brise qui font penser à une bulle, ce qui allège visuellement cette voiture dont la base est assez large et massive.
Le plus gros travail de post-prod a consisté à nettoyer ce qui se trouvait derrière les nombreuses vitres du véhicule.